AVANT-PROPOS VII
menlspeuou mal connus, le nombre plus grand encore d'inédits que j'ai essayé de classer et d'apprécier, formeront-ils comme un inventaire, un Corpus provisoire des antiquités i[)éri(|ues; et cetle colleclion d'images pourra servir à des succcssimh's pins crudits, de science plus pénétrante, de jugement plus sûr. Sans doute ce ne sera pas un résultat sans intérêt de celte élude.
CiCla dit, et avant d'entrer en nialière. je veuv répondre d'avance à deux questions quel on ne peut manquer de nie poser, ou plnlol à deux critiques.
Pourquoi la géographie. pour(|noi la chronologie, ces deux \eu\ de l'iiisloire, comme on dit, tiennent-elles dans cet essai une [)lace si réduite? Ce nom d'Ihcres. le seul à peu près (pii figure dans le livre, il y semble appli(pié à un même j)eu[)Ie, avant une forte unité de race, de m(eurs,de coutumes, de religion, d'art et d industrie : mais cela ne coirespond vraiment à aucime réahté d ethnographie ni de géogra[)hie historique. Il n'est que rarement fait de distinction entre les peuplades si -nond)reuses pourtant et si diverses send)le-t-il. qui, venues des pavs les plus dispersés, s'établirent aux quatre points cardinaux de la péninsule. A-t-on le droit de confondre dans une même éliide les (ciivres trouvées (*he/ les Lusitaniens et celles de la région lartessienne ? Le m^'uie chapitre ])iMil-il légitimement grouper des sculptures découvertes aux hords du lleuve Tader ou du lleuve lîelis, celles de 1 Exlremadure ci celles des (lHanins du Minlio, ou celles du cours de TEhre.'^
L'argument n'est pas sans m'avoir occupé cl pi'<'oecupé, au début de mes études ibéri(pies. J'y réponds, eu les terminant, (pie je fais sans scrupule ce mélange, ('/est que tout d'abord les divisions etlmicpies si nombreuses que les anciens ont établies entre les Ibères sont peut-être un peu factices, superlicielles et relali\ement récentes : Hérodore d'IIéraclée ne dit-il pas formellement, dans un passage qu'a conservé Etienne de Hyzance, ([ne les Ibères sont un même peuple sous des noms dilVércnts, une même race divisée en plusieurs tribus'?
I. lIcroH. Ilcracl., ap. (1. MiiII«t, Frni;- cumyrviul >oiis les mots ^\'')r^y.y.'iu yivo; tous
menta historiconini gnrcorutn (éd. Didol), les habitants do la PéniiiMdc depuis Toxlré-
II, p. 3'|. n" 30 : Tô 0£ 'Ior,p'.xôv -^i'^o; tojto, mité Sud -Ouest jusqu au Rhône \ mais il faut
ô::cpîr,a'. O'XsîviànapâX'.aTOJO'.xnAO'j, O'.foGt^ai eiil(Midre très prubublomcnl jusqu'à VEùre^
ôvôjxxi'.v sv yevov £Ôv xaià ^CîXjt. Hérodore cDranic me le sug^'ère Camille JuUiaii.
VIII AVWT-PROrOS
C'est ensuite, et c'est siuiout que dans toutes les (ruvres nées sur tous les points du vaste territoire hispanique, il me semble que j'ai constaté une unité certaine, indéniable. Partout également l'art et l'industrie ont végété dans une grossièreté native, puis dans une routine sans progrès, ne donnant le jour qu'à des objets uniformément lourds et misérables, d'un même style enfantin et barbare, jusqu'à ce que l'instinct des rudes imagiers se fut vivifié sous l'iiillucnce des importations orientales et grecques. Et celle influence a pénétré partout, plus ou moins vite sans doule, mais produisant les mêmes efiets. Si elle a été plus vive, plus durable et plus féconde dans les régions que baigne la Méditerranée, cela se conçoit et s'explique aisément ; mais le fait qu'elle s'est également répandue dans le pays enlier n'est pas douteux. Jusqu'à plus ample informé, j'estime qu'il n'y a eu dans l'Espagne primitive qu'un art et qu'une industrie, que j'appelle ibériques, parce que ce mot est le plus compréhensif et le plus commode. Le jour viendra-t-il où, comme la Grèce artistique, l'Ibérie se séparera en provinces, où lart ibérique se divisera en écoles, comme l'art grec.^ Du moins, l'instant n'est pas venu encore d'entreprendre ce départ ; je n'hésiterai pas à le tenter, si un jour je juge le moment propice, et je souhaite qu'il ne faille pas attendre trop longtemps. Mais pour le moment j'aurais eu tort de faire un étalage facile, mais bien superficiel, d'érudition critique, et je me reprocherais gravement de faire céder à des raisons incertaines d'ethnographie et d'hypothétique histoire les raisons tirées de l'élude de monuments archéologiques matériels et précis comme des faits.
A quel moment commence cette étude ? A l'heure incertaine où les habitants de la Péninsule deviennent capables de tailler la pierre en forme d'animaux ou d'hommes, de décorer l'argile, de fondre le bronze en simulacres de divinités ou en figurines votives, de forger des poignards et des épées de fer, de marteler des bijoux d'argent et d'or et d'y graver des dessins plus ou moins géométriques. D'autres diront avec plus de précision dans quel siècle exactement ces arts rudimentaires ont pris naissance, et quand à la préhistoire a succédé la protohistoire. Pour moi, actuellement, je crois bon de m'abstenir.
Quant à échelonner dans la durée des temps les diverses œuvres dont je