Ibid
Vianna et celle de Castro Rubias. Ce sont de simples épitaphes où ne paraissent que des noms propres ' .
Ces textes, pour M. E. Hûbner, prouvent d'abord que les statues sont funéraires, et je n'y contredis pas. Ce qui contribue fort aussi à le démontrer, c'est que toutes les statues sont uniformément coupées au-dessus du genou. M. E. Hûbner suppose que le sculpteur a reculé devant la difficulté de modeler les pieds, mais je ne le crois pas; les pieds, surtout chaussés, sont plus faciles à sculpter que les mains, et les artistes primitifs, toujours doués de cette naïve confiance en eux-mêmes qui fait le charme de leurs œuvres, n'esquivent pas ainsi les problèmes. Mais il faut se rappeler qu'en Orient, en Grèce en particulier, les divinités chthoniennes et funéraires étaient souvent représentées sous forme de bustes coupés nettement à la taille, comme si elles étaient encore engagées par la moitié inférieure de leur être dans la terre qu'elles symbolisaient. C'est quelque idée religieuse de ce genre qui a guidé les sculpteurs ibériques*.
En second lieu, M. E. Hûbner estime, d'après les inscriptions, que les statues sont de l'époque romaine et, plus précisément, du i" siècle ; cela se peut. Mais sur ce point je ferai des réserves comme j'en ai fait au sujet des becerros. Si les guerriers ont été exécutés au temps de la conquête romaine, et si les lettres ne sont pas des adjonctions récentes 3 , la barbarie du travail
Fie 5a. — Guerrier lusitanien de Saint-Georges de Vizella.
i. Corpus Inscription um latinarum, II.
a46a, 35ig.
3. On voit que je ne songe pas, comme d'antres, à reconnaître dans ces statues l'image du dieu de la guerre que les Ibères, et en particulier les Occitan iens, appelaient Net os ou Ne ton, et dont on a retrouvé les traces en différentes villes (Macrobe, Sat., i, 19, 5; Corpus Inscriptionum latinarum, II, 3386 (Acci, Gades); 365 (Gonimbriga en Lusita-
nie); lbid. y supplem. y 5378 (Turgalium). Ce Mars ibérique avait la tête ornée de rayons.
— Voy. Roscher, Ausfûhrliches Lexicon fur griochische und rômische Mythologie* s. v. Netos.
3. Il est bon de noter que l'inscription de la statue de Vianna est placée de la façon la plus bizarre, sur le bas de la jaquette et sur le haut des cuisses. Il me semble difficile d'admettre que si le texte est contemporain
ne les fait pas moins remonter à une époque très primitive ; et comme les statues sont assurément de fabrication indigène, que rien n'y manifeste Tinfluence d'un art ou d'une civilisation étrangère \ je crois avoir le droit d'y reconnaître les spécimens de la sculpture ibérique dans le Nord-Ouest de l'Espagne à l'une de ses premières étapes. Sans doute il y a progrès
Fie. 53-54. — Guerrier lusitanien de Fafe,
sur les becerros, mais progrès bien léger et qui ne manifeste chez cette race ni un goût, ni un développement artistique bien louables.
de la statue, le graveur ait adopté cette disposition. On ne sait pas exactement où était inscrite l'épi taphe du guerrier de Castro de Rubias, peut-être sur le bouclier. D'autre part, si les lettres sont du même âge que les figures, je me demande pourquoi trois seulement des guerriers portent leur épitaphe. Des figures si semblables, où la convention et la routine se montrent si fortes, devaient être, sur ce point, soumises à la même loi.
i . Lorsque M. Eudes, le 3o décembre 1896, présenta à la Société des antiquaires de
France « la gravure de trois vieilles statues portugaises publiées pour la première fois dans une revue portugaise » (il s'agit sans doute des guerriers d'Àjuda et de Vianna), M. Blanchct fit observer que leur « petit boute clier rond est analogue à celui que portent « des statuettes de guerriers sardes, no ta m - « ment celles qui sont conservées au cabinet « des médailles. » (Bulletin, 1896, p. 359).
Il y a là coïncidence, ou communauté d'armement, mais nulle influence artistique n'y doit être et n'y peut être saisie.
Que si Ton repousse ma théorie et veut que les statues soient absolument de l'époque romaine, il en résultera plus clairement encore que les Ibères de l'Ouest étaient les plus barbares et les moins bien doués des habitants de l'Europe occidentale. Nos ancêtres gaulois, au contact des Romains, s'étaient autrement formés et policés. C'est là, pour le moment, ce qu'il m'importe surtout d'établir, mais non sans faire des réserves, car j'aurai l'occasion de montrer, je crois, avec évidence, qu'il s'est développé une industrie et un art ibéro-romains qui n'ont pas manqué de valeur.
J'ai dit comment le dernier connu des guerriers lusitaniens, publié par M. Leitede Vasconcellos dans Archeologo porluguës (Fig. 44), marquait heureusement le lien entre la série à laquelle il se rattache par son sujet même, et les monstres funéraires communément appelés becerros. Un très curieux et très vénérable monument viendrait encore à sa manière, s'il avait un état civil légitime, mettre un peu d'unité dans ces primitives et barbares productions de la statuaire ibérique. Il s'agit d'un groupe en haut relief encastré dans une muraille du couvent des Dominicaines de Ségovie et représentant une tête de sanglier surmontée d'un homme qui semble l'escalader.
Cette sculpture est connue depuis plusieurs siècles ; Diego Colmenares, l'historien de Ségovie, la décrit et la dessine dans son livre comme une œuvre très antique, remontant à la fondation même de la ville par Hercule. Elle représente en effet, pour lui, Hercule et le sanglier d'Erymanthe, et cette opinion était depuis longtemps déjà accréditée, puisque l'édifice où elle est conservée, de date très lointaine, était appelé la maison d'Hercule avant de devenir un couvent 1 . En 1802 Domingo Bosarte, dans son Viaje arlistico en donne aussi une description *. Mais cette description concorde mal avec celle de Colmenares, et D. Andres de Sommorostro, voulant parler de l'œuvre dans son livre sur les antiquités de Ségovie, en 181 7, sollicite de D a Francisca Ubôn, Prieure des Dominicaines, des renseignements que celle-ci lui fournit de très bonne grâce (lettre du 20 juillet 1817) ; elle pousse même la complaisance jusqu'à faire exé-
1. Diego Colmenares, Histuria de Se- 2. Domingo Bosarte, Viaje arlistico,
govia, 1837, cap. 1, §5. 1802, p. ao,.
cuter un moulage, d'après lequel Sommorostro établit un dessin intéressant à titre de document. 11 résultait de ces nouvelles données que Colmenareset Bosarte étaient renvoyés dos à dos, et pour établir leurs erreurs en assurant désormais la connaissance exacte du groupe, Sommorostro fil faire une enquête officielle par ordre du Corregidor, le 10 avril 1818,
Fie 55. — Le soi-disant Hercule de Ségovie en igo3. (Dessin de G. Berlin d'après une photographie do D. \ îcente Parcdes.]
Le procès-verbal en a été publié in ejr/ensoà lasuilede son livre en 1820', et tout dernièrement encore dans le Bulletin hispanique par M. Vicente Paredes, de Plasencia, lequel y a joint ses observations personnelles'.
I. D. Àndrés Gômez de Somorroslro (ca nonigo de la sa nia iglesïa de Segovia), A eue duclo y otras antiguedades de Segovia i8ao, a' édition, Ségovie. 1861.