DE LA MORT
Si nous formons le souhait de ne jamais mourir, souhait absurde que tout homme a laissé quelquefois échapper, les moralistes nous disent : Où serait le terme des dissensions et des haines? où se reposerait-il, l'infortuné que poursuit l'injustice? Vains sophismes! Si Ton accuse la nature de nous avoir soumis à la mort, on ne Taccuse pas moins de l'avoir rendue quelquefois désirable : au lieu de se montrer avare d'instans heureux, qi:^e n'épargnait-elle à la faible humanité le dernier des n^aiix et ceux qui le précèdent? Il est, je crois, pour la justifier, des raisons plus solides.
Lorsque, dans mes songes, réformant l'univers, je rends notre existence élernelle, mon imagination fait aisément disparaître les maux
qui nous affligent; mais elle est impuissante