AV \>T-PROPOS I
parle, je crois Tavoir fait, quand il me paraissait possible et utile ; mais il faut s'entendre sur ce point. Si j'avais voulu multiplier les dates, rien sans doute ne m'eût clé plus facile; mais j'ai eu scrupule à semer ces pages de conjectures de ce genre, pensant qu'elles en contiennent déjà bien assez par ailleurs. Etablir une chronologie rigoureuse des monuments figurés de l'ibérie me paraît nécessaire : mais il faut laisser mûrir le fruit avant de le cueillir.
D'ailleurs ce n est pas mon opinion que la véritable date d'un monument plastique est toujours celle de l'année on il a été fabriqué. Si l'on s'en tenait à celte indication toute matérielle et brutale, on s'exposerait aux pires erreurs en écrivant riiisloire de 1 art , car il faut toujours faire leur part aux survivances des types et des stylos et aux routines des ateliers, de même qu'aux progrès rapides qui devancent la marche du temps. Telle ceuvre d'inspiration et de facture purement archaïques peut s'attarder à Tàge suivant, sans devenir classique par ce seul fait : tel précurseur de génie peut créer, au moment même où ses émules moins hardis s'attardent aux formules à la mode, une œuvre qui paraît plus jeune de cinquante ans que les leurs : et bien que le fait soit plus rare, en plein âge archaïque peut naître une statue classique.
Un maître distingué de l'archéologie grecque se pi(juait de dater a quelques ans près toute (euvre qu'on lui donnerait à juger, et son sens critique était dillicilement en défaut.' On lui montra la photographie, vue de face, d'une statue trouvée dans des fouilles récentes, et sans hésiter il lui assigna une date précise ; une autre photographie, vue de profil, lui apprit qu'il s'était trompé d'un bon demi-siècle : la statue virile portait sur le flanc et la cuisse une inscription typique, qui valait l'indication authentique d'une date écrite en chilTres. S'était-il abusé.'* En un sens l'erreur était flagrante ; néanmoins il avait raison, car la statue en question devançait étrangement l'époque qui l'avait vu naître.
C'est comme lui qu'il me plairait ici d'avoir toujours eu raison. Si j'ai réussi, lorsqu'il y avait lieu, à reconstituer les dilférentes étapes de changement et de progrès de l'architecture, de la sculpture, de la céramique des Ibi*res, je croirai avoir rempli le plus important de la tache que je me suis tracée, même si je ne propose aucune date en chiflres.