‹ Essai sur l'art d'être hereuxChapitre 5 sur 39 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

humaine, aidée de la conscience et de la loi naturelle, sont impuissans pour élever des digues assez hautes contre Tinvasion des barbares ; ils n'ont pas même toujours la force nécessaire pour assurer la paix intérieure d'un ménage.

Les vérités que je viens d'énoncer ne me rendront pas plus sévères que Nicole. Je substituerais des erreurs à mes erreurs passées. Parmi les moyens secourables que la Providence daigne employer pour mettre un terme aux égaremens de notre esprit, les uns sont rapides, les autres lents, les uns conduisent directement au but, les autres n'y font arriver que par de longs détours, à travers des épreuves qu'il faut regarder comme des expiations. Le point important est que l'Éternel daigne pénétrer les âmes d'un vif désir de connaître la vérité. L'homme que ce noble désir possède n'est déjà plus un de ces théoriciens qui se plaisent et se bornent à polir des phrases; il veut que les idées morales, qui charment son intelligence , règlent ses actions et pénètrent dans ses habitudes. Si Dieu, en lui envovant ce désir, y joignit la persévérance, la lumière dissipera les ténèbres. Plus cet homme, pour arriver au port, étudiera la philosophie, mieux il en jugera l'insuiBsance. Aucun système philosophique ne pouvant satisfaire pleinement notre cœur, il les passera tous en revue sans découvrir ce qu'il cherche; plus éloigné

du calme de l'esprit qu'il ne le serait dans une complète ignorance , troublé par le désaccord de ses pensées el de ses actions, il changera sans cesse d'opinions et s'agitera jusqu'à ce que la Providence lui fasse trouver enfin, dans la religion, l'unique appui ferme et stable.

C'est ce que j'ai, grâce à Dieu, vu se réaliser pour plus d'un lecteur ieï Essai sur ïart d'être heureux. Je suis un exemple de ces retours commencés de très-loin, et bien lents à s'accomplir. Après m'être beaucoup exagéré les avantages de la philosophie, je ne deviendrai point ingrat envers elle. Si l'on m'eût privé de son secours, mes erreurs auraient été plus nombreuses, plus graves. Séduit par les préjugés qui régnaient dans ma jeunesse, j'étais hors d'état de comprendre les merveilleuses leçons du christianisme, et je ne pouvais remonter que par degrés vers la lumière perdue. Dieu m'avait donné de la droiture, le goût de la réflexion; j'exerçai ma raison, et j'appris de la philosophie quelques vérités, par exemple :

« Il faut prendre la vie au sérieux : celui-là seul « sait en jouir qui sait en faire un bon usage ;

« Au lieu d'accueillir les gens empressés de ca-

V resser nos faiblesses ambitieuses ou cupides, al-

a Ions à la recherche d'hommes qui puissent nous

« donner de bons exemples et de bons conseils ;

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