‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 2)Chapitre 16 sur 81 · Cf. fie · texte numérisé non relu

Cf. fie

Fie. 169. — Meca. (Musée du Louvre.)

Fig. 170. — Œnochoé de Meca. (Musée du Louvre.)

(Fig. 170) on retrouve cette même disposition de spirales alternées; mais les enroulements sont réunis aux tiges par un système de lignes plus ou moins infléchies, et les vides sont garnis par des sortes de sacs ou d'ampoules à surface quadrillée des bords desquels peuvent même s'échapper de petites spirales ou vrilles accessoires. On trouve d'assez frappants spécimens de cette adjonction à Elche, à Meca, à l'Alberca de Murcie par exemple (Fig. 87, 88, 110, m, i3q) et toujours sur des vases très soignés '. Elle est un peu modifiée sur le vase du Musée de Madrid dont la figure 171 reproduit l'ornement courant.

Fig. 171. — Musée de Madrid.

La figure 172, copiée sur un tout petit vase en forme de tasse sans anse avec un rebord, procède du même principe ; mais le dessin est moins élégant ; les volutes sont réduites, tandis que le méandre est très épais.

La disposition de décor suivante (Fig. 173), empruntée au col d'une petite urne de forme primitive et lourde, est plus compliquée, et aussi plus riche. La zone est partagée en deux sections par un petit tableau oblong divisé en une série de triangles au moyen de deux diagonales et d'une sécante médiane parallèle aux petits côtés. Deux de ces triangles sont occupés par des triangles curvilignes opposés par les sommets qui se confondent avec le centre du rectangle. A droite un tableau plus large renferme quatre crosses dont les têtes se replient en une spirale serrée. Elles sont disposées deux par deux contre les deux plus petits cotés du rectangle, et s'opposent ainsi deux à deux. Le champ resté libre est semé irrégulièrement de quatre motifs peu précis: deux accents circonflexes,

1. Cf. fig. 107, 10g, n4, iij. On rcmar- et ceux auxquels je les compare, à îles motifs

quera que l'ornement s'ajoute, sur ces débris de style végétal.

LA CEUAMIQUE

un losange et une sorte de zig-zag. Le tableau de gauche, un rectancle beaucoup plus allongé, contient d'abord trois longues pointes aiguës

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FiG. 172. — Meca. (Musée du Louvre.)

entre lesquelles sont tracées trois lignes droites recoupées de petits traits verticaux ; puis une longue crosse dont la volute vient affleurer les

Fig. 173. — Meca. (Musée du Louvre.)

pointes précédentes, et dont la tige, formée de quatre gros traits souples, vient s'épanouir à l'autre extrémité du cadre. Les triangles déterminés par les trois pointes, les deux triangles curvilignes du premier tableau,

LA CERAMIQUE g-

les tiges des crosses du second sont peints en silhouette noire, tandis que la grande crosse du troisième tableau est tout entière dessinée au trait. Gela forme un agréable contraste.

Cet ornement, que j'appelle une crosse, a déjà paru sur quelques-uns des morceaux que j'ai décrits, en particulier sur les débris de grandes jarres de l'Amarejo représentés par les figures i3i, i3'2, 1 33 et dont l'importance me paraît exceptionnelle ; je les retrouve sur un petit tesson de même origine, reste d'un vaisseau plus petit et d'autre fabrique (Fig. 1 74) ; mais surtout il est intéressant sur deux vases d'Elche conservés à Madrid, une bouteille à grosse panse et une cruche à trois anses (Fig. FlG- ltf- — -Meca.

175 et 176). Car il apparaît dans ces deux cas

comme se suffisant à lui-même, et toute l'élégance de la décoration réside dans la répétition des motifs juxtaposés. Sur le second de ces ustensiles l'œil de la volute n'est marqué que par un point central, nettement détaché de la courbe.

J'ai pu reconstituer aussi, en recollant trois tessons soigneusement recueillis, le dessin courant qui ornait la panse d'un vase de l'Amarejo extrêmement fin et de décoration très soignée. Aucune autre poterie ibérique ne montre autant d'habileté technique de la part du céramiste, autant de goût et de légèreté de main de la part du peintre. Le décor consiste simplement en une série de crosses dont la spirale, prolongée par une vrille retournée en sens contraire, est d'une extrême pureté. Tous les détails de fabrication et d'ornement de ces morceaux ont un prix exceptionnel, et j'y reviendrai en temps et lieu (Fig. 177).

Je crois que plus les découvertes de vases ibériques se multiplieront, plus on verra s'enrichir la série des dessins du genre de ces derniers ; ils caractériseront un style particulièrement original de la poterie ibérique, et les vases qu'ils orneront seront précieux. A ce titre, à coté des vases de Meca, il faut mettre ceux du Musée de Sarragosse, et le seul connu de la collection Pablo Gil. La crosse et la spirale jouent un rôle capital dans leur décoration. La crosse semble exclusivement employée sur un

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LA CÉRAMIQUE 8ft

grand récipient en forme de pot de fleurs à rebord, dont la surface est divisée en tableaux verticaux, mais sans intervention de triglyphes ; les

Fig. 177. — Amarejo. (Louvre.)

crosses, qui varient de dimensions, sont ajustées deux à deux et simu-

Fig. 178. — Musée de Sarragosse. t

lent des séries d'accolades superposées ; cela ne va pas sans quelque monotonie (Fig. 178, 1).

Au contraire, sur un autre grand vase à la panse arrondie et à l'étroite

embouchure, les crosses qui forment aussi le thème principal, mais non unique, sont semées sur l'argile non pas au hasard, mais très librement ; leurs têtes enroulées s'opposent ou se répondent avec une souple élégance (Fig. 178, 2).

Moins nettement caractérisé est le décor intérieur de deux assiettes profondes de la même fabrique, mais évidemment plus communes. L'une tout au fond, autour d'un léger umbo central, est ornée d'un cercle de spirales décrites par deux lignes qui courent parallèlement, et d'une zone concentrique à cette première zone, où sont peints deux méandres

Fig. 179. — Musée de Saragosse.

négligemment enchevêtrés et tracés (Fig 179, 2). A l'intérieur de l'autre sont figurées des crosses rangées comme les rayons d'une roue ; entre elles sont jetées librement des lignes courbes qui semblent les relier, et des tiges surmontées d'une espèce de fleur triangulaire (Fig. 179, 1).

Enfin, il y a plus d'imagination et de variété dans l'urne de M. Pablo Gil (Fig. 16) ; la crosse et la spirale s'y trouvent abondamment au milieu d'un décor touffu librement distribué autour de la panse. Mais on y voit aussi des ornements floraux stylisés et d'autres dessins dérivés de figures géométriques. Le mélange est heureux, et le vase est par ses dimensions, comme par la combinaison de ses ornements, l'un des plus beaux exemplaires de ce style, et des plus instructifs.

Ce mélange, d'ailleurs, n'a rien qui doive étonner, car il en est fréquemment de semblables dans d'autres fabriques, et la fabrique même d'où proviennent les vases de Saragosse n'avait pas de modèles exclu-

sifs ; j'ai déjà parlé du grand récipient qui appartient à l'Académie de l'Histoire, à Madrid (Fig. i/î). Un plat creux du Musée de Saragosse, du genre des deux précédents, présente un décor qui, réduit à l'essentiel, consiste en une série de cercles concentriques aux bords, dans lesquels est inscrit un carré recoupé par des diagonales.

Il faut rapprocher de ces vases intéressants une sorte de cruche à une seule anse, dont la partie supérieure est malheureusement mutilée, et qui, suivant le Père Lozano à qui l'on en doit un dessin très sommaire, était abondamment et richement décorée dans le même style ; les spirales, les crosses, les rinceaux y sont avec aisance entremêlés. L'objet aurait été trouvé à Archena l.

J'arrive maintenant à la dernière étape qui n'est pas la moins intéressante. A côté de la plante stylisée ou non, chimérique ou réelle, il faut placer l'animal. Le plus important exemplaire de cette décoration, par la taille et le sujet, provient d'Elche, et se trouve au Musée de Madrid où il porte le n° 176/ii (PL I).

C'est un fragment de vase dont par malheur il est impossible de déterminer la forme exacte, mais qui certainement était de proportions peu communes. La preuve en est que la terre est épaisse de 5 millimètres, et qu'il mesure dans sa plus grande hauteur 10 centimètres, dans sa plus grande largeur 22 centimètres et demi, que de plus le champ en est rempli, essentiellement, par une figure incomplète. Cette figure est peinte en rouge brun ; l'argile est de teinte jaune rougeâtre. Du reste notre image dispense d'une description minutieuse. On voit que des bandes plates et régulières tracées au pinceau sur la panse du vase mis au four déterminaient une zone couverte de motifs Le groupe conservé comporte un carnassier, chien ou loup, faisant la chasse à de grands oiseaux. Dans sa course il en a renversé un qui se débat du bec et des griffes ; un autre voltige au-dessus, dans le champ, et semble vouloir se poser sur le dos

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