II. — I
Je m'en tiendrai à l'examen de monuments un peu moins antiques, à coup sûr, mais certainement plus originaux, sur lesquels jusqu'à présent l'attention a été bien rarement appelée, et qui, d'ailleurs, pour la plupart, ont été recueillis par moi, ici dans les fouilles sommaires, là dans des explorations minutieuses de ruines, de castillos et de despoblados, que pour le reste j'ai notés ou dessinés dans les Musées publics et les collections particulières des villes que j'ai visitées.
J'ai de plus l'intention de m'occuper exclusivement de la céramique indigène et non de celle qui a pu être importée ; il me semble d'ailleurs qu'elle se distingue très nettement de tous les autres produits de la même industrie fabriqués soit antérieurement, je puis dire à l'âge préhistorique, soit postérieurement, à l'époque romaine, et la distinction s'établit d'ellemême, grâce aux motifs tout à fait spéciaux de la décoration.
Mais les ornements peints à la surface de l'argile permettent encore d'établir que l'originalilo de cet art indigène n'est pas absolue ; que les potiers ibères, comme les sculpteurs, ont subi des influences extérieures, et que, parmi ces influences, la plus ancienne, la plus forte, la plus soutenue, est celle de la Grèce. J'arriverai, je l'espère, à prouver, en m'occupant de la céramique comme en m'occupant de la sculpture, qu'à une époque très reculée, aux temps presque mythologiques oii nous permettent de remonter les textes homériques et les souvenirs des poètes et des mylhographes, ce n'étaient pas seulement des courants de rumeurs vagues, des récits fabuleux de marins ramenés miraculeusement des lointaines plages occidentales en des v6<rroi aventureux, ce n'étaient pas seulement des traditions confuses qui relataient les rapports des primitifs navigateurs hellènes avec le pays des Colonnes d'Hercule, mais ces rapports furent réels ; le commerce les noua plus solidement que les simples hasards de la mer; les marchands orientaux apportèrent aux rivages ibériques les produits ouvrés dans leurs ateliers féconds. Mais par ces Orientaux, ce ne sont pas seulement les courtiers par excellence de la Méditerranée, les caboteurs phéniciens de Tyr ou de Sidon qu'il faut entendre ; ce sont aussi ces ancêtres encore cnigmaliques des Hellènes, de quelque nom qu'on les appelé, ces Pélasges, ces Achéens, ces Egéens, disons pour être entendu de tous, ces Mycéniens, [dont le
LA CERAMIQUE
domaine semble s'annexer chaque jour quelque nouveau lerriloire jusque dans les réglons les plus lointaines.
On sait qu'actuellement, comme l'a si bien dit M. E. Potlier dans son Calalogiie des imses antiques de terre culte du Louvre \ les archéologues ne se partagent plus qu'en deux camps au sujet des dates où peut être renfermée l'histoire de l'industrie, en particulier de la céramique mycénienne. Cette civilisation a fleuri, suivant les uns, entre les années i/|00 et I loo, et l'on en retrouve des survivances au x" et au ix'' siècle encore ; suivant les autres, elle serait plus récente, et se placerait aux vur et vn° siècles.
La première opinion me semble de beaucoup la plus solide, de même qu'à MM . Pottier, Perrot, Collignon, bien d'autres encore. Comme les colonies phocéennes ne se sont établies sur les côtes d'Espagne qu au vu" siècle, c'est six ou sept cents ans que l'étude des antiquités ibériques permet de faire gagner à l'influence de la Grèce sur les peuples de la Péninsule.
Il est du reste bien remarquable que le développement de la céramique ibéro-mycéuienne a suivi comme pas à pas celui de la céramique mycénienne. L'examen des vases entiers ou fragmentaires que j'ai étudiés ou recueilhs un peu partout en Espagne, établira ce fait avec évidence, je l'espère.
Ce qui m'a mis sur la voie de cette étude, c'est l'exploration que j'eus l'occasion de faire de deux sites particulièrement instructifs, le Cerro de VAinarejo et l'acropole de Meca. Aussi dois-je avant tout donner de ces deux sites, où la récolle a été aussi précieuse qu'abondante, une description détaillée.
Le Cerro del'Amarejo était, je crois, absolument inconnu en France