CHAPITRE Xni
DE j/AtmTÉ.
> Uaiflsoirs à la famille quelques personnes dont les mœurs soient aimables et les goûts *• simples; et nous aurons acheyé de peupler notre univers. S-il est rare de trouver des amis, il est presque aussi rare qu'on en cherche réellement. Je vois l'intérêt ou le • plaisir rompre des nœuds légers, formés pour un seul jour ; et j'entends accuser l'amitié qui cependant leur était étrangère !
On aime son ami san» intérêt yulgaire*, on l'aime pour en être aimé; il fait partie de notre famille :. un i^ni est un frère que ' > nous avons choisi. **
Qu'il devient précieux dans ces jours difficiles où l'on affligerait inutilement sa femme, ses enfans , en leur ouvrant son âme ! On
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lui confie ses craintes; et tandis qu'on s'efforce avec lui d'éloigner les périls qui menacent d'accabler la famille, elle repose dans une douce sécurité..
On ne fait que des échanges avantageux ayeç un être qu'on aiihe et dont en est aimé. S'il souffre, on partage ses peines; mais la douleur qu'on ressent est adoucie par la certitude d'alléger 1^ sienne, 'et par cette lémotion qui naît dans notre âme aussitôt que nous relnplissons ui:^ deroir. Lorsqu'à son tour, on éprouve un revers, au tveùde se trouver seul avec le malheur, on reçoit des Consolations si tendres, si touchantes, qu'on cesse d'accuser le sort, pour bénir l'amitié.
liftais ne voyons d'un sentiment sipul', que ses plaisirs les plus simples , ces entretiens de deux hommes qui sont unis par les mêmes opinionf^ par les mêmes désirs, qui tous ^eux odt cultivé les lettres, les arts et la ^sagesse. Avec quelle rapidité les i&stans disparaissent dans ces entretiens pleins de charmes ! Les heures consacrées i Tétude sont moins douces , et peut-être moins instructives.
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Un ami est, pour ainsi dire^ d'une autre natilre que le reste des hommes. Ceux-ci ' nous dissimulent nos défauts, ou nous .^i ; t font aperceyoir ayec malignité : un ami nous «a parle sans nou^ blesser ; il nous reproôhe SOS fautes , et dans le monde , il sait les ex*- * Guser.
On-ae sent à quel point un ami peut être iher qu'après àroir été long-temps le compagnon fidèle de sa bonne et de sa mauvaise fortune. Que d'émotions on .éprouve en selivrant au souvenir des périls communs , si Ton a traversé a^c lui les orages d'une longue révolution ! Ce n'est jamais sans attendrissement qu'on êe dit ; Nous avions mêmes pensées, et mêmes espérances; tel ^vèneinent nous pénétri^ de joie, tel autre nous fît gémir. Unissant nos efforts, un jour noùls parvînmes à sauver un infortuné; iUnous pressa tous deux ensemble dans ses bras.
Bientôt des 4^iig^>'^ nous menad^ent : il fallut fuir,, le sort nous sépara, mais nous * étions toujours préSeps l'un à l'uutrë. Il craignait p'oiir moi, je craignais pour luil Je Usais , encore dans son àme% je disais :
Telle frayeur l'agite , il forme tel projet , il
conçoit telle espérance: Enfin, nos peines ont disparu , et combien le repos a de char-
* mps l nous le goûtons ensemble.
CefX une absurdité puérile que de s'enorgueillir de la réputation d'un homme à qui
*^ Ton est uni par les liens du sang ; mais, on peut être fier des rares qualités de son ami. Les nœuds qu'il a formés ae sont point l'ouvrage du hasard ; et puisqu'on a mérité son estime j on lui ressemble au moins par les
. qualités du cœpr.
Je prends une haute opinion de l'homme à qui j'entends exagérer ou. les talens ou les vertus de ses amis..Il possède les qualités dont' il parle, puisqu'il a besoin de les supposer à ceux qu'il aime.
Noble et pijr sentiment, l'amitié eut ses paisibles héros. Des noms que célébrait la Gr.ècQ iin tique s'offrent à la mémoire;; mais, dans nos temps modernes , il est encore des amis don.t le souvenir peut-être sera cher à
*la postérité. Tous les hommes qui connurent Dubreuil -et Pechméja , pi|rlent avec f espect de leur tendresse, mutuelle. On demaiidait à Pechméja quelle 'était,sa fortune. Aussi bon , aussi simple que. La Fontaine ,
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il répondit : Je n'ai que douze cents livres,, mais Dubreuil est riche. Celui-ci , peu de jours ayant d% «hourir, lui disait : Pourquoi laisse» t'on entrer tant depetsonnes dani ma chambre? Ma maladie est contagieuse , il ne défraie y avoir ici que toi. C'est ainsi qu'ils étaient unis, et savaient peu se distinguer l'un de l'autre.
£n réyérant l'amitié , ne craignons point d'assigner le rang qu'elle doit occuper dans nos cœurs. Une femme est la yéritablé corn* pagne <le notre destinée , et l'amitié ne doit être que l'auxiliaire de l'amour. *
Je pense même que les moralistes ont Youlu rendre trop exclusif un sentiment paisible, uae passion douce', la seule qui soit exétaipté d'orages. Je sais combien nos
* L'afikctation de aentibilité me choque plus dans les auteurs qui parlent d'ainitii que dans ceux qui parlent d'amour. Les premiers ont moins d'excuses. Sterne dit dans un sermon : « J'ai besoin d'un ami , d'un compagnon de voyage , quand • ce ne serait que pour lui monUrer combien nos ombres
■ grandissent i mesure que |e solei^baisse « quand ce ne A*
■ rait que pour loi dire : Oh I comme la face de la nature est
■ fraîche et colorée ! combien les fleors des cnamps sont
■ belle^l combien les fruits des arbres. sont^délicieux I »• Quelles puérUilés^quellçs niaiseries aenlimenlales 1 .
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affections , en se maltipliant » s'affaiblissent, et je goûte cette pensée d'un Vieil autéUr :
£a nature tTathour est telle que des \gros fle»' ves qui portent de grosses charges; s'ils sont divisés nen portent plus *, Toutefois on ne profane point le nom d'ami , en le donnant à plusieurs hommes, s'ils inspirent une haute estime, un tendre intérêt, si l'on ressent toutes leurs peines, tous leurs plaisirs *% et si l'on est capable de 'dévoûment envers eux. *
Uii sentiment plein de délices est l'amitié inspirée par une femme. On a demandé s'il peut exister, ou du moins s'il'peut être toujours pur ? Oui , quand le trouble de la jeunesse n'agite plus notre âme. On goûte alors nn sentiment* d'9Utant plus enchanteur que la différence des sexes, qu'on ne peut entièrement oublier, rçud l'amitié plus tendre , lui donne quelque chose de touchant
• Cbarron. *
. " Il est pour bien dei gêna moini difficUe de partager \f* fainea que lec plaiaira de '"ceux aTec lesquels ils nont lié*. Tel iravail poiiff abandonné dans le malheur un autre homme , qui , le voyant to«t-iceâp dans la prospérité , nuirmure ek le regarde avec jpn œil dVnvie.
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et de yague, et , pour ainsi dire , un eharme idâil.
Oh ! poorquof Tainour et Taniitlé peu* ▼ent-iU cesser d'exister ? Pourquoi ne sont* Ils pas éternels dans tons les oœurs ? Si l'on est cmellement trompé dans ses affections , le pins sûr moyen d'adoncir ses souffrances est de former encore dès résolutions géné« reuses , afin de conserver, d'exalter l'estime de soi*méme. Si ton ami t'abandonne »
fî ta feipme se rend indigne de ton amour, n'ajoute pas au poids de tes chagrins le
-fardeau de la haine; qu'elle ne pr^uie jamais la place des sentimens qui faisaient ton botiheur ; pardonne aux êtres dont tu fus àli&é les peines qu'ils te causent ,. en te sou* venj^t des jours qu'ib ont embellis pour toi. Les trahisons, les perfidies ne sont fréquentes que dans le tourbillon du monde , où tant d'intérêts opposés, tant de plaisirs trompeurs étourdissent et divisent les hom*
ones. Des êtres simales et bons, dont la vie s'écoule dans ul^e douce retraite, sentent mieux chaque jour le prix des nœuds qui les unissent ; une obscurité tutélaire voile et conserve leur bonheur.
Je ne me fais point illusion sur les hommes ; les erreurs , les travers , les yices qu'on leur reproche existent ; et la plupart des satires sont des tableaux fidèles. Mais on trouve encore quelques personnes dont les mœurs sont franches ,^ le cœur droit et l'esprit aimable; c'est assez pour former ce monde nouveau dont j'ai parlé. On déclamç contre les hommes; j'ai mieux fait , je me suis éloigné d'eux; et, renfermé dans le cercle d'une société peu nombreuse, il n'est plus pour moi ni;Bot ni méchant sur la terre.
Nous avons examiné les biens essentiels ; la tranquillité d'âme , l'indépendance, la santé , l'aisance et l'affection de quelquesuns de nos semblables. Je vais offrir encore diverses observations; mais, lecteur, -souvene2-vous que je tr^ce un essai, et n'ai point la préteption de composer un traitée Je désire qu'on élève un temple au bonheur; des mains plus habiles le construiront un jour : c'est assez pour moi de montrer les sites rians au milieu desquels on j^urrait l'ériger. ^.
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