I. E. Hilbncr, Monumcnla lingux iherice, XWVI, p
LA SCULPTt nu 83
' semble pas qu'il y ait cassure : la statuelle esl complèle, el sans doute il faut croire que la môme idée qui a fait couper tes guerriers lusitaniens au dessous des genoux a décidé Tailleur à réduîie le tioiiiiommedflSîgîienza à la partie supérieure du corps '.
Si je me transporte maintenant dans une autre région de l'Kspagne. sur le versant méditerranéen, la question change de face. Il est bien difficile, dans l'étal actuel de l'archéologie espagnole, d'établir une liste des œuvres de sculpture de sljk purement ibérique qui ont pu être découvertes dans la Bétîque el dans la Tfirraoonai^e orienlale, si l'on en excopie, bien entendu,
,. (Colloclint. Toruo )
les figunnes do bron:Ee dont il sera question dans un chapitre spécial. Cependant îl est quelques débrio, pour la plupart tout à fait ignorés, que l'on reconnaît .lisétncnt pour être de style absolument indigène et qui méritent de liscr Tatlcnlion.
1. M. Dmlgïon m'a ccril i)ui! t'tl'haiiL-ho i]i> Sigilenu rai de yfso. l)»ns c ras I). Carloi RwIriguM Tcni» n'iurait «jn'uii innuligr; toui j» croii pliilAI que M. Dod|»on ■ iié Irompf par l'aiipamnoc i!t que l'uhjvt cil tn «Icaitn pliiii ou moiiit liltnc el rriililc. J'uii
it*ajant |iii lu l'originnl, ju fiii» loulei tn»
ntafriri qiianl < >iin? erreur d'appr^ialinn el d*aullieril[cili''. G-pondanI 11 suflil do parcourir IV'luito de M. SalrHiii») Rcinach iut La teutplare en Europe avaiil lea influences gréi romaineu (^/.'Anthropologie. i8{|4. i8g5, iSgri) [Mur i|iiu Irt dnutea «oienl 1 peu pràa diUmïtii. lin Iroutv U ropnWnlvtn d'.< breuxn ligurinct qui tuscileol ta DoroparainHi.
LA 8CtLl>TtRE
Je ne fais que citer en passant une tête qui faisait saillie sur la pierre d'angle, à la quatrième assise d'un bastion carré de Tenceinte cyclopéenne de Tarragone. Si la forme générale en est distincte et se retrouve même sur la photographie que j'ai donnée plus haut du bastion, la sculpture est tellement rongée qu'il est interdit de rien dire du style de cette œuvre, dont la perte est infiniment regrettable * (Fîg. 1 5).
Je n'insiste pas davantage sur une œuvre que je n*ai pas vue, et qui a été signalée par de la Borde, dans son Voyage pittoresque de l'Espagne^ comme ayant été trouvée à Olesa, Tancienne Rubrîcata, près de Matarô. C'est une sorte de pyramide tronquée, sculptée sur quatre de ses faces. D'un côté se voit la tète d*un taureau ou d*une vache, de Tautre une tête humaine avec quatre yeux, et des cornes en forme de croissants, ou
Fie. 04. 65. — Bas-relief trouvé à Olesa.
de petites ailes ; sur les autres faces sont représenlés les signes distinctiis des sexes. L'éditeur estime que le monument est antérieur à l'époque romaine, et c'est aussi mon avis ; mais c'est beaucoup s'avancer que de reconnaître dans la figure sculptée l'image de Diane adorée par les Phéniciens et les Egyptiens. Sur la signification des symboles, j'avoue mon ignorance. Il me suffit ici de constater que le style est très barbare, autant que celui des l)ecrrros ou des guerriers lusitaniens, et qu'il ne décèle aucune originalité, non plus qu'aucune influence d'art étranger^ (I^'g- 64 et 65).
1. Sur la jïliolographie la lelc se voit, h l'assise indiquée, à gauche, tout près de l'angle du mur, <lans la partie ombragée. Une longue écornurc verticale, marcpiée par une ligne brisée blanche, la divise en deux parties.
2. De la Borde, Voyage pittoresque de V Espagne, H, pi. XV, n"- a et 3. Je doute que les quatre petits trous situés deux à deux de chaque coté du nez représentent quatre
yeux, mais je ne puis les expliquer plus vraisemblablement que no l'a fait de la Borde. — Salvador Sa m porc V Micpicl, dans ses Origines y fonts de la nacio caialana, p. 24o, donne un très mauvais dessin du monument, et ce dessin est copié dans BofaruU, Historia cri" tica de Cata/una. Cf. Parassols, Revista histôrica, 1876, p. 2i3, ai4» 3x5; suivant cet auteur, la pierre a été trouvée dans le mur
On ne saurait guère non plus méconnaître l'origine indigène de trois stèles en grosse pierre calcaire du pays qui sont gardées au Musée provincial de Grenade. De très rudimentaircs bas-reliefs les décorent.
Deux d'entre elles proviennent d'Asquerosa, province de Grenade*. La première est haute de o '",5(), large de o'",38 (elle est brisée par le bas) ; on y voit, dans une sorte de cadre qui occupe le milieu de la superficie, une tète de face avec de lonî2rs cheveux tombants ; les veux et le nez sont taillés tant bien que mal, mais la bouche a été oubliée (Fig.(i6). La seconde mesure o'",'i'i de haut, et o'°,3*.>. de large; plus rudimenlalre encore et taillée au couteau comme du bois, on n'y voit que deux yeux et un
FiG. 06, 67. — SlMes (1* KMjurTosa.
(Musée i\v CtToiMidc.)
Fi G. 08 . — SlMc (le Moliiîo del Kcy.
(MuM>e (le (1 renâcle.)
nez sans ailes indiqués dans un visage carré (Fig. 67). La troisième provient de Molino del Uey ; elle est hautede o"',75, largede o'°Syvi. La sculpture n'en est pas moins grossière ; il me semble, si je ne me trompe, qu'elle a un caractère phalli(|ue assez marqué, comme on en peut juger d'après le croquis ci-joint ; quoi qu'il en soit, la tète est traitée de la même façon barbare que les précédentes, mais la bouche a été indiquée, ce qui est un bien léger progrès (Fig. 68).
Les deux premières de ces horribles images rappellent certainement les terres cuites assez nombreuses recueillies dans le bassin de la Médi-
extérieur du Casiillo de San Felio de Torello;do plus, suivant lui, des caractères phéniciens, à demi -eflacés, se verraient encore autour de la tète du bœuf. De la Borde n'en parie pas.
I . Le nom de ce pueblo semble bizarre ; c'est cependant l'indication exacte qui m'a été donnée à Grenade.
terranée orientale el très connues des archéologues qui, ayant à les décrire, ne manquent jamais de dire : « Tète en bec d'oiseau ». On songe aussi aux vases troyens dont le col est décoré d'une face du même style. Mais un rapprochement plus direct peut-être s'impose avec les sculptures gauloises primitives de l'époque de la Tëne, qui ont été trouvées dans des grottes de la Marne par M. J. de Baye (vallée du Petit Morin), et dont en peut voir les images dans l'étude de M. Salomon Ueinach sur La Sculpture en Europe uvanl les influences f/réco-romaines' . On sait que, pour ce savani, il y a une sorte d'unité dans la barbarie primitive
69. 7U. — Tète ibi'ri(|ui' di: Carmoiia (?). (Mii^ro (-pL^copal de Vicli )
de l'art plastique dans l'Europe occidentale ; les stèles andalouscs fournissent sans doute un argument de plus à sa thèse. Tout récemment aus^i M. l'ablié Arnaud d'Agnelabien voulu me faire connaître un fragment de stèle provenant de la vallée do l'Arc, en Provence, et qui rappelle singulièrement la seconde stèle d'Asquerosa.
C'est à peine si j'ose signaler une tête d'homme, ou plutôt de monstre à face à peu près humaine, ayant un grand nez en bec d'oiseau et deux bosses pointues en guise d'oreilles. Je ne me dissimule pas qu'il y a une grande ressemblance entre le type de ce visage el celui d'un certain nombre d'idoles de bronze dont j'aurai à parler plus tard : mais un petit
. L'Anikropoiogie, 1894, p. aa, (ig. i3, d'oiseau el de« vase» d'lli^;»rlik :
lâ. Dans le même Iravail M. RcînBch a fig. 61. G.T, 6',; p, i8o, fig, 70, 7:
itié quelquei-unet des lonrcs cuites à bec p. 18a, fig. 77.
LA SCULPTURE g^
fait rend l'authenticilé bien suspecte. A la place des yeux, pour en marquer le globe, sont enfoncées deux vis, dont la liîlc vient allleurer l'cpidermc. A moins que ce ne soit 1^ l'adjonction d'un mauvais plaisant, il est bon de réserver son jugement. Le débris appartient au Musée épiscopal de
Fio, 71. — TlUc de thfi
Itcd^yn. (Musée Ju Louvre )
Vich ; suivant le conservateur du Musée, M. Gudiol \ CunitI, il provient de Carmona (Fig. O9 et 70)'.
Bien moins grossiers sans doute et bien plus intéressants sont les deux fragments que j'ai achetés à Orihucla pour le Musée du l^uvrc en 189g, provenant du village tout proche de Itcdobân .
I. Gadiol j Cunill. Ifocioas âe arqueologia sagrada catatana (acceuit du prii Mutor«ll de 1901), p. 37. fig. 16. M. Gudiol
l'iTiil indiqué, il )r a (|uel(|ura ai rovcnancc. .Vicolea del Rio.
LA 8CULPTVRE
L'un esl la partie supérieure d'une tête d'animal ; on peut hésiter entre un cheval et un taureau'. Pour la première désignation militent la forme recourbée de ce qui reste du cou, avec une courte crinière régulièrement divisée en petites mèches, et la formedcs joues. Les trouspercés profondément de chaque côté du front serviraient alors à planter les oreilles ; mais les oreilles ne sont pas, quelle qu'en soit la saillie, une pièce assez fragile
FiG. 73. — La mémo U
e de profil.
pour exiger d'être travaillées à part et rapportées. Au contraire, si la tête est celle d'un taureau, ces trous étaient desUnés à recevoir les cornes, nécessairement tirées d'autres morceaux de pierre ; du reste on voit plus bas, à la naissance de la mâchoire inférieure, une autre cavité de forme dilFérente qui aurait pu être destinée à recevoir l'oreille. Quoi qu'il en
. nioln
» que
: ce ne soit u
n animal fan-
^ iGna
ntk 1
la foiî du ehc
val et du lau.
flCho!
ne
serait pas élr
ange à Kcdo-
8oil, l'intérêl est dans la facture et le style. La pierre employée par le sculpteur, un grès doux et tendre ; les lignes gravées qui expriment naïvement le plissement de la peau autour de l'arcade sourcilière, la sécheresse des plans qui se raccordent durement, indiquent un art archaïque, une main pourvue d'outils 1res simples et très maladroite encore. Cependanlonne peut nier que, si l'on restitue la tète entière par la pensée, on arrive à se la figurer forte, et non privée d'une certaine expression décorative.
Fie. 73. — Tèle krouvée k Redobàn. (Musoe du Lou'
Les seuls animaux ibériques que nous connaissions jusqu'ici, les fameux becerros, ne nous avaient pas habitués à cette franchise vigoureuse de vue et d'interprétation. Le fragment, d'ailleurs, est trop mutilé pour que j'aiBrme catégoriquement que l'auteur avait éprouvé les bienfaits, ou tout au moins reçu les leçons de l'inlluence étrangère (Fig. 71-73).
Pourtant, ce qui m'amène à croire que l'œuvre est indigène, c'est l'examen du second fragment, le débris d'une grosse tète humaine. L'œuvre, cette fois-ci, ou je me (rompe fort, est purement ibérique. L'aspect en est tout à fait étrange. Au milieu d'une large (ace, encadrée
go LA SCULPTURE
par une forte et épaisse chevelure saillante, se détache un nez court, carré par le bout et peu proéminent ; il surmonte une toute petite bouche, indiquée seulement par le trait sinueux de la commissure des lèvres, car les lèvres elles-mêmes ne sont pas dessinées ; mais ce qui frappe surtout, ce sont les yeux ; situés exaclement au bord de la courbure très évasée du nez et de Tarcade sourcilière, ils sont figurés par deux longues amandes en relief, placées très obliquement. Aucune des statues grecques, même les plus archaïques, où TobUquité des yeux en amandes est le plus prononcée, n'exagère au même degré cette convention naïve, et je n'en connais pas où le globe de Tœil soit ainsi véritablement posé sur la joue, plutôt qu'enfoncé dans Torbile. Les paupières ne sont indiquées que par un trait creux cernant le globe. Le nez, non plus, n'aflecte jamais la forme indéfinissalile qu'on lui voil ici, et la bouche n'est jamais réduite à cette plus simple expression. Autre détail intéressant, les pommettes des joues sont 1res nettement arrondies en boules et détachées en vigueur, ce qui donne au visage une expression souriante. Ce sourire est un véritable sourire archaïque, qui ne ressemble en rien à celui des statues grecques ; il n'en est pas moins très curieux de voir aux deux extréinités du bassin de la Méditerranée le même souci de donner de la vie à la figure humaine aboutissant à la même convention. Enfin, les cheveux, qui étaient disposés en longues mèches pendantes, sont indiqués au moyen de traits creux verticaux, assez profonds, recoupés de traits obliques : on dirait une série de petites cordes juxtaposées (Fig. yS).
Cette tête est, par malheur, fort endommagée par le temps et les coups de pioche ; si elle était complète et en bon état, elle serait sans doute l'un des plus précieux monuments de la pure sculpture des Ibères. Telle qu'elle est, elle nous les montre, du moins dans la région de Murcie, très barbares et très incapables d œuvres vraiment artistiques, mais disposés déjà, comme par une barmonio préétablie d'instincts, à profiter des enseignements que leur apporteront des peuples mieux doués. Il y a des affinités entre leur archaïsme naturel et celui que leur feront connaître les Grecs : ils sont préparés à recevoir des étrangers ce qui leur manque, c'est à-dire le sens de l'observation plus précise de la nature. Ils ont trop la velléité de prendre le bizarre et le monstrueux pour
le beau, l'exagération pour la grandeur. Il leur manque le goùl, qui rè;{lc l'itiingiiinlion, qui |)iiusse à la reclierche du vrai, qui inspire le dessin d'une exécution de plus en plus souple el délicate. Voilà ce ijue le coiilact des (irccs. coiiinic nous le j)i<JUverons, donnera aux mieux doués d'entre eux.
réduites en nombre les anliquités purement
ibériques des régions méditerranéennes. C'esl que l'inllueiice phénicienne d'abord, puis riniluenee gi-ccque se sont Taîl de très bonne heure sentir dans la plupart dcsvillcs de In cùte, et dans beaucoup de villes aussi i|ui sont assez profondément reculées à l'intérieur des terres. El pourtant il est élrangi! que les sculptures phéniciennes, que les objets phéniciens en général soient si rares dans ce pays.
En 1888, M. E. liiibner pouvait écrire: « Itien de l'a rcliî lecture phé-
ga LA SCULPTURE
nicienne ne s'est conservé dans la Péninsule. A Cadix on observe les murailles très grandes d'édilices construits sur la roclie ijue baltenl les vagues. Mais les déclamations de rhétorique des historiens de Cadix antique et moderne, qui y reconnaissent le temple d'Hercule et autres édifices de cet emporion célèbre des colons phéniciens, ne se fondent pas sur des recherches détaillées ni sur des plans bien étudies de ces ruines, et par suite elles n'enseipneni rien. A un Schliemann de l'avenir est réservée la tiK'Itc di' iU'c<iii\rii- Irs \i;-llL;r-i dii grand leniple d'HeiTulc ii Cadix ou
Fie. 7,
Engel.)
des constructions des CarLlia^inois h Carthagène. A Mâlaga, à Adru, dans les autres colonies de la côte méridionale, il n'y a non plus aucuns restes de l'art sémitique.,. Le jour 011 se découvrira le premier monument certain de l'art phénicien en Espagne formera époque dans l'archéologie de la Péminsule. » Ces lignes ne pouvaient pas, en 1888, s'appliquer aussi à l'art de la statuaire, car en 1887 on avait découvert à Cadix quelques tombes phéniciennes, à la Punla de la Vaca (Fig. -j^ et "5), et parmi ces tombes un grand sarcophage anthropoïde en marbre avec un assez grand nombre d'objets de même origine, des amulettes et des bijoux, « anneaux d'or, colliers avec perles d'or ou de verroterie, des
La SCI lptl're gS
rosaces en or dont les pétales sont remplis intérieurement d'une pâte bleue et verte imitant le lapis^lazuli et Témeraude, des Bès, des Uraeus égyptiens en terre émaillée, et enfin trois étuis funéraires et une petite stèle en cuivre et or qui sont au musée de Cadix, ces derniers objets surmontés de têtes d'animaux: un lion, un bélier et un épervier ou griffon, d'une exécution très soignée...; !un anneau et deux spirales en or massif, et surtout une belle bague d'or à chaton mobile avec agate gravée représentant une femme à la longue chevelure, la robe plissée, qui tient d'une main une fleur à la hauteur de la figure, et de l'autre un vase dont elle semble verser le contenu à terre*. » Cette trouvaille a beaucoup d'intérêt sans doute, mais il est bon pourtant de remarquer que le sarcophage est d'une époque relativement récente. Voici comment le décrit M. de Berlanga, qui l'a vu dans sa fraîche nouveauté; actuellement plusieurs détails de l'ornementation peinte ont disparu : « Le couvercle de cette cuve funéraire en pierre gaditane est digne du plus attentif examen. On y voit sculptée l'image du défunt: la face est très bien dessinée ; la barbe frisée, la moustache soigneusement disposée, les cheveux tombant à profusion sur le front, la bouche et les yeux bien caractérisés, tout dans le visage présente un ensemble si harmonieux et naturel à la fois, qu'a le regarder on ne doute pas que ce ne dût être là un portrait fort ressemblant, telle est l'expression et la mobilité de ce masque inanimé. Le corps est à peine silhouetté, et comme enveloppé dans une tunique qui, descendant de la tête, ne laisse à découvert que les bras, les mains et le bout des pieds. Les bras semblent à peine dessinés dans le marbre: le gauche est replié sur la poitrine, où la main appuie un objet qui ressemble à un cœur humain : le gauche est étendu le long du corps, jusque sur la cuisse, et hi main est pliée pour tenir une grande couronne de laurier, qui n'est pas sculptée dans le marbre, comme ce qui paraît être un cœur, mais peinte et conservant encore, quand j'examinai le monument, quelques feuilles arrondies que ni Tair ni l'humidité n'avaient encore effacées. On me dit aussi qu'il
I. G. Bonsor, Le» colonies agricoles pré-romaines de la vallée du lietis (extrait de la Revue archéologique t 1899), fig. 7.
g^ LA SCLLPTLBE
était reste de la coult^ur sur la semelle des cliaussures que l'on an voulu donner au personnage', mais pour ma part, je n'ai pas vu In
illimpalJu du Cndit (Uoii
d'une telle peinture, ni le diraain des courroies <jui auraient dft assu-i jellir ces espèces de sandales; niuis elles pouvaient être caehées par 1
LA SCLLPTIKE
tunique qui permet seulement de voir Textrémité des pieds nus et bien
conservés*. »
Je ne suis pas tout a fait de l'avis de M. de Berlanga, et je ne crois pas que la figure sculptée et peinte soit le portrait du défunt. La tête est absolument conventionnelle et le sarcopbage est une (euvre d'industrie courante. Si M. de Berlanga n'alTirmail pas à plusieurs reprises qu'il est en pierre de Cadix, c'est à-dire iii(lii,à»ne, je dirais qu'il est une œuvre d'importation; dans tous les cas il ressemble absolument à un colTre de Sidon, au Musée du Louvre", et les archéologues sont d'accord pour reconnaître dans la tète d'homme barbu (pii décore ce deriiior le style grec arcliaïque. M. Ileuzey, on le sait, est d'avis que les plus vieilles des sculptures de ce genre ne sont pas antérieures au commencement du v* siècle \ Le monument de Cadix est donc le produit d un art qui a subi Vaction en retour de I art grec, suivant l'heureuse expression, devenue classique, de M. Ileuzey, et pour la question qui nous occupe, il faut plutôt le classer parmi les o'uvres grec(pies * (Fig. 7O).
Il n'en est pas de même des nombreux objets que M. Bonsor a recueillis dans sa belle exploration des colonies agricoles préromaines de la vallée du Betis, des objets de fabrication et d'importation vraiment orientale, phéniciens et punicjues. qu'il a réunis dans le Musée de Carmona avec des produits de provenance indigène. Tous les arcbéologues
I. El nuCK'O hronce de Itdlica. p. 295, agO. Les détails exprimes par la peinture sont visibles sur la pi. H, on le couvercle du sarcophage est représente de face et de profil, ainsi que la cuve. Ils n'apparaissent pas sur noire figure, qui est faite d'apnrs une photographie plus récente.
vt. Perroteldhipiez, Ilistoive de l'ari^VUénirie, lig. 128.
3. L. Heuzey, Caialof^ue des figurines de terre cuite du Musée du f.ou\'re, p. 8."»: cf. Pcrrol, et Chipiez, ihid., p. 18a, i83, note i.
4. I-e sarcophage et les autres antiquités ont été découverts le 10 mars l'I le 3c) avril 1887. De i8go à 1891 de nouvelles trouvailles ont été faites au même endroit. Sur celte nécropole phénicienne, voy. Habelon, Bulletin de la Société des antiquaires de France,
1890, p. i55 et s. ; de Laiguo, Les nécropoles phéniciennes en Andalousie (1887- 9")) dans Res'ue archéologique^ 1898, n, p. 3a8, pi. \in. \IV, \V. On trouvera là une bibliographie plus complète flu sujet avant 1898. — M. R. de Berlanga, El nuevo bronce de Itdlica, p. 289; Id., flaista de archivas y museos, 1901, p. 139, 207, 3ii, 390, Nuevos descubrimienios arqueologiros hechos en Cadiz del 1891 al 1892. L'illustre épigraphiste de Mâlaga dresse la liste coiuplMe «les objet* im|>ortés découverts dans la nécropole de 1891 à 1899. Ibid., 'O'^^» f'ff "fds anligua iVerrôpolis de (»ades y los primi^ tix'os civilizadores de la I/ispania. — Cf. la tète d'un prêtre représente sur un sarcophage dernièrement trou\éà Carthage, Gazette des Beaux- ArlSt 1908, I, p. 3 10.
g6 LA SCULÎ>TURË
connaissent maintenantles précieux débris d'or et d'ivoire, tels que peignes, plaques à godets, tablettes gravées oii Ton voit des ornements linéaires, des animaux réels ou fantastiques, lions, taureaux, gazelles, griffons, des guerriers à pied ou à cheval; on ne s'intéresse pas moins aux colliers, aux bagues, aux chaînes, aux (ibules d'or, d'argent, de bronze qui pro> viennent des mêmes recherches, sans parler de très nombreux spécimens de céramique orientale*.
M. Bonsor s'est efforcé d'établir à quelles dates tous ces produits ont pu venir en Espagne et fixe trois périodes distinctes : les plus anciens seraient contemporains de la fondation de Gadir par les Tyriens ; d'autres dateraient de l'époque où les Carthaginois prirent Gadir et le littoral, d'autres encore de la conquête de l'Espagne par ce même peuple, et les derniers seraient du temps des guerres puniques. Quoi qu'il en soit, ils sont presque tous d'un style oriental très pur, et c'est ici le seul point qui nous importe.
J'ai le très grand regret de ne pouvoir parler que trop superficiellement d'une certaine quantité d'objets phéniciens qui sont encore tous inédits. Ils composent la collection de M. Louis Siret, qui ne s'en est pas tenu aux belles éludes faites en collaboration avec son frère sur les Premiers âges du métal dans le Sud-Esi de l Espagne, Directeur des mines de Herrerias, près de Vera, dans la province d'Almerfa, il a eu la bonne fortune de pouvoir faire des fouilles dans une très riche nécropole, à Villaricos, l'ancienne Baria. Là ont fréquenté, attirés par les richesses minières de la Sierra Almagrera, des commerçants phéniciens et grecs, et de leurs tombes sont sortis en grand nombre des objets grecs, surtout des vases et des objets phéniciens. Je n'ai pu voir toute la collection de M. Siret, qui, étant occupe l\ s'installer dans une nouvelle maison, avait enfermé ses richesses dans des caisses ; mais j'ai pu feuilleter le magnifique album où il a dessiné les plus importantes de ses trouvailles ; j'ai pu
1. Les colonies agricoles de la vallée vista de archivos, 1900, p. 338 el s., OZ»-
du Betis, par G. Bonsor (accessit du concours jetos del comercio fenicio enconlrados en
Martorcll, Barcelone, avril 1897), dans la Andalucia. Cet article a paru aussi en alle-
Revuc archéologique y t. XXXV, 1899. Il mand dans le Jahrbuch d. d. k. archxol.
en existe un tirage à part. Cf. E. llûbncr, Re- Instituts, 1899.
aussi prendre note de quelques objets qui m'ont été montrés. Certes, je me garderai d'abuser de Taimable libéralité de M. Siret, et je me contente de signaler au passage son trésor en désirant qu'il le rende bientôt public. Je remarque seulement, parmi les objets que j'ai vus, une statuette de déesse-mère pbénicienne en calcaire zoolilbique recouvert d'un enduit de plâtre. La déesse est assise sur un trône à haut dossier, et son corps s'enfonce dans le siège : ses seins sont figurés par deux petites boules de plâtre: sa tète est brisée'. M. Siret m'a dit que la pierre était une pierre du pays, et que Tobjet a été fabriqué sur place, détail qui a bien son intérêt ^ Ensuite un sphinx taillé dans la même pierre : le corps est allongé et mesure environ un mètre. Contre les flancs, des deux côtés, sont appliquées de longues ailes. La tète est une tèle de femme, avec trois mèches tombant sur les épaules : la poitrine est lisse, et les seins n'y sont pas indiqués. Enfin une stèle en grès coquillier, sans inscription, mais de forme et de décor absolument puniques, ronde par en haut, avec un triangle gravé dans le cintre, et une autre stèle, ou plutôt un couronnement de stèle (hauteur, o"',Go) assez semblable à la colonne qui surmonte une stèle votive de Malle au Musée du Louvre \ Je ne parle pas de menus objets, tels que colliers, perles striées, amulettes de tout genre, auxquels se mêlent selon la coutume les petits bibelots égyptiens, bès, scarabées, animaux, etc. Les découvertes de M. Siret, dès qu'il les aura publiées, méritent d'avoir un grand retentissement ; l'importance en est exceptionnelle, étant donné que la nécroj)ole de N illaricos, systématiquement pillée, est désormais ruinée et perdue pour la science, et qu'on n'a pas encore découvert les lieux où les colons trAdra, de Carthagène, de toutes les autres colonies orientales ont déposé leurs morts.
En dehors des menus objet» trouvés dans les tombeaux, qui sont répandus un peu partout parce qu'ils voyagent facilement (on a trouvé des perles striées phéniciennes jusqu'à Palencia), je ne j)uis citer comme ayant de l'importance qu'un petit pendant de collier en or, de. la collec-