‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 3)Chapitre 36 sur 80 · Ihid.t IV · texte numérisé non relu

Ihid.t IV

/|. Perrol et (lliipie/. Ilisfoin* de l'arl dans Vanti(fuité, W , fig. 71» à 79 .

5. Kapindons, en {Missant, (pi'iin grand nombre <le limirliios sar<lcs repn'stMilenl d<'s guerriers dont le casipie esl agrémenté de longues cornes. Voy par e\. Perri»t et (Chipiez, op. latid., IV, fig. 5, ;)•-», 53, r>'i, 55, 50. 57. 5î^. 87.

i6a i.v scn.i'Ti HK

Tout porte donc à croire que les mêmes influences qui se sont exercées sur les populations indigènes des Haléares avaient auparavant produit leur eflet sur les Sardes primilifs; le peuple (pie M. Perrol, faute d'un nom plus précis, appelle le peuple des nnuni(//tes et qui occupa à la fois, venu peut-être d'Afrique, les Baléares et la Sardaigne, a connu la ci\ilisation gréco-orientale de la Méditerranée orientale, et a reçu des Mycéniens des exemples et des leçons artistiques: les têtes de Costig en sont un témoignage de premier ordre, el il est vivemeni a souhaiter (pic de nouvelles découvertes du même genre vienneni se grouper autour de ces œuvres exceptionnelles.

Au terme de ces analyses j'arrive à celle conclusion, que le début en faisait prévoir : l'art indigène de l'ihérie, abandonné longtemps à lui-même dans les provinc^es reculé(»s du \ord-Ouesl et du (lentre, el comme paralysé par un Aice de nature, esl resté dans mi état stationnaire de rudesse barbare et ne s'est que par intervalles un peu vivifié sous rinfluence lointaine de Tari mycénien. Au coniraire dans les pays que baigne la Méditerranée, où se sont élahlis les Phéniciens et les Grecs, la double influencée du commerce et del'esprit oriental el hellénicpie a apporté aux idées el aux productions locales un élément fécondant. Mais, lorsqu'il s'agit des monuments très primilifs, il faut avoir soin de distinguer entre Tinfluence grecque proprement dite et l'influence mycénienne : dans presque tous les cas, il faut admettre que les modèles orientaux ne

se sont pas imposés directement, mais par l'intermédiaire des Grecs.

En étudiant les sculptures célèbres du Cerro de los Sanlos, nous arriverons à des résultats analogues, mais plus précis encore. Seulement, à côté de Télément indigène, à cCAv de l'élément oriental, nous retrouverons, franchement caractérisé, l'élément gri^c, non plus seulement mycénien, mais an^hîiïipie aussi, el quehpiefois encore l'élément grec classi(pie.

Mon intention n'est pas décrire ici une monographie du Cerro de

l64 LA SCLLPTURE

viiice d'AIbaccle, sur le lerriloire v{ à c|iielques kilomètres au Sud du village de Montealegre, au Ixiid de la roule qui conduit de ce village ù ^ ecla. un sanctuaire extrêmement ancien où la piété des fidèles entassa dès une époque très reculée une collection fort nombreuse de statues et de statuettes (Fig. 119). Mais j*adn)els a\ecune égale certitude que Tindustrie d'un faussaire ingénieux, \icenle Juan v Amat, horloger à Yecla. a mêlé à la masse des iruvres aullienli(|ues beaucoup de pièces de sa fabrication, dont queUpies-unes, tout au moins, ne soni pas des plus faciles à reconnaître. Le départ entre le vrai et le faux se fait quel(|uefois de lui-même ; d'autres fois il exige une étude tiès attentive, étant donné le style souvent primitif, et sou\enl même barbare de (pieb|ues-unes de ces sculptures, et nul ne peut se tlalter (Téviler là loule erreur. Cependant je dois tenter ce classement sous peine de \oir poser, a propos des jugements (jae je porterai, la (pieslion piéalable. Si je me trompe, comme il n'est que trop probable, je tAcberai du moins d'écarler les graves inconvénients de Terreur en évitant de donner trop d'autorité dans mes déductions à des morceaux douteux, et en choisissant, pour me servir d'exemples, ceux dont l'étal civil est certainement correct.

Quelques-unes des statues du {'erro sont condamnées sans rémission, d'un accord unanime. Les conservateurs du Musée archéologique natio — nal de Madrid, on les œuvres sont exposées dans une grande et belle** salle, les restituent sans hésiter à l'horloger Amat, dont M. Mélidîi. a la trop grande indulgence de taire le nom, l'appelant seulement c( el relo— jero de \ecla ». (le sont :

I ' L(»s statues de stylo égyptien cpii portent au Musée les n*"* 3^190, .'{'187. «^')o;), (4 cjue M. <1(* la llada a |)ul)liées dans son discours académi(pi(» sur les {nlnjuciladc^ de! CV/vo de los Sfiidas, en ténnino de Monlenlefjre, plîinche 1, n'" l, i^ 'MV'ig. 1^0, l 'U , l*.v?.)\

i. Le mimrro \ dr l.i pi. I «le l;i Itada a cùli'* d'iiMn ros aiilhonlicjiics dans lo Catalo^o

dis|):irii, j«» cn)U,<lii Mu^^i'c. Il <Hail nKinifcslc- dt'l Mttsco firffiwlni^iro narinnai ('^ccv'inn I*),

inrnl Taux (i'iii. 107). Driix de ros slatiH's (lii:. ln''liou:raMin' apr»-» la pa^e ii(j'|. luo, IH'J) oïd inalhelln■ll^eln(>llt |)ris place ù

n scui.PTunE i65

a" L'aulel du l'Iit-nix, IliiiL, planche \iV (Fig. i-i'S).

3" Le prétendu cadran solaire. HikL, planclic W .

!\- Le navire Argos, ib'uL. planche WIll, n" .'(.

.">" L'ohéiisque, Ib'nl.. planclie WIll. ii" a.

0° Les objets réunis sur lu planclie \VI : i. Ohjel indéterminé ; 2. Prétondue vaclie 'Svin'ino^}): 'A. Aulel surmnnlé d'un liuste à double face; i. Animal Incéphalc accroupi entre les jambes d'un homme nu (,Fig. i3|t.

Statues faiiMcs <li

(Mus™ .k- Ma.iri.1.)

7" Les objets réunis sur la plaucbc \\H : 1. lléliei' l\ li'lc humaine (Fig. ia5) ; a. Plaque représentant un IVa^mcnt de poitrine avec le collier de la toison d"or sous lequel jtuie un enfant (^l'ig- i-iti) : 3. (Ihcval et cavalier sans torse (Fig. 137); 1. lUiinocéros (Fig. iiiS); 5. Cvnoscépliale (Frg. I3t)");(l. Hippocampe (Fig. i3o).

8" Les vases à reliefs réunis sur les phuiolics \l\ et \\.

p" Les médaillons réunis sur la |>lanclic \1U.

10" Cinq statues que M. de la Itada n'a pas publiées, et (jni ne pnriont pas de numéros nu Musée (Fig. i3i à i.'tS), plus le numéro 7rio.*î (Fig.

itU) LA SCL'LPTIRK

La nisun Je orl arrêt $aiis appel Csl simple à détluirc. Le fau^^^irc^ $Vït Irdlii lui-in^me. dan» quelques cas. par le ^>uci de bien préciseE: ses inlentions énidiU-s : les îiiscriplion^ e>lri)piéos Argos. Phfnir. Hip— Itor-imptis. PniscymriesU. S'tntpitJi. Piutop/iorrni Oiometfex. aver leurs fautes volonlaires ou non. >onl di^s témoins infaillibles: plusieurs de:=

Vu* ^ i- Mj.lH.i ■

sujets sv>ril i-riipnmtos i ilt;* ti^urv-i <1.' diftioiiiiuires ile-î .tnltquitês. Entin et 5urt>.uil toutes ces ivuvres, à oitmiiorioT jwr le* "Ijlne* ésvp lisantes. SiHit ilUtif l'arilLiisif l>arKuv qui tmiioli-.' *i>i!enimeril sur la rudesse é*idi'iile. tuai^ siiKviv ilo< nnmvs i-.Ttairi..Tiir'iit uulh-nli.jue-i. Les tèles, on |MttuutK'r. vui- uiiitc itc t].(K' ni ilo Ij-tiir.-, m .ni ihsoliiriient aucun n.i[t(>oil u*i.v U-s iiiiK'tnI'i'.iMcs h'ti-t J lionimos "ii .!< iVinrnes. fortement a-*vnvs i-Mliv i-llv* p.ir .1.-- .■.ir;i.-ir-n-: ootiimuii< .t.- rai.-e et de slvie.

S'iil|.ture!s fausses itii Ci'rro de loj S»rilos. (Musco de Madrid.)

LA SCULPTl'RE

typies du bel allas de M. E. Cartailhac pulilîé en 1892 '. Le temple qui se trouvait là est bien contemporain des lalnyols qu'on nous signale tout à cûlé. Mais, de Tavis des historiens les plus compétents, les lalayots des Baléares ont des ressemblances qui vont jusqu'à l'identité avec les nouraghes de la Sardaigne. M. Perrot n'a pas hésité à attribuer les unes el les autres de ces constructions au m^mc peuple '.

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Cela m'a donné l'idée de chercher si parmi les débris plastiques de al Sardaigne primitive ne se rencontreraient pas des objets rappelant les bronzes de Costig. Par malheur on n'a recueilli à Son Corrô qu'un bras de statue en bronze, de demi-grandeur, et rien n'autorise à dire que, si l'on avait retrouvé des idoles viriles ou féminines, elles auraient eu la moindre ressemblance avec les curieux bronzes sardes du Musée de Cagliari ou de la Bibliothèque Nationale de Paris. Mais il n'en est pas moins intéressant de noter que parmi les bronzes dessinés par le comte de la Marmora dans son Voyni/e rn Sarihig/ie . le bœuf el surtout la tête de bceuf jouent un rôle important. En parliculier un assez grand nombre de nacelles votives sont ornées, à la proue, d'une Wte de bœuf dont le

:. K. Cirtailhac, Monumenls p des lies Batëam. Toulouse, 1893.

. Histoire de l'Art, IV, p. ig. p. i

LA SCULPTÏRK î 60

écarter, et ne faut-il pas aussi chasser comme des intruses nombre d'autres figures que Tétrangeté du sujet ou la barbarie du style rendent à priori suspectes ? C'est ici qu'il est besoin d'agir avec prudence ; trop de méfiance peut nuire autant que trop de confiance. Un examen minutieux des pièces manifestement fausses peut seul olTrir des données certaines. Or je remarque que :

i"* Deux préoccupations ont surtout hanté le mystificateur, d'une part l'imitation de 1 Kgypte, d'autre part le souvenir de la Grèce classique. Sept statues sur dix, de celles qu'il a fabriquées sans aucun doute, peuvent être qualifiées exactement de pseudo-égyptiennes. Quant au Phénix, à l'Argos, le Pastophoros, l'Hippocampe, la vache Nemano (qui est probablement la vache lo), leurs inscriptions parlent d'elles-mêmes.

2* Le faussaire s'est appliqué à adapter quelques traits des statues authentiques qu'il avait sous les yeux à ses fictions pseudo-égyptiennes. Ainsi, tandis que la tête, le torse, les bras des statues 3487, 35o() (Fig. 131 et 122) et autres sont copiés sur les oa/.s/^ei/ partout représentés, le bas des corps est imité des statues du Cerro. En particulier, les figures que j'ai désignées par les numéros i3i, i32, i33 ont des jupes et des manteaux pUssés et disposés suivant la mode des femmes représentées par les sculpteurs antiques de la région. D'après le même principe, la tête de la petite statue publiée par de la Hada, planche I, n** !\ (Fig. 137), est égyptienne, et coilTée du klafl, mais tout le corps est d'un type, la femme assise, qui appartient bien au (iCrro.

3" Le style de ces figures, si l'on peut enq)loyer ici ce mot. dénote, avec la maladresse la plus barbare, l'ignorance des principes de sculpture les plus élémentaires. L'auteur est incapable de mettre ses personnages en place, et de leur donner forme humaine : il est plus riche d'imagination que de métier : on sait du reste qu'il est mort fou. Il ne peut en aucun cas, et ceci est de grande importance, apporter la moindre précision dans le dessin ou le modelé d'un détail : dès qu'il s'agit de sculpter des yeux, un nez ou une bouche, de figurer des cheveux ou un collier, il s'en lient à une ébauche ridicule, a un grossier à peu près. Les œuvres, en un mot, sont grotesques, et elles ont une unité dans le ridicule qui les groupe tout naturellement:

'l" Enfin. toule?i cC!) pièces ont été unilbrinéiueut batligeonnécâ d'un enduit firi.s cendreux . trèt caractérûstique. alin de donner I illusion de la patine naturelle que lo^ u'iivrc authentiques ont prise dans leur contart MÎculaire avec la terre du Orro. O badigeon e^t uniformément étendu. comme au pinceau, d'un aspect très terne, et dérobe le grain de la pierre, qui parait lih->e, ninoii polie. Ainat -est quelquefois servi de cette mixture pour es-saycr de dissimuler des cassures, pour réunir les Itords élirécliés de deuY morceaux brisés. .Mors le iKidigeun devient une sorte de barbotine'. -le dois ajouter que plusieurs .sculptures authentiques semblent avoir rimi une irouclie du mènie enduit : c'est assurément une ruse du faussaire, maiit qui l'a plutôt trahilui-mèiiic. car il élail incapable d'exécuter les tîgures qu'il » ainsi lia rlx^ui liées.

(Ida po.sé, il me .semble que l'on |>cul marcher sur un terrain assez sur: seront manifestemenl fausses toutes les piî-ces de la eollcclion où se relrouvcront ces mêmes caiactèrc's.

A,clil,vjVxcl„rol;

i" l ne tète d'homme plus grosse que nalurp. portant le n" 700 'i (de la Hada. pi. \ll. n"7l, d'exécution sans doute adroite, mais dont le type ne ressemble en rien à celui des nombreuses tètes authentiques, et qui est complètement badigeonnée de gris.

■}° L ne statuette d'homme (n" 75j)8, de I llîïda. pi. \. n" 2) drapée, portant un collier. La tète, beaucoup trop petite pour le il.- ['Il Sîiniii-fMii'Iril). corps et hideuse, et le Iradigcon gris ne

laissent (pie peu de doute, .'f ' I ne slahiclle d'Iioiiune dont lit tète est grotesque, avec des oreilles desiilyreûi' .'1.-, n , delà Hada, pi. IX. ;*)(Fig. i.'f8).

. S- -,f,-y,. Sfm

173 LA SCrLPTIRE

quelques-uns des ornements qui |)cndeiit ù leurs eolliers ou qui sont gravés sur leurs vêtements, paraissent singulièrement suspeetes. Ce sont, en particulier, celles qui portent en pendeloques la lune, le soleil, une étoile, ou un mouton qui fait ressembler d'une façon vraiment effrayante leur collier au collier de la toison d'or.

Mais après mure réflexion, et de nombreux examens des originaux, je ne me décide pas à les déclarer fausses, parce que je n'y retrouve pas les caractères que j ai cru reconnaître comme absolument rédbibitoires. L'aspect de la surface du «^rès ne dilTî»re ni pour le grain, ni pour la couleur de celui des sculptures certaines : la patine en est naturelle, et si quelques-unes portent trace de badigeon gris, c'est autour de parties brisées et rapprochées Tune de l'autre. Amal est bien passé par là, mais pour de simples raccords. Surtout le travail est beaucoup plus poussé qu'il ne paraît dans les œuvres certainement fausses ; les cheveux, les colliers, les franges des rolx*s sont traités avec précision et parfois avec finesse ; les plis sont accusés et fermes : enfin les traits du visage sont presque corrects, et la forme des veux, dont le globe est plat, est tout justement dans la bonne tradition du (ierro. comme je le dirai plus loin. En somme, l'impression serait bonne, n'étaient ces attributs" singuliers qui ébranlent vivement la confiance. J'essaierai, en temps et lieu, de les expliquer.

Keste la question des inscriptions. Elle est singulièrement simplifiée par Taveu d'Amat. Toutes celles qui sont gravées sur des objets faii^ sont fausses, et quehpies-unes même, celles 011 paraissent des mots c^ des caractères grecs ou latins déformés et brouillés à plaisir, sont de trî? forts arguments contre rauthenticité. Parmi les autres, je ne puis fait* grâce à tous les pseudo-hiéroglyphes, a tous les signes sans suite jet sur les grandes mitres dont sont allublées certaines figures d'ailleurs d bon aloi, et ([uehpiefois sur les robes des femmes. Ce sont des adjon tions (i'\mal; tout l'indicpie, le désordre des soi-disantes lettres, 1 repentirs nombreux du gra>eur, qui ne sait pjis au juste quelle forme

«lossin cxrcpliniMH'K nii (Ifrro. Si j'Iir-^ilo. perlos. Mai"^. en somme. Aiiiat a bien pu cr

c'est qu'un fragmenl anlheiiti(|no rnnser\é ii pierjuslenicnl do dernier ilcbris.

Yecla inoiilrc les m«*mes dis|)i>sition.s de ilra-

LA SCULPTURE l-jS

donnera aux caractères, le peu de profondeur el l'indécision du trail. Mais il est daulres épigraphes qui, gravées régulièrement en lettres simples, de forme archaïque, paraissent contemporaines des sculptures ellesmêmes, et laissent une impression solide d'authenticité. Telles sont les inscriptions tracées sur la poitrine de la statue de Madrid, n° yCJ^i (delà i\ada, pi. \I, n** i, el d'un torse féminin du musée d'Alhacetc {^Bulleiin /tispnnif/iu\ i;)()i. n** /|0 (pi. ,*{. n" i) t-zz notre Fitr. îo;)).

Lue fois élahli le départ entre les (euvros authenti(|ues et les fausses, je crois qu'il y a lieu de grouper en séries les premières, les seules qui intéressent Thistoire, suivant leurs alTmités de type et de stvle.

Je placerai dans un premier groupe les statues ou fmgments de statues de femmes dont la plus complète et la plus helle des statues de Madrid est comme le modèle idéal. C'est celle que M. Ileuzey a publiée le premier avec tout le soin qu'elle méritait, et sur l'étude de laquelle il a édifié sa très importante théorie d'un art espagnol de style gréco-phénicien

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