‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 3)Chapitre 8 sur 80 · L AHCHITECTIHK · texte numérisé non relu

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de poids. Si donc il y a des rencontres et des rapports entre l'architecture primitive de deux peuples de race diverse et plus ou moins séparés, il y a souvent des chances pour que ces rapports soient fortuits ; ils sont dus a des conditions, a des circonstances identiques dans le développement intellectuel ou artistique des uns et des autres.

Mais, en ce qui concerne Tlbérie, on doit constater un fait assez gros de conséquences. Grâce aux travaux des savants espagnols ou 'étrangers qui se sont intéressés à ce qu'on a appelé les âges préliistoriqaes de l Espagne et du Portugal, on connaît assez bien Tétat de civilisation des primitifs habitants de la Péninsule aux âges de la pierre, du bronze et du fer : ce que Ton a beaucoup moins étudié, ce que Ton connaît fort mal, ce sont les débuts de l'histoire, la protohistoire succédant à la préhistoire; c'est toute la période qui s'étend depuis la naissance des premières cités, au sens élevé du mot, jus(|u'à la conquête romaine, et que j'appellerai, sans prétendre d'ailleurs trancher par ce mot une foule de questions ethnographiques et géographiques, la période ibérique. 11 y a là une suite de siècles obscurs, qui certes ont laissé des témoignages et des monuments : et ces monuments, dont la plupart, il faut le dire, sont myslérieusemenl enfouis sous rexhaussement du sol, mais dont quelques-uns sont faciles à retrouver, à explorer, à étudier, demeurent ignorés ou dédaignés des archéologues espagnols, qu'attirent des souvenirs plus récents ou plus clairs.

Le nombre est très grand en Espagne, surtout, à ce qu'il me semble, dans les bassins du lîetis et destlleuves côtiers de la Méditerranée, de ce que les indigènes appellent ici des Despohlados, là des Villnres ou Castillares. Ce sont des ruines de villes quelquefois fort étendues, dont quelques-unes se reconnaissent très clairement pour des ruines romaines, et dont le nom romain peut être retrouvé d'ordinaire, dont beaucoup sont purement ibériques et semblent même, peut-être parce qu'elles étaient complètement abandonnées à l'époque romaine, n'avoir jamais subi le moindre contre-coup de la civilisation des conquérants *.

i. C'est là que réside une pari de Tinlér^t (liaient déjà désertes sans doute avant le V siècle

des ruines dont je vais dire quelques mots. de l'ère antiquc.de même que celles dont parle

Gomme les stations dont ollcs sont les restes souvent FestusAvienus, elles nous donnent un

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Pour ne parler que de ce que j'ai vu de mes yeux et visité avec soin, je puis citer dans la seule région du Cerro de los Saiilos, cette colline de la province d'Albaceteque d'exceptionnelles trouvailles ont rendue illustre, et dont j'aurai sans cesse à m'occuper, jo puis citer le Villar, sur la route de Bonete à Corral Rubio: los Caslillares (Fig. i), au nord-ouest de ce môme village de Bonete. et plus loin, perdus dans les replis de la

Sierra de Curcelen. lus Atlos ilc Carcelen et lus Grajiis, et encore Coïmfirn près de Jimiilla ' (Fig. a, 'A, !\).

Ces villes, dont lune, le Villar, est bàlic dans la plaine, dont deux au

état primilir, Beaucoup d'iulres. dont jep«rlerai en leur lieu, eiinlmc Amarejo ou Meea.

abandonnées au Moyen Age. ou d'aiilres, qui ne lionl pas encore désertes aprël avoir lubi do nombreuses transformations, na donnent pas le» mimes enseignements.

. De ces i «. dont il

„ les wul€S, I, n il èlè parlé

celles de ha CastUlares (Ceân Bermudei, ploréea).

Samario de la» antigûedades ri hay en Eipahaj. Los Caslillares, los Allas de Carcelen et tas Grajas ont été récemment l'objet d'une dcicriplion de M. Pierre Walli qui los visita en septembre 1899 avec notre «mi commun D. Paacual Serrano, de Bonete, elavecmoi (Bulletin hispanique. 11, p.iSS, Trois villes primitives nouvellement ex-

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conlraîre sont plantées sur des somnicls abiupts. los Caslillores et Coïmt/rn, tandis que los Altns dp Correleii el lus Grajns sont établis sur des flancs cultivé» de montagnes, durent être fondées et peuplées à des époques exlrémemenl lointaines. Sans doute on n'y recueille rien qui rappelle les stations préhistoriques du genre de celles qu'ont étudiées MM. Carlailfaac et Sirel ' ; le choix des sites, le nombre très considérable des

maisons groupées étroitement, la disposition par rues et par quartiers, la sjraétrie des différentes pièces qui constituent une même demeure, l'usage de puits ou de citernes, tout montre un état de civilisation déjà avancé, et, à ne considérer que le plan général des édifices, on dirait des villes presque modernes '.

Pour prendre un exemple, voicî comment M. Pierre Wallz décrit la ville

I Emile Tarlailhar. t-fi àgex prèhitloii- HUft de l'Espagne et du Porliigal. Paris. 1886; llMiriel Lmiis Sirt^l, £.e.< premiers ligri du mflal dans le Siid-Esl de i'Eipagne. Ku-itt*, 1887.

. M, Pi

Wt\lt(arlicle cité) noie pour, n a recueilli aux Caililtarei un?

■Spe pr^hisloriqiie en lûeire. «errant <or U» graint, et lrol« hMe* àe pï*tre.

dei fusaioles.

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et (jiichiucs iiinisons do las (îrajas, (raprrs les notes que nous prîmes ensemble : « La supeiTirie de cette ville est considérable ; elle occupe toute la largeur d'un vaste dos d'ane et s'y élend sur une longueur d'environ 700 à 800 mètres. De loin, on n'y aperçoit qu'un amoncellement énorme de roclies grises, ici entassées confusément, là éparses à la surface du sol. dépendant, à un examen plus attentif, les maisons se distinguent nettement les nues les autres : on reconnaît même à certains endroits deux files d'iiabilations très régulicrement disposées, séparées par une avenue larg(î et droite : on peut en suivre une assez grande longueur, puis elle se perd dans les herbes et dans les rochers : les

l'u;. 5. - Une maison de I.as (j rajas.

maisons semblent alors prc^ssées sans ordre les unes contre les autres, de manière à remplir tout It^space disponible. La place des murs extérieurs et des cloisons se reconnaît encore avec; assez de précision pour que nous ayons pu lever le plan de quelques-unes de ces maisons. Leur forme est souvent rectangulaire, pas toujours cependant. Ce qui frappe au premier abord, c'est leur grandeur : lune de celles que nous avons mesurées (Fig. 6) n'a pas moins de 19 mètres de large sur i7"',5o de long, et ce n'est pas une exception à las (irajas. L'épaisseur des murailles est bien en harmonie avec ces dimensions considérables ; dans la même maison, la largeur du mur extérieur est de 1 mètre, et celle des cloisons n'est souvent pas moindre. La structure en est très imparfaite : ces murs sont faits de grosses pierres, que de primitifs architectes ont apportées et placées

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parallèlement les unes aux autres : puis ils ont rempli les interstices avec un blocage très irrégulier, où l'on ne retrouve pas la moindre trace d'un ciment ou d*un mortier ((uelconque.

« La disposition de ces maisons apparaît encore nettement, grâce à Tétat de conservation relativement bon de c(\s mmailles. Quelques-unes

Fie. 6. — Une maison de Las G rajas.

sont fort simples : un vaste rectangle avec une seule porte sur un des longs côtés : a Tintérieur, une cloison, avec une autre porte correspondant à la première, sépare riiabitation en deux cliambres, un vestibule et une grande salle (Fig. 5). D'autres ont une économie plus (M)mpli(|née : (*elle dont nous avons déjà indiqué les dimensions, de forme un peu irrégulière, comprend une vaste pièce (i/i"" sur i3"*,5o) avec deux entrées; puis trois petites chambres, dont deux communiquent avec la grande salle;

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la troisième forme comme une aile sur le côté droit de la maison et communique seulement avec la petite chambre contiguë ; cette dernière contient les restes d'un puits, chose fréquente à las Grajas. Ce sont là deux habitations de genre fort différent : dans la première, la même pièce, qui en occupe la majeure partie, servait sans doute à tous les usages domestiques, comme cela se voit encore chez bien des gens d*humble condition. Dans la seconde, les petites chambres du fond, sans portes

Fie. 7. — Une maison de Las Grajas.

donnant sur la rue, devaient ôtre des magasins ou des greniers, où l'on serrait des objets de toute sorte, et la pièce de devant, n'étant plus encombrée, était alors une espèce de salle d'honneur ou de festins

(Fig. 6).

(( Les types de maisons sont d'ailleurs fort variés. 11 y en a qui se composent de deux chambres, dont la plus petite, située par derrière, contient le puits. Dautres présentent une disposition analogue à la grande habitation que nous avons décrite, avec, en plus, un vestibule, précé-

1 ■ . f libV

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dant et protégeant la salle ; le fond est occupé par deux petites pièces, et le puits est dans celle de gauche (Fig. 7) \ »

Malgré ce soin, et je puis dire ce talent à tracer des plans réguliers et logiques, maints détails révèlent la haute antiquité de las Grajas et des stations analogues. Ainsi, chose curieuse, dans plusieurs de ces ruines, il m'a été impossible de recueillir le moindre fragment de céramique, et ce fait est fort notable dans un pays où Tinduslrie de la terre cuite a été; comme nous le verrons, très florissante. Dans dautres, les tessons grossiers sont de fabrication locale, sans aucune imitation, sans aucune' allusion à une industrie étrangère quelconque. Dans Tun et l'autre cas, n'y a-l-il pas l'indice d'une époque très reculée.^ Il faut ajouter, et ceci surtout a de l'importance, que la construction même est d'un type très particulier. Les matériaux employés sont des pierres brutes ramassées au hasard dans les campagnes voisines, ou apportées de la carrière et employées telles quelles. On n'a pris aucun soin de les tailler. Parfois seulement, el à titre exceptionnel, l'ouvrier les a vaguement équarries, parexemple pour en faire un seuil ou un montant de porte. Les dimensions des blocs sont des plus modestes, et il en est bien peu qu*un homme n'arrive à manier sans grand effort. Ils étaient simplement superposés, sans aucun lien de mortier ou de ciment, autant qu'on en peut juger dans l'clat actuel, car les murs se sont écrouj^s sur euxmêmes el les pierres forment comme des lignes irrégulières de gravats amoncelés ; il n'y avait aucun souci de disposition par assises ; les surfaces des murailles n'étaient pas ravalées, et je n'ai remarqué nulle part le moindre débris d'enduit ou de stucage. Je n'ai rien noté qui permette de se faire la moindre idée de la façon dont les maisons étaient couvertes, et je doute même qu'une exploration plus approfondie que la mienne, faite par un architecte compétent, fournisse sur ce point essentiel des renseignements utiles. Mais le peu d'observations que je viens de noter ici suffît à établir, outre l'antiquité reculée de ces ruines, leur com-

I. P. Waltz, nrl. cité, p i56 cl s. Nos Radel, Directeur de celte Revue, qui a si obli-

figures sont empruntées au Bulletin hispa- geamment mis tous les clichés qui pouvaient

nique. Je liens à remercier mon camarade m'èlre utiles à ma disposition.

la

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plète originalité, je veux dire que les procédés de cette architecture rudimen taire ne semblent rien devoir à aucun enseignement étranger \

Ces villes — la remarque doit être faite — sont situées assez loin dans l'intérieur du pays, à grande distance des côtes de la mer. Si les unes ont été défendues à la fois par leur position naturelle et par une enceinte de fortes murailles, les autres semblent avoir été toujours des villes ouvertes *. De toutes façons, les attaques qu'elles avaient à subir devaient être peu dangereuses, car le soin de la défense ne semble pas avoir préoccupé beaucoup les habitants.

Au contraire, gagnons les rivages delà Méditerranée. Là, la crainte des pirates aussi bien pour les indigènes que pour les étrangers établis dans les comptoirs, et le souci pour ces derniers surtout de conserver les positions acquises ou conquises, rendaient nécessaires des fortifications puissantes. Aussi ne faut-il pas s'étonner que dans un grand nombre de villes maritimes, à côté ou au-dessous des constructions tutélaircs plus récentes, se conservent les ruines de fortifications colossales.

On a maintes fois signalé les assises cyclopéennes dont quelques tronçons forment encore une inébranlable base à une partie des murs -de

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