‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 3)Chapitre 15 sur 80 · I. S. Reinach. f.e Mirage YAithropalogie. IV (i8u · texte numérisé non relu

I. S. Reinach. f.e Mirage YAithropalogie. IV (i8u

4o l'arciutectuhk

lecture mycénienne dans cette Espagne primitive, déjà très peuplée de villes, et par ce mol, j'entends surtout désigner un style d'art, un état d'industrie et de civilisation.

M. Louis Siret, ayant trouvé, dans le Sud-Est espagnol, des pointes de llèches dont le type s'est rencontré aussi à Mycènes, a écrit ces lignes :

« D'autres analogies sont à signaliT: les acropoles, le plan des sépultures, les colonnes, l'ambre, l'amétliysle, la terre émaillée, les peintures murales, les vases peints, les idoles peintes, le développement de la métallurgie, etc.; il y a loulc une série de choses qui montrent que les deux extrémités de la Méditerranée subissaient une même inlluence générale et profilaient, quoique dans une mesure hcs inégale, des progrès de la civilisation. Si à tout cela on joint les nombreuses preuves signalées plus haut d'un commerce maritime lies aclif, on peut alFirmer que chaque découverte nouvelle monire un Hen de parenté de plus entre le dernier âge de pierre de notre Occident et les vieilles civilisations orientales'. » Cette théorie conciliatrice est fort séduisante et doit avoir beaucoup de vrai; il est fiWheux seulement (pielle reste imprécise et que l'on ne soit pas encore en état de déterminer quelle est au juste cette même influence générale (jui s'est fait sentir aux deux bords du grand lac méditerranéen.

J'entre maintenant dans un domaine plus sûr. Franchissant quelques siècles, j'arrive à Tage classique, et je crois pouvoir établir que l'inlluence des maîtres grecs et des artistes voyageurs formés à leur école s'est exercée sur rarchitecture de l'Espagne. J'ai pu, au cours de mes rechercbes dans la Péninsule, retrouver des documents précis sur ce sujet.

Sans entrer encore dans aucun détail, j'ai le droit de dire comme un fait indiscutable (jne les dé(!Ouvertes du dcrro tic los Sanfos, modeste colline située près de Montealegre, sur les confins des provinces d'Al-

i. L. Slrcl, L' Espagiu* préhistorique y dans la Itevue des questions scientifiques , octobre 189^, p. 65 du tirage à part.

l'architecture il

baeele cl de Murcîe. non loin des pclites villes d'Almansa et de Yecla, assii;iionl à tiiul ce qui provient de ces ruines privilrgiées une importance exceptionnelle. Or, il nest pas douleu\ que les arcliitcctes de celte région oui eu coiiiiais>aiu'e des formes ureliitoclurales et orueineiitales de la (irèce sous leur aspect le plus purel le plus artisli([ue.

D. Pasciiul Scritino, maître décote de llonete, coiiser\e dans son intéressant nmsée dcu\ petits l'iaLTmciitsiIe cnrniclie sculptée cpii ont été trouvés au f.luno ilc ht l'.niisol'iriûn. eesl-à-iiirf à Moiitealejrre même, à très courte distance du Cerm de los Suiilos. Ils sont laillés dans le même grès tondre que tous les débiis de scnipliiie iriueilii> dans ce

lieu et nont certainement pas élé importés. Ici et là l'ornement consiste en on rang d'oves dont les conriies langenles s'appuient sur un cordon de perles ou sur un sinqde listel : dans les écoinçons sont logés des iers de latices. Il n'y a pas d'Iiésilalioit à avoir : ce sont-là des copies de modèles gifcs. mais des copies assez maladroites. Les oves sont d un galbe lourd, et la moulure qui les encadre est Ion! à fait molle. Il v a loin de ces formes empalées à l'éléganee des ornemenis analogues dus aux lailleurs de marine <le l'.A I tique : mais peu imporle : ce qu'il est intéressant et essentiel de noter ici, c'esl l'origine certaine el le slvie de ces débris' (Kg. ag el .'to).

Ces! aussi du Liano île h (lonsnUicii'm que provient un coin de cliapi-

43 I.' ARCHITECTURE

(eau de pilastre ionicjuc où l'imilation de la Grèce est non moins frappante, mais où le sculpteur a mis plus de rcclierche. Sous un mince tailloir court un simple rang de perles enlrem^lccs de pirouettes, et, sous cet ornement, un second rang plus épais d'oves très surbaissés. L'angle surtout a de i'inlérét, car il y a un essai de volutes fort simples se détachant sur une masse arrondie ; si l'on regarde cet angle bien en face, on croit apercevoir comme une vague t(^tc de. bélier dont les deux volutes simuleraient les cornes. Le travail csl partout rapide cl sommaire ; il manque de (încsso. et cria est dû sans doulo en partie à la nature du grès

bu.. -.U. — rra^riiKiil .1.- <liaj.il.'aii Iroii^o à Munleolcprc {NFuiré du Uu.r.-).

très tendre où le cliapileau était taillé, comme du reste toutes les œuvres sculptées de la même provenance. M. Arthur Enge) a procuré ce précieux fragment au musée du Louvre' (Fig. 3i).

Le Cerro de los Saiitos et le LIano ont livré des documents de plus grande valeur encore. Ce sont deux chapiteaux complets et identiques, et deux fraf,'meMls lir chapiteaux semblablesi. Du mieux conservé, trouvé au Orro, [). Juan de D'uis Aguado y Alarcôn prit un dessin en 1860 et l'envoya à rAradénilc de San Fernando, à Madrid, en même temps (|ue l'image de <|uelques statues. Le monument a disparu depuis :

L ARCHITECTURE

mais le carnet où se trouvaient les dessins originaux d'Aguado est passé, il y a quelques années, entre les mains de D. Pascual Serrano, et cVsl à ce carnet que j'emprunle la figure 'A'2\ Le second chapileau et les deux fragments, lrou\és au Llano, ont été signalés par M. Engel comme appartenant aussi à M. Serrano : mais je ne les ai pas vus dans sa colloclion '.

e n ai aucun renseignemenl sur (^c

Fie;. 3>. — (lli;ipil(»aii ih^TO-ioiiique «lu ( ierro d»* l<»s Saiilcjs,

point, mais il y a loul lieu de croire

que le cliapifeau du Cerro était de la mrme pierre (pio toutes les statues de même provenance : sans doute apparleniiil-il au temple luimême (|ui fut édifié en ce lieu. Ce (pii est bien ccriain, c'est qu'il est directement inspiré par la vue des cliapileaux ioniques grecs. Aucune des parties essentielles n a été oid)liéc, ni 1 abaque, ni les volutes formant échine, ni le gorgerin orné de Icuilles. Néanmoins, et nous n'a\ons pas à le regretter, l'impression très nette* que produit le monument est qu*d n est pas grec. L*ou>rier ibère a mal conq)ris, ou n'a pas rendu 1 extrême élégance du couronnement de la colonne ionicjue, dont peut être, après tout, n'avait-il sous les veux que des exenqdaires médiocres. La spirale des volutes semble d'un enroulement assez ferme et léger: mais la courbe qui les joint est beaucoup trop conca\e. Si elle s'appuie franchement, par en bas, sur le gorgerin, suivant la règle presque nécessaire que s'imposent les architectes grecs, par en haut, en revanche, elle est beaucoup trop loin de l'abaque, qui n'est plus soutenu en son milieu, et c'est là une faute grave. L'architecte l'a inslincti\ement reconnu, puisqu'il a

1 . Sur la page de son carnet Juan de Dios Aguado a écrit et signé de sa main les li<:nes suivantes: « Les dessins n'^" '|. i, 3, ."> cl T» (i esi le ch8{)itcau ; •« et ^ sont dovw ^laines acéphales, .") et () une léle d'homme ci une tétc de femme mutilées) furent faits par moi d'après les originaux au (lerro de los Santos même, termina de Montcalegre (la date en bbnc), et remis par moi à la Rovale Académie de San Fernando le a8 juîr i8C>o. Juan de

Dios Aguado. »

:>.. A. Kngel. Jia/t/tori sur une mission arthéoUi Inique en h's/Kt'^ne (iS()i) dans les .irchii'es ties missions scientifiques et littêt aires, III. i«^9rt, p. u)\ (8(> du tirage à pari), n""" m cl iV Lrs deu.r fragments no peuvent pas être les deux fragments de cor* niche dont j'ai {>arlé plus haut, car ceux-ci ne sont pas arrondis, comme il conviendrait s'ils provenaient de chapiteaux.

4 4 L*AHClIlTECTtRE

cru devoir insérer, entre les deux volutes, une sorte d'arc-boutant en forme de fer à cheval qui rétablit l'équilibre, et qui rappelle les palmettes ou les fleurons que les Grecs ont parfois introduits pour le même usage sous l'abaque du chapiteau corinthien. Les ornements du gorgerin sont réduits à leur plus simple expression ; il n'y a qu'un rang d'oves renversés, et cette moulure est un peu étroite et sèche ; mais le cas se présente aussi dans quelques chapiteaux grecs. 11 ne semble pas, d'ailleurs, que le fut ait été cannelé. Cela concorde bien avec ce qu'a observé M. de la Rada, que beaucoup de fragments de colonnes épars dans les ruines de l'édifice du Ccrro de los Santos proviennent de fûts absolument lisses.

Ce chapiteau n'est pas inédit. M. Juan de Dios de la Rada y Delgado en a donné une petite image dans son discours de réception à l'Académie de l'Histoire qui traite des Ant'ujiiedades del Cerro de los Sanlos, en 1ermino de Monlealegre. Il y reconnaît bien un chapiteau ionique un peu différent de ceux qu'ont imaginés les (irecs : mais je ne crois pas pouvoir le suivre lorsqu'il dit que la courbure rappelle Fart égyptien (l'auteur rapproche en effet deux chapiteaux égyptiens sans que la comparaison me semble probante), et que la ligne ornée au-dessus du fût est une interprétation de la fleur de lotus. « Le chapiteau de Mon tealegre, dit-il en forme de conclusion, est dun art hydride, qui participe de l'égyptien et du grec. » Je ne le crois pas ; cet art procède du grec, et rien que du grec, mais il est proprement ibérique ; appelons-le ibéro-grec, comme les linteaux sculptés de Sabroso et d'Alcora peuvent êlre appelés ibéromycéniens^

C'est encore du Cerro de los Sanlos que provient un tout petit fragment de volute ionique que possèdent dans leur intéressant musée les R. P Escolapios *d'Yecla. S'il appartenait, comme je n'en doute pas, à un chapiteau analogue au précédent, il a le grand intérêt de montrer quelle en était la techiucjue : on remarque que le travail ne manque pas de fermeté. Le canal de la spirale a été tracé avec vigueur, assez profondé-

I. P. 3o et 21 et fig. I, a, 3. Le chapiteau a été aussi dessiné par M. Amador de los Rios dans VArte en Es pana.

L'AnclIlTKCTtltE !\ït

rpour marquer une franclie raie d'ombre, tuiiilis que la large surface de la volute est légèreiiienl creusée de manière que la lumière joue sur (les surface-s arrondies qu'elle alTIiie (Fig. ^3) '.

De ces descriptions il résulte que le eiia|)iteuu dti Ceno de los Santos tenait d'une inlUience hellénique ses Ok'menls et sa forme, et du goût

-D grec (CMi-g,- drs FKolopfos h VrH»).

encore rude des gens à l'agi-iîment desquels il i-lail destiné une Ini'légance mal-idroîle de constitullon que ne raeiièle pas une réelle haliileti^ de faclure. En ce sens, on ronçoil bien qu'il ait servi, sims doute au courant du v" ou du IV" siècle avant notre ère. d'ornement au tenqde qui abritait les statues du musée de Madrid ilonl il ne lardent pas ii être question, et

. Bulletin liispanii/ut

i.-ili;pl. IV, «•«.

L ARCHITECTURE

OÙ Ton démêle un prodigieux mélange de barbarie indigène et de rafïînemenl gréco-oriental ' .

Ce temple lui-même était probablement, maiis je n'ose être très alTirmatif, disposé à Timitation des temples grecs. C'est l'avis de M. Juan de Dios de la Hada y Delgado, qui en a étudié minutieusement le plan, cl l'a publié tel qu'il était en 187 1, d'après Savir6n^ Laissant de côté les détails accessoires et s'abslenant d'hypothèses téméraires au sujet de la décoration de l'édifice et de son aspect extérieur, on reconnaît au moins qu'il affectait la forme d'un rectangle orienté de TOucst à l'Est, long de 20 mètres et large de 8, et qu'il était divisé en deux pièces inégales dont la plus petite, en avant, à l'Est, forme un vestibule profond seulement de i",5o. Il semble bien que ce soient là le pronaos et le naos d'un temple in antis (Fig. 34). Le plan de Saviron et de M. de la Rada est précieux, parce que les chercheurs de statues et de trésors n'ont presque pas laissé pierre sur pierre des murs déblayés il y a plus de quarante ans, ainsi que le montre trop clairement la photographie que j'ai prise des ruines en 1898 (Fig. ,35).

C'est à la ville d'Elclie que revienl l'honneur de nous donner sur Tar-

1. Je n'ose pas ranger dans la m^nie catégorie un très curieux cliapileau de st)le ionique qu'a publi»'* M. Cliabrct dans son Histoire de Sagonte (II, fig. i5), et qui a été trouvé près de la ville, à Almenara. dans les ruines prétendues du temple d'Aphrodite. Au'dcssous de l'abaque, qui ao^^tôo de côté, on voitdeuK volutes, ou pour mieux dire deux cylindres occupant la place des volutes, et qui sont ornés sur leur face de deux rosaces à quatre fouilles. I/espaco intermédiaire est occupr par une rame de vaisseau entre doux dauphins.

(]e groupe est un svmbole local ; on le retrouve sur d'autres monuments de la ville, en particulier sur un autre chapiteau publié par Lumiares (Monumentos dcl lieino de Valencia, pi. 3;'), n» aoo). Ce dernier document, ainsi que deux autres que Lumlares en a rapproches (pi. îif), n'"* 198, lOO)' mp paraît d'un style très avancé, d'époque romaine, et c'est pour cela que j'incline à allribuer la même date au chapiteau d'.\lmenara. 11 est du reste

en marbre, à ce qu'alTirine M. Chabrel, ce qui |)ourrait être une raison suffisante i>our l'écarter de la série que j'examine.

2. J. de Dios de la Rada y Delgado, Antigûedades dei Cerro de los Sanfos, p. 17, pi. sans numéro; Savirôn y Estevan, Revista de Archivas^ Bibliotecas y Museos^ t. IV, p. 161, pi. a (i"**^ série). — Saviron a donné dos dimensions qui ne concordent pas avec celles de M. de la Rada: i5"',Go de long sur 6*", 90 do large; vestibule, a"», 68 de profondeur sur G mètres de large. Je ne sais lequel des deux textes il faut suivre. Peut-être les mesures de M. de la Rada sont-elles prises à rexlérieur de roHivrc, celles de Saviron à l'intérieur. Presque partout se trouve un mur double, el d'autre part Saviron dit que les pierres sont épaisses en moyenne de o'"..5o, ce qui donnerait pour les nuirs des épaisseurs de i mètre. Ainsi, on arriverait à peu près à faire concorder les dimensions. La figure 3/| reproduit la planche de M. de la Rada.

'■â*;ïi.

^8 1- AllCHlTECTtlnE

chitcclurc de style ibéro-grec les renseignements les plus originaux. En looo j'ai pu faire entrer au Musée du Louvre, grâce à M. Léon lleuzey, deux fragments ([ue je croîs d'une haute iniporlance, et qui oui été trouvés à quelques mètres du buale de femme désormais célèbre conservé depuis i8()- dans le même musée. Les deux morceaux sont inédits.

Le premier ' es! un chapiteau de pilastre, mallicui-eusement brisé à droite ; il se compose d'un simple abaque faisant au-dessus du corps du

pilier une assci! forte saillie. La forme en est légèremenl pjramidante ; les deux faces verticales conservées de l'abaque sont décorées d'un rang de palinellps: le petit côté du pilastre était aussi décoré de sculptures*, du moins sur une partie de sa hauteur, traron y voitencore, vers le fond, les restes d'une large volute (PI. III).

Tout l'intérêt réside dans la sculpture du luîlloir. KIte est très clairenu'itt rnipruntéc à l'ornementalion grecque, (les palmettcs sont classiques : les décora leurs polychromlstes et les ladlcurs de marbre les ont eni-

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