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ployées, sans se lasser ni crainte de lasser le public, à décorer les frises, les corniches, les cncadremcnls de portes, les gorgerinsde chapiteaux ioniques d'une foule de monuments, et je ne parle pas des vases peints, (iràce aux plus simples, souvent aux plus ingénieuses variantes, ils ont trouvé le moyen de les multiplier à Tinfini sans les rendre banales. Le monument le plus célèbre où elles jouent un rôle important est TErechtlieion, à l'Acropole d'Athènes. Elles s'y découpent légères sur le gorgerin du chapiteau, sur la corniche qui surmonte la porte fameuse, et sur les consoles qui supportent à droite et à gauche celte corniche. Gest là qu'elles semblent avoir atteint leur perfection d'élégance et leur maximum d eflet décoratif. Or c'est aux palmeltos de l'Ereclitheion que font surtout songer celles d'Elche. Sur le gorgerin des chapiteaux de l'Acropole deux modèles alternent en guirlande. Si Ion pose les feuilles en éventail de l'une sur les doubles volutes adossées de l'autre, on aura justement la palmette d'Elche. Il faut ajouter que les liges des volutes, dans cette dernière, se retournent vers le haut et se rejoignent au sommet de l'éventail de manière à lui former un cadre circulaire. Celte disposition n'est pas du reste inconnue en (irèce, et je citerai en particulier un chapiteau d'ante à décor peint sur lequel on la retrouve'.
Je ne voudrais pas, pour le besoin de la cause, me faire laxer de mauvais goût; il est certain qu'il sérail maladroit de pousser hop loin le parallèle, et que l'art et la technique du chapiteau d'Elche sont, auprès de l'art raffiné de l'ionique athénien, de (pialité bien inférieure. Le grès illicitan ne peut se comparer à la pierre du Penlélique : Toutil d'un modeste ornemaniste ibère ne pouvait pas donner à une matière molle et pâteuse la môme élégante précision que l'agile ciseau d'un sculpteur attique donnait, en plein v*^ siècle, au marbre si dur et si souple à la fois, d'un grain si serré et si facile à polir. Aussi ne cherchè-je pas a nier, ni même à dissinuiler la lourdeur trop évidente de la forme des palmetles, ni le mauvais effet du large cadre qui les écrase : le dessin est mou et incorrect, le travail sommaire et maladroit. Mais je ne saurais m empêcher de préférer le morceau, tel qu'il esl, avec ces défauts, à tout
I. La\ou\, Architecture grectfue, ûg. loi. Provenance non indiquée.
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autre qui pourrait évoquer avec une précision de copie les plus parfaites œuvres de la Grèce de Périclès.
C'est que j'y trouve ces mêmes caractères qui donnent, comme j'y insisterai* plus tard, tant de prix au buste du Louvre, dont il est, je pense, contemporain. Le goût espagnol s'est laissé charmeraux beautés simples de Fart grec, mais il n'a pu se résoudre à sacrifier absolument ce qu'il aimait par instinct de race, le touffu dans Tornemenlation et presque la surcharge : il ne veut pas perdre ce qui lait son originalité, originalité puissante et savoureuse dans le buste d'Elche, mais ici plutôt un peu barbare.
La preuve bien nette en est dans cet ornement, sorte de fleuron surmonté d'une volute que le sculpteur a plaqué sur l'angle même de l'abaque. Jamais un artiste grec n'eût songer à raccorder par celte adjonction malencontreuse les palmettes terminales des deux faces du tailloir. Elle rompt de la façon la plus fâcheuse la pureté de profil du membre architectural, sans compter qu'elle se rattache fort mal, de manière gauche et naïve, à chacune des deux faces qu'elle prétend unir. Il y a dans cette conceplion une faute qui dépare le fragment et qui me déplairait fort, si elle n'élait comme la marque d'un atelier indigène et la signature d'un artiste ibère.
Le second fragment du Louvre est plus instructif à cet égard, et, bien que par malheur horriblement mutilé, plus précieux encore^ (F^g- ^6 et 37 et PI. III). C'est également un morceau de chapiteau, mais je ne puis dire s'il s'adaptait à une colonne ou à un pilier. Je n'ai pas à chercher s'il nous est parvenu de la Grèce quelque chapiteau similaire : la première impression ne laisse pas plus de doute que l'étude attentive : ce chapiteau dérive du chapiteau ionique, mais il est le produit d'une imitation très libre : il ne copie pas, il interprète, et celte interprétation reste profondément oririginale, car nous retrouvons ici encore, dans un nouvel exemple typique, ralfeclion des Ibères pour l'ornementation un peu surchargée qui donne l'impression, sinon même l'illusion de la richesse. La simplicité des œuvres grecques les a sans doute émus, et ils se sont autant que personne laissé
I. Hauteur totale maxima du fragment, o"',55; épaisseur <Je l'abaque, o'",22 (Inédit).
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séduire au cliarmc des formes pures dont aucun'ornement excessif n'altère les contours liannonieux. Mais celle nudité sans artifice leur a paru quel- (juc peu chélive et pauvre; d'iiislinct ils l'ont parée et comme étolTée. Pour le chapiteau eu (|ueslion, l'arcliiti-cle s'était résolu à y sculpler
Fie. 36. — Fra(çinent de chaplU'iii ilH'ro-^rrpc J'KkIie. (MuM'e du Louvre.)
comme élément essentiel la volute de l'ordre ionique, et c'est en effet une volute qui supportait aux quatre angles le pouls de l'épais tailloir. Mais il semble qu'il n'ait pas absolument compris le r<Me des élégantes et vigoureuses spirales grecques, et il en a midtiplié le nombre. 11 a, pour ainsi dire, développé le tbèmc qui lui était offert ; il a introduit des volutes nouvelles qui, se raltactiant aux essenlielles, débordent en tous
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sens, réduites au simple office d'ornement sculpté. Les volutes angulaires sont formées de deux demi-volutes accostées qui, au lieu de se réunir d'un côté à l'autre par une seule ligne, donnant un soutien ferme à l'abaque, se retournent brusquement, et forment une seconde volute dont la courbe vient presque toucher la courbe initiale en s'opposant à elle. Mais ce n'est pas tout ; à la partie la plus basse de la double volute angulaire se rattache une autre volute qui vient la prolonger, et se retourne en dehors: une languette sortant du repli de cette dernière se dresse et s'applique contre la rainure assez profonde de la double spirale supérieure. Cette adjonction était inutile : elle prolonge seulement, en l'alourdissant, Torgane essentiel du chapiteau. Il y a plus encore : à gauche de la volute qui supporte le tailloir, on aperçoit le départ d'un triple cordon souligné par un rang de fers de lances qui certainement ornait le sommet du gorgcrin : cet ornement est emprunté a quelque modèle correct de chapiteau ionique; ce qui est moins grec, c'est que le reste du gorgerin et, peut-être même une petite partie du fut, au lieu de recevoir l'agrément classique des palmelles et des fleurs, étaient couverts de spirales engendrées les unes des autres. Les espaces laissés vides entre elles et celles que j'ai précédemment décrites sont garnis de sortes de gousses assez rudimentaires qui sont loin de valoir les encarpes élégamment déliés qui tiennent, chezies (îrecs, la même place.
La facture de ce morceau si important n'est pas trop maladroite. La main qui a taillé toutes ces courbes dans une pierre tendre et friable n'a pas montré moins de hardiesse ni de fermeté que l'esprit qui en a imaginé l'enchevêtrement inattendu. Le canal des volutes est creusé parfois sans beaucoup de régularité, assez profondément pour que la raie d'ombre fixe nettement le contour que précise encore un léger bourrelet ménagé tout autour des enroulements. Ainsi l'œil suit sans fatigue ces méandres de pierre, que la dilTérence des plans où ils sont sculptés peririel à la lumière de nuancer assez finement. Bref, je ne nie pas qu'il n'y ait quelque abus de la volute : mais cet abus n'est pas pour nous blesser, puisque, encore une fois, il permet de constater l'eflort de nos Ibères non pour dissimuler leurs éludes, pour transformer leurs emprunts en larcins, mais pour garder quelque liberté, quelque personnalité dans
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l'imilation. Je ne doulo pas que comme moi tous les critiques ne leur saclieiit gré d'avoir gardé de riiuléperidiiiice vis-à-vis de maîtres comme ceux qu'ils rccotiiiaissaiout pour tels, o[ d'ovoir conçu des œuvres qui, même comparées au\ cllefs-d'u'u^ re impeccables, conserveul de la force cl de la saveur.