AVANT-PROPOS
Que si Ton s'étonne enfin du silence que je garde sur tout ce qui concerne l'iiisloire politique et sociale des Iheres, leurs nKLMirs, leur religion, que Ton veuille bien croire que ce n'est pas par oubli. Mon silence est l'eiret d'une prudence systématique. En principe, et c'est le cas en Orient, en Kgypte, en (irèce. en Italie, en (iaule, la connaissance des événements politiques aussi bien que la connaissance de la civilisation est pour rarcbéologue un secours puissant, dont il ne saurait se priver. 11 ne peut bien comprendre le sens et la valeur des monuments figurés, le plus souvent, que grâce à ce qu'il a pu apprendre par ailleurs des mcrurs et des croyances. Kt certes j'aurais été tout beureux de pouvoir m'éclairer d'une si vive lumière.
Mais en Espagne, en cecjui concerne les premiers siècles de sa vie civilisée, tout est encore à Taire dans Tordre bistoritpie, et malbeureusement il est fort à craindre qu'il n'y ait jamais moyen de rien faire : nous semblons condanmés à rignorance ii perj)étuité. FiCs documents écrits ibériques se réduisent à (piehjues textes épigrapbiques ([ue de rares érudits peuvent lire, ou j)()ur mieux dire épeler, mais que personne ne sait comprendre. Quant à leur littérature, ([ui avait sa réputation parmi les anciens, elle semble bien irrémédiablement détruite. On ne retrouvera jamais rien de celte législation rédigée sous forme de poème, vieille, disait-on, de six mille ans, ni de tous ces antiques écrits eu prose et en vers dont étaient fiers les Turdétans à l'époque romaine ', et c'est à peine si l'on peut espérer, grâce aux inscriptions, avoir coimaissance des diverses langues parlées dans l'Espagne et de leur grammaire ^ Seule la littérature classique, celle des (irecs et des Romains, nous donne de rares et obscurs renseignements sur l'Espagne, je veux parler de 1 Espagne avant la conquête romaine, et ces renseignements, pour la plupart, sont surtout géograpbiques. Les autres ont trait plus à la légende qu'à 1 bistoire ; ils nous apprennent |)lulot (jucUe place Tlbérie tenait dans l'imagination
I. Slrab., TU, i,<). ^Co^foTaTO» o'È^cTxîovTa». hlcmont. Slraboneinprunlo ces renseigne incnls
T»ov *I'>Ip(.)v o^TO». (o: To'j50T,Tavo*) xa- Ypa;jL- cl ccu\ qui suivent à Posidonius.
jjLaT'./.f, ycoivTa'., xat TTj; ::aÀa'.à; fxvrJaT,; r/oja-. 2. Ibid. Ka\ oi aAÂQi ô'^'Ior^oâ; yptovia».
ajYY/â;jL|jLaTa xal TJj\r\>x7.':x xa\ vo;jlojî i'vxi- Y^aiJLjjiaT'xfj, où ixia [5') «Oc'a, oùol vip yXoSirr]
Toou; IJxx'T/iXi'wv ETÛv, tô; ^aji. Très proba- |ita.
AVANÏ-PUOP.OS \I
|)oéli([ue et dans les traditions niariliines des Orientaux navigateurs, qu'ils ne nous renseignent sur des réalités.
En somme, ven(-on dresser le bilan historitjue des Ibères avant la conqnrlc eartbaginoise suivie de près par la eontpirle romaine? Nous n'avons le droit d'allirmer (pie trois faits : la eolonisalion pbénicienne, lu eolonisalion greecpie et l'immigralion relli(|ue : mais ces (rois grands événements en\-mèm(*s, si l'on s'en lient an\ seuls textes écrits, demeurent eonlus, sans précision de lieu ni de tem[)s.
\ eut-on (1 autr(» part connaître la cIn ilisatioii ibéricpic, doni iréo^raplies, historiens et pol\grapli(*s ont à 1 occasion dit (pichpics mots!' Nous saurons tout pjste (pie les insulaires sont en ^('néral de Niais barbares orgueilleux et insolents, pleins d asluee '. Sans doute ils sont une race lière ", belliqueux au [)()int de s'engager même coninu^ mercenaires dans des expéditions lointaines ' : mais ils sont peu ca[)ables de grandes enlre- [)rises et leur biimeur guerri('re se plaît trop soin eut aux guet-apens de bandits ^ Si Ton en croit Strabon. on a\ait lait aux Ibi'ies, surtout ceux du Nord, un renom exagéré de courage et de cruauté '. I^t cependant le géographe ne raconte-t-il j)as lui-même (pie dans la guerre canlabrique des mères tuf'rent leurs entants pour qu ils lu^ tombassent |)as aux mains des emieinis ? Vu fils, surl'ordri* de sou père, tua I un apri's 1 autre ses parents et ses frênes prisonniers et cbargés de cbaînes. l^t ce ne l'ut pas là un exemple isolé ''. Les femmes étaient aussi vaillantes, et plus même, que les hommes, et les anciens admiraient comme elles résistaient aux pires soullVances. iin^me celb^s de l'enfantement . (l'étaient bien les
I. Slrab., m, IV, 5. Tojto os rô aj'OaOc; t;;, aivaXo-.; o' oj/. £::'.oa).XoacV0'..
£> TOî; "I'Jtjs'Ji aâX'.aTa InÉTcivc, "oojÀaooO'j'. 5. Ibid., HI, iv, 17. ...-oaax y.a- if'i'^CLZX',
1. Dionysii orbis descrintio, v. 'Xy\\ ((ico- iOvojv. o'.ac^sovT'): oi Tfov -oo^vjotov oj ao'vov
^rrt^/iici wi/iores do Didol, 11, p. 1:?:^): Ta nsô; àvooci'iv, àXÀà xa- Ta -sô; fo-xoTr^Ta
\\Àa' f,TO'. ••jaaT»; jjlÎv àyajfov Iîtiv 'lor,'v-)v. xai a-ovo'.av Or.o'.fôor, .
V. v)(i| (p. l|o): ('). Ibid., Kal vas TZ/.va 'ir',izi; ^xT^'.vav
...ac^vi'.oi va'.O'jii àyajojv natoc; 'lor'oo)V. -vv iX'ova'. xaTa tov rj')\i'i.ryi tov iv IvavTâoso'.:,
3. \«'noph., //^//^w., \ tl, I, :io et .'W (Di- xa"i -a-.o'ov 'Ve o£Oi'xfv'>v a'/'jLa/.f'')Tfi)v tmv Yovifov
dot. I». 'iH-, '|6()). Cf. IMal., lit' /c^'., t. Il, xa-. àozÀ^'ôv ;/.7::v: -âvTa;. x;).: û-JavTo; toj
I». 2''À (Didol). -aTso;, a'.orjsoj xusiîjjav, Y'«'>'i ^^ "ol'î Tjva-
\. Slrab., ni, IV, 5. 'KtiiOîT'.xoî yàs xa- ÀovTa;, etc. /.r.arp'.xoi TO:; Jlioi; È")fc'vovTO ri (xixj>à ToXaôiv- 7. //>/c/.
XII A>fc\>T-PR0P08
dignes compagnes de ces captifs qui, cloués à des croix, cliantaienl encore leur chanl de guerre ' : elles niérilaienl en somme qu'on leur laissât quelque autorité, ce que Strabon appelle d'un mol sans doute un peu fort, Y'jyat/o/.faTta, et aussi qu'on leur vouât un certain respect, dont la preuve est que c'était le mari qui apportait une dot à la femme, et que les filles avaient à Tliéritage de leurs parents des droits antérieurs à ceux de leurs frères '. Comme beaucoup de peuples primitifs, les Ibères avaient de plus un sentiment très vif de l'amitié et sacrifiaient même leur vie pour leurs amis '\
Nous ne sommes pas beaucoup mieux informés sur les mœurs ou pour mieux dire sur les liabitudes de ces gens ; pourtant, au cours de nos études, nous aurons plus d'une fois à rappeler des indications utiles (pie nous ont laissées les auteurs, et surtout Slrabon, sur 1 armement, le costume, la parure des Ibères en général ou de telle ou telle tribu ; ces textes serviront plus d'une fois à compléter ou conlroler des faits archéologiques. Mais en ce qui concerne les croyances religieuses ou le culte, les renseignements écrits sont d'une rareté, d'une imprécision désolantes. Les auteurs ne citent avec quelque précision qu'un seul nom de dieu ibérique, le dieu \élon, sorte de Mars lusitanien \ On nous dit d'autre part que les antiques (laliciens n'avaient pas de dieu; que les Celtibériens au contraire, et leurs voisins du Nord adoraient un dieu sans nom, en Ihonneur de qui, pendant les nuits de pleine lune, ils dansaient en chœurs avec leurs familles devant les portes de leurs demeures". Ce culte simple et idyllique fait contraste avec les rites sanglants des Lusitaniens, où les victimes n'étaient pas toujours des bœufs en hécatombe à la mode des (Jrecs. ou des boucs, mais où, non contents d'égorger des chevaux, on coupait les mains des captifs pour les consacrer aux dieux, à moins