‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 5)Chapitre 41 sur 89 · Mutée de Madrid, n» 8iS · texte numérisé non relu

Mutée de Madrid, n» 8iS

a. )bid..n° 1750s.

La figurine ali.'i (n* gGoi de Madrid. Colleclion Aul>an) est -cl le debout ou assise? Ent-cu un homme ou une femme? .\-t-e)lc ou non

des bras? Estelle vèluci* Autant d« qucilioni au\qucltcs it est malaisé, et pcul-£tro aussi superHu de rô[iondre. Il n'y a qu'A signaler eu nolo une telle élucubration.

LES FiGtttiNES t)^ BtlONZE l'JO

Avant de continuer notre inventaire et notre classification, comme nous en avons fini — ou a peu près — avec les œuvres les plus anciennes, ou du moins les plus barbares, il est bon de nous arrêter un instant pour examiner le chemin parcouru. Ce chemin n'est pas bien long. Nous n'y avons noté qu'une réelle impuissance des ouvriers ibères à reproduire les formes de l'homme ou de la femme. Sauf une ou deux rares exceptions, à examiner nos gravures, on dirait le catalogue illustré d'un musée de monstres. Je l'ai déjà dit, et il faut le répéter, ce n'est point là un phénomène exceptionnel. A dresser le catalogue des bronzes et des terres cuites les plus anciens dans n'importe quelle autre contrée de l'Europe, on retrouverait la même enfantine barbarie. Du moins, ces antiques ébauches espagnoles ont-elles une originalité quelconque, et peut-on déjà prévoir, à l'aspect de telle ou telle figurine, le développement d'un art caractéristique, ayant bien sa physionomie propre.^ Peut-on, d'ailleurs, constater ici ou là des influences étrangères permettant d'espérer l'épuration, l'afïînement des grossiers instincts indigènes.^

Il faut l'avouer, il est absolument impossible de trouver en toute cette lamentable série la plus petite idée originale. Les Ibères nous apparaissent comme une branche quelconque de cette immense famille européenne qui, au début de l'âge historique, semble avoir, au Nord comme au Sud, au Levant comme au Couchant, travaillé sur un fonds commun, et combien pauvre, de pensées et de formes ornementales. Bien peu de ces idoles monstrueuses qui n'aient de similaires dans Tinduslrie des autres peuples contemporains, et cette constatation môme est un argument de plus en faveur de la théorie des archéologues qui, se défiant du (( mirage oriental », pensent ([u'avant les influences asiatiques et surtout grecques, régnait dans toute l'Europe, ou peu s'en faut, une générale uniformité de conceptions et de produits artistiques.

Il semble, d'autre part, que la religion des dévots ibères a pu se contenter longtemps de ces ex-voto plus que rudimentaires ; les bronziers, qui travaillaient pour le culte, n'ont rien fait pour rendre peu à peu leur

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clientèle plus délicate et plus difficile. Leur industrie semble une industrie mort-née, ou tout au moins destinée a rester dans une éternelle enfance ; en cela, peut-être, les habitants de TExtrême-Europe occidentale ont-ils été moins bien traités de la nature que leurs frères d'Italie, par exemple, ou même de Gaule.

Cependant, à certains signes, on voit que ces humbles artisans n'ont pas absolument fermé les yeux aux œuvres importées du dehors. Ils ont, à l'occasion, imité avec une franchise qui va jusqu'au plagiat tel ou tel modèle chaldéen (Fig. 261) ; ils ont reproduit des types de l'art mycénien (Fig. 2/i4), et ont été jusqu'à emprunter k la glyptique mycénienne, pour le transporter à leur métier spécial, un procédé du reste assez malheureux de facture rapide (Fig. 264). Et je n'ai pas encore, jusqu'ici, énuméré toutes les figurines où se révèle l'action des étrangers. Ainsi je n'ai pas parlé de ce personnage criophore qui ressemble beaucoup à une statuette de bronze de même sujet fabriquée en Phénicie, et à une autre trouvée en Sardaigne (Fig. 266) V Quanta la Grèce archaïque, à laquelle le criophore fait aussi songer, n'est-ce pas à son influence que les Ibères doivent ce goût prononcé pour la forme plate de xoanoii, pour l'attitude des jambes serrées et des bras collés au corps ^ pour les tuniques embrassant les membres avec une raideur et une étroitcssc de gaine .^ Il faut se montrer ici très réservé, car ces formes mêmes, ces attitudes, ces types ne sont pas, à vrai dire, des créations des Grecs, et bien avant que les idées et les modèles de ces maîtres incomparables aient été répandus par leur commerce universel, on connaissait un peu partout les idoles plates ou en xoanon et les figurines du soi-disant type dédalique, aussi bien que les têtes modelées « en bec d'oiseau ». Mais, d'autre part, peuton nier maintenant les très antiques rapports de la « Mycénie » avec ribérie, et n'a-t-on pas le droit d'en tirer des conséquences?

I. Musée de Madrid, n<^ i8543,leg9 Saave- foire </^ /M/iiiV/a un pelit bronze provenant de

dra. Cf. de Longpérior, Musée Napoléon !II^ Murcie (pi. IIII, n» xiv) dont les deux bras

pi. \XI = Perrot et Chipiez, Histoire de sont portés en avant depuis le coude, comme

Vart, m, fig. 3o8. E. Païs, La Sardaigne, ceux de i*Apoilon de Canachos. Mais on ne

pi. V, fig. VI -- Perrot et Chipiez, Histoire peut juger, d'après sa mauvaise image, »*il

de l'art, IV, p. 89, fig. 88. s'agit d'une œuvre importée ou fabriquée en

a. Le Père Lozano a dessiné dans son His- Espagne.

LES FIGUBINES DE ÛRONZÊ I77

Il n'y a, du reste, rien d'étonnant à ce que ces influences diverses, si influences il y a, se manifestent dans des œuvres qu'on dirait toutes fabriquées a la même époque lointaine, car cette concordance chronologique, si on l'admettait, ne serait qu'une illusion. C'est surtout lorsque les croyances religieuses sont en jeu que les types, les formes, les conventions peuvent persister de longs siècles, quand d'ailleurs les ouvriers semblent assez mal doués par la nature, et c'est ici le cas.

Si j'arrive maintenant à des figurines de valeur un peu plus élevée, le caractère ibérique est surtout marqué dans deux séries de petits bronzes qui méritent aussi d'être étudiés en détail. La vue, du reste, en est moins pénible que celle des ex-voto précédents. La première de ces séries comprend des hommes dont la tête est nue, et qui sont vêtus comme les guerriers lusitaniens de Lisbonne et quelques-uns des guerriers de la collection Saavedra, d'une tunique courte, tombant jusqu'à mi-cuisses et serrée ou non à la taille par une large ceinture.

M. Vives en possède deux de ce type. L'un représente un homme debout, les deux pieds joints, bien que le jour passe entre ses jambes, et les deux mains posées sur les hanches, ce qui oblige les bras à se séparer du corps (Fig. 268). Le bronze est d'une facture très molle et très lourde ; les traits du visage sont à peine modelés*. Le chanoine Lozano a reproduit dans son Histoire de Jumilla une figurine du même type, sauf que les mains tombent tout droit contre les flancs *. La tunique est serrée au cou par une sorte de cordon ou de cravate. Suivant Lozano, le bronze proviendrait de Monteagudo. J'incline fort à croire que l'original n'est pas perdu. 11 y a en efletau Louvre une statuette absolument semblable à celle-là, qui m'a été gracieusement donnée par le Supérieur du célèbre monastère de Santa-Anna, près de Jumilla ; suivant une indication peu aflîrmative du reste, l'objet aurait été trouvé à Cehcgin, ville

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