grec d'Elelio. (Autre a^ppil
Ce nous est même une raison de plus pour nous féliciter que les Ibères aient subi l'influence de la Grèce avani celle de Home. Il seiriblc qu'ils n'aient connu le dorique et le corinthien que par riiifcrinédiaire de Home, sans doute après la conquête romaine seulement, et cela est un malheur. C*est encore à Elche qu'on en trouve la preuve.
L AMCtIITEt ri 1
En 1899 sur le même terrain fécond de l'Alcudia. on a trouvé un chapiteau dorique et un corinthien. Le premier provient d'un édillcc d'époque romaine, puisqu'il porte encore l'inscription COLLE&IVM ■ il appartenait à quelque aalle de réunion d'une confrérie. Il a. sans qu'on puisse raisonnablement en douter, été sculpté d'après le plan d'un architecte indigène: il a la lourdeur, la maladresse, l'incohérence de bien des chapiteaux romains dont il se différencie ditlicilement.
Quant au chapiteau corinthien, il n'est pas d'une exécution mauvaise, mais il n'a rien d'original: c'est d'une conception, j'allais dire aussi d'une industrie courante (Fig. .38). Là encore les Romains ont passé leur nivciiu. Comme ils ont imposé Iirutah-cuent leur pain, ils ont porté partout et imposé lourdement l'architecture romaine, leur art puissant quelquefois, mais souvent banal et uniforme. L'Espagne, du jour où elle a été romaine, est devenue une province comme les autres, et désormais il n'y a plus chance qu'un artiste indigène, si heureuseineni doué qu'il puisse être, taille un chapiteau comme ceux du Louvre.
importées, au contact de ces voyageurs et de ces marchands pleins de goût, de civilisation raffinée, peut-être à la suite de navigations versTOrient et de stations dans les ateliers de Tlonie, des Iles, deCorinthe, d'Argoset d'Athènes, les tailleurs d'images de ribérie ont dégrossi leur esprit, aiguisé leur imagination et rendu leur main plus habile. Sans cesser d'être euxmêmes, de rester attachés à leur sol par des racines profondes et de cultiver avec fidélité leurs traditions, ils se sont laissé séduire par les nouveautés venues des pays lointains du soIqîI levant, et se sont laissé instruire. C'est TOrient, c'est la Grèce surtout qui a formé leur talent, et c'est parce qu'ils ont su rester originaux tout en se faisant disciples qu'ils ne méritent pas l'obscurité dans laquelle les a toujours maintenus la critique. Ils étaient dignes qu'une série de découvertes, dont une surtout est éclatante, leur permît de revendiquer leur place dans l'histoire des Arts plastiques de l'antiquité.
C'est dans la région du centre et du Nord-Ouest de la Péninsule qu'on a le droit, a priori, de s'attendre à retrouver sous sa forme la moins adultérée l'antique sculpture ibérique.
Et de fait je ne crois pas qlie cet art ait pu produire quelque chose de plus rudimentaire et de plus naïvement barbare que les monstres de pierre désignés par les Espagnols sous le nom de beccrros, par les Portugais sous le nom de berrôes (veaux), et parmi lesquels on a voulu reconnaître tour à tour des taureaux, des sangliers, des cochons, des ours, même des chevaux et même des rhinocéros et des éléphants. Quelques-uns sont particulièrement connus, et jusqu'à un certain point célèbres en Espagne, par exemple les Toros de Guisando et les Cerdos d\Unla^ (Fig. Sg-Zia).
I. Il a couru, sur l'origine de ces antiques Espagnols se révollèrent contre les Romains,
monuments une tradition curieuse : on pré- lesquels envoyèrent en Espagne un capitaine
tendait à la fin du xv« siècle (Rodriguéz de appelé Guisando, qui, s'étant renconiré avec
Amella, Compilaciôn de las batallas cam- les rebelles en terre de Tolède, près du lieu
paies, i'48i) « qu'après que Scipion le jeune appelé Cadlialso, et les ayant vaincus, fît faire,
fût retourne à Home, et après sa morl, les en souvenir de cette victoire, quatre statues de
LA SCULl»TUIiE
Ces animaux, dont les caraclères zoologiques soiil si peu déterminés, se retrouvent en grand nombre dans la vallée supérieure duTage, depuis Tolède jusqu'à Talavera, et sur le versant septentrional de la Sierra de Guadarraina, dans les régions des \ étions, des Carpetani et des Arèvaques; mais il n'en manque pas non plus dans les autres parties du Nord et du Centre de la Péninsule. D. Aureliano Fernande/ (iuerra en a dressé une liste de plus de «ioo exemplaires venant de près de cinquante lieux distincts', et celte liçte esl incomplcle".
pierre, auxquelles, à celle rpuque, on donna le nom de Guisando. » (E. de Marial<»trui.
Toi'Os de Cuisando, dans Arfe en l'.spnnn,
IV, p. 'i'i).
C'est l'occasion de noter une autre léirende
qui avait cours au sujet de la « Porca de Murça », figure du même Ivpi? existant à Murça, en Portugal TTraz -os-Montes) (Fig. ^ô).
« L'animal, a écrit F. Marlins Sàrmento en 1880. montre encore les restes d'une peinture vermeille. I^ tradition raconte que, dans certains procès criminels, le changement de couleur de la Porca était une marque de l'innocence ou de la culpabilité de l'accusé. » (Correspondance de F. Martins Sàrmento, dans O Archeologo Portuguès^ ï9<^I' P- ^a). Sur la Porca, vov. la même revue, I, p. !î3(î. fig. 7; sur un autre petit monument similaire, de Pelourhino da Torre de Dona Chama. vov.
ibid., fig. 8 (notre figure .'|6). Je trouve aussi dans la Bevisla de Extremadura, 1903, p. 3.ÎI, sous la signature de I). t^ublio Hurtado, le passage suivant: a En beaucoup de lieux (de la région de Plasencia) on a regardé comme certaine l'existence de trésors, et il sVst constitué de nombreuses et puissantes sociétés pour les rechercher; je fais allusion surtout au cas du Cerro del herraco^ non loin de Pasarôn ; dans la solitude del Berrocal, à Plasence, il v avait, dit-on, un taureau pétrifié avec cet écrileau entre les cornes : o Où «regarde le taureau est le trésor. » Il s'agit évidemment d'un de nos monstres de granit.
Enfin, j'ai plaisir k transcrire cet amusant passage de Lazarillode Tormosque m'a signalé mon collègue et ami M. Cirot ; il y est question, dès le XVI* siècle, d'un toro de Salamanque : « Salimosde Salamanca, y llegando
a hi pucnlo. esta a la ontrada d olla un animal do jiiodra (jiio cmnI ticno forma de toro. v el ciego maiidonie (juo lloi:asî.r rorra del animal, v alli puo>ito me dixo : La/aro. Ilccfa el ovdo a este toro v ovras prran rnido tlcntro del. Yo simplcmonte llepuc crovendo sor a>i ; v como sinlio que trnia la rahi^ra par de la piedra, afirmo recio la mano v dio ino una «rran calabaçada en el diablo del toro. que mas de très dias me d»iro cl dolor de la cornada. » (Flditions de i5.V|).
I. Piscurso en contestaciôn a Eduardo Saavedra, p. /|8. Voici ces provenances :
Beja el Evora, en Portugal; Linarcs. Segorbe, Tolède, Talavera do la Reina. .\lcoba. Torralha do Oropesa. Talavera la N ieja ; el Molar, Beoerril de la Sierra, (iuadarrama, Balsaîn ; Segovia, (loca ; Santo Domingo de las Posadas los Yugo*i. Mingorria, Flor de Ilosa, Avila, la Serna, Munocha<î, el Puerto de C^ebreros, (luisando. el Berraco, San Juan de la Torre, Mufîana, Villatoro, IV)nilladc la Sierra ; Puerto de Banos, Monleôn. \o'^ Lazaros, Palomares, Tordillos, Contiensa, Lodesnia. Salamanca, Lumbrales, San Félix de los Cialliegos. Ciudad- Uodrigo; Toro; San Viconte do Durango, Urrache. MaHaria, Mamoitio, Aijura, Irure, Congoitia. Cf. E. Ifiibner, Arf/ueologia de Es pana, p. 'ï5'4-
a. On peut v ajouter par exemple Carde-
flosa (La Academia, I. 1877, p. 109 et 1 1 V»
Roletin de la Real Academia de la his-
toria. 1. 1877. p. 9 et 302); la Citania de
Sahrosn (vallée du Minho). E. (lartailhac.
Ages préhistoriffues de l'Espagne et du
Portugal, p. 383 et fig. '406; cf. Marqués de
Monsalui, Re^'ista de Extremadura* '901»
p. 9: Nfurça, Parada de Infançâes et Pelou-
Bien que la littérature relative à ces monuments soit déjà considérable \ ils n'ont jamais été étudiés de près comme ils le méritent. On les a décrits et signalés, on en a discuté Tusagc et le sens, mais sans se préoccuper de savoir quelle en est la valeur pour l'histoire de Tari, et quelle place ils tiennent exactement dans le développement de la sculpture ibérique. Je n'ai pas l'intention d'écrire ici une monographie qui serait déplacée, mais je dois attirer l'attention sur quelques faits.
D'abord il est un détail qui peut tromper la critique et qui l'a trompée en effet. Quelques-uns de ces animaux portent des inscriptions. Ce
FiG. Sq-'io. — Ccrdos d'Avila.
sont Tun des foros de Guisando', l'un de ceux d'Avila\ l'un des quatre
rhino en Portugal (vo}\ p. 56. note i), Castello de Gabcça Boa (di^tricl de Bragance), six figures de granit représentant des porcs, et parmi elles une femea et un hacorinho (ihid.^ p. 127). Celle liste doit encore se compléter avec celle qu'a dressée D. Vicente Paredes, Revista de Extremaduia, 1903, p. 355, note i ; on y trouve les noms nouveaux de Sanlo Domingo de la Calzada, Zamora, Molar, Irueila, Segura, Ruinas de Gasco, Villar del Pedroso.
1. Voici quelques renseignements bibliographiques sur CCS animaux. 'E. de Marialcgui, Arte en Espa/ia, i8G5, p. 1 V4 cl s. — D.
Aureliano Fernândez (iuerra, /Jiscuri>o en cuntcstacldn d hdnardo Saa\'edra, i86a.
— E. Iliibner, Zeitschrift fur allf^emeine Evdkunde, i86î^, p. 3V^ et s- — Roletin de la Heal Academia delà Historin, 1(1877- 1879), p. 9 et 20a. — D. Manuel Oliver, Noticias de las actas de la Academia de la Ilistoria, 1879, p. 57. — E. Iliibner.
Arqneolo»ia de Esfjana, p. 253 et 230. —
Id., Corpus /ttscriplionum laf inarum, II, n"» 3o5i, 3o53, 73^, 947, 2727. 2910. — Catdlogo del Museo arqueolôgico nacionat, secciôn primera, p. 95, n*»' 201 1, 2012, aoi3. — D. Vicente Paredes, Revista de Extremadura (Esculturas protohistoricas de la Penùifiula fiispànica), 1902, p. 354 et s. Pierre Paris, V Idole de Miqueldi (^Bulletin his panique j 1901, p. i, pi. 1). Je ne connais que par le titre D. Enrique Scrrano Faligali. Animales y monstruos de piedra (lioleiin de la Sociedad Espahila de Excursionis(as).
3. Corp. insc. Latin , II. 3o52. Voir ce que dit des restes d'inscriptions D. Pedro Antonio de la Puente (Antonio Ponz) dans son Viaje de Espana (Madrid, MDCGLXXlI, l. II, p. n83). Gf. Ambrosio de Morales, Cronica de Es pana, liv. VIII, ch. 18, 3
3. Dans le Corpus, M. E. Hûbncr signale comme ditîérents (n*>* 3o5i et 734) deux toros insjfils, l'un d'Avila, l'autre de San
de Torralva, près de Talavera de la Reina*, et celui de Coca\ près de Ségovie. L'un des plus importants de la collection, le porc de Durango, près de Bilbao, que les gens du pays et les archéologues connaissent sous le nom A' Idole de Miqueldi, avait aussi son épigraphe, mais elle n*a jamais été copiée avec soin ni publiée alors qu'elle était lisible, et aujourd'hui elle a disparu ^ (Fig. 43). Or toutes ces inscriptions, sauf probablement la dernière, sont des inscriptions latines. Il semblerait qu'on doive en conclure que les animaux où elles sont gravées ont été sculptés à Tépoque romaine, et que l'on est mal fondé à prétendre que ce sont là de très anciennes œuvres ibériques.
Mais ces textes, à mon avis, n'ont ici qu une importance secondaire: car loin d'être contemporains des sculptures, ils sont des adjonctions postérieures de plusieurs siècles. On a prétendu que ces taureaux ou ces porcs avaient servi de bornes pour délimiter des territoires ou des champs; mais je crois qu'il faut plutôt s en tenir a l'opinion adoptée par M. E. Hiibner, qui veut y reconnaître des monuments funéraires. Des
Vif ente, dans la Terra de Alcantara (Ager Norbanensis). Mais, après dos recherches très sérieuses, D. Vicenle Paredes affirme que ces deux loros n'en font en réalité qu'un seul, qui avant été trouvé à San Vicenle, a clé transporté à Avila, dans le patio du palais de Las Navas ou dWbrantes. 11 y a donc lieu de corriger sur ce point le Corpus (^Rev. de Extremaduros 1902, p. 356).