E. IlAbner, Mo nu ment a linguœ iherice, XX.XVI, p
semble pas qu'il y ait cassure : la slatuette est complète, et sans doute il faut croire que la même idée qui a fait couper les guerriers lusitaniens au dessous des genoux a décidé l'auteur à réduire le bonhomme de Sigiicnza à la partie supérieure du corps '.
Si je me transporte maintenant dans une autre région de l'Espagne, sur le versant méditerranéen, la question change de face. Il est bien difficile, dans l'état actuel de l'archéologie espagnole, d'établir une liste des œuvres de sculpture de style purement ibérique qui ont pu être découvertes dans la Bétiqueet dans la Tarraconaise orientale, si l'on en excepte, bien entendu,
Fin. fii, 6a, fi3. — Statuette trouvée à Sigûcnia. (Collection Terno.)
les figurines de bronze dont il sera question dans un chapitre spécial. Cependant il est quelques débris, pour la plupart tout à fait ignorés, que l'on reconnaît aisément pour être de style absolument indigène et qui méritent de fixer l'attention,
i. M. Dodgson m'a écrit que l'ébauche de réserves quant à une erreur d'appréciation et
Sigûenia ont de yeso. Dans Ce en* I), Carlos d'authenticité 1 . Cependant il suffit de parcourir
Rodriguei Temo n'aurait qu'un moulage; l'étude de M. Sslomon Rcinach sur La srulp-
miis je crois plutôt que M.' Dodgson a été tare en Europe avant les influences gréco-
trompé par l'apparence et que l'objet est en romaine* {L'Anthropologie, 189V 189a,
calcaire plus ou moins blanc et friable. J'en iSgfi) pour que les doutes soient à peu pria
ignore du rcslo les dimensions exactes, et détruits. On trouve la représentée* de nom-
n'ajant pas vu l'original, je fais toutes mes breusos figurines qui suscitent la comparaison.
tA SCULPTURE
Je ne fais que citer en passant une tête qui faisait saillie sur la pierre d'angle, à la quatrième assise d'un bastion carré de l'enceinte cyclopéenne de Tarragone. Si la forme générale en est distincte et se retrouve même sur la photographie que j'ai donnée plus haut du bastion, la sculpture est tellement rongée qu'il est interdit de rien dire du style de cette œuvre, dont la perte est infiniment regrettable ! (Fig. i5).
Je n'insiste pas davantage sur une œuvre que je n'ai pas vue, et qui a été signalée par de la Borde, dans son Voyage pittoresque de l'Espagne, comme ayant été trouvée à Olesa, l'ancienne Rubricata, près de Ma taré. C'est une sorte de pyramide tronquée, sculptée sur quatre de ses faces. D'un côté se voit la tête d'un taureau ou d'une vache, de l'autre une tête humaine avec quatre yeux, et des cornes en forme de croissants, ou
Fig. 64» 65. — Bas-relief trouvé à Olesa.
de petites ailes ; sur les autres faces sont représentés les signes distinctifs des sexes. L'éditeur estime que le monument est antérieur à l'époque romaine, et c'est aussi mon avis ; mais c'est beaucoup s'avancer que de reconnaître dans la figure sculptée l'image de Diane adorée par les Phéniciens et les Egyptiens. Sur la signification des symboles, j'avoue mon ignorance. Il me suffît ici de constater que le style est très barbare, autant que celui des becerros ou des guerriers lusitaniens, et qu'il ne décèle aucune originalité, non plus qu'aucune influence d'art étranger 8 (Fig. fi/| et 65).
i . Sur la photographie la tôle se voit, à l'assise indiquée, à gauche, tout près de l'angle du mur, dans la partie ombragée. Une longue écornure verticale, marquée par une ligne brisée blanche, la divise en deux parties.
2. De la Borde, Voyage pittoresque de V Espagne, II, pi. XV, n° 8 a et 3. Je doute que les quatre petits trous situés deux à deux de chaque côté du nez représentent quatre
yeux, mais je ne puis les expliquer plus vraisemblablement que ne l'a fait de la Borde. — Salvador Samperc y Miqucl, dans ses Origines y fonts de la nacio catalana, p. aflo, donne un très mauvais dessin du monument, et ce dessin est copié dans Bofarull, Historia critica de Cataluha. Cf. Parassols, Revista his* tôrica, 1876, p. ai3, ai4« ai5; suivant cet auteur, la pierre a été trouvée dans le mur
On ne saurait guère non plus méconnaître l'origine indigène de trois stèles en grosse pierre calcaire du pays qui sont gardées au Musée provincial de Grenade. De très rudimentaires bas-reliefs les décorent.
Deux d'entre elles proviennent d'Asquerosa, province de Grenade 1 . La première est haute de o m ,5(), large de o m ,38 (elle est brisée par le bas) ; on y voit, dans une sorte de cadre qui occupe le milieu de la superficie, une tête de face avec de longs cheveux tombants ; les yeux et le nez sont taillés tant bien que mal, mais la bouche a été oubliée (Fig.66). La seconde mesure o m ,44 de haut, et o m ,32 de large; plus rudimentaire encore et taillée au couteau comme du bois, on n'y voit que deux yeux et un
Fie. 66, 67. — Stèles d'Asquerosa.
(Musée de Grenade.)
Fie. 68. — Stèle de Molino del Rey.
(Musée de Grenade.)
nez sans ailes indiqués dans un visage carré (Fig. 67). La troisième provient de Molino del Rey; elle est haute de o m , 75, largedeo m ,52. La sculpture n'en est pas moins grossière ; il me semble, si je ne me trompe, qu'elle a un caractère phallique assez marqué, comme on en peut juger d'après le croquis ci-joint ; quoi qu'il en soit, la tête est traitée de la même façon barbare que les précédentes, mais la bouche a été indiquée, ce qui est un bien léger progrès (Fig. 68).
Les deux premières de ces horribles images rappellent certainement les terres cuites assez nombreuses recueillies dans le bassin de la Médi-
extérieur du CastilLo de San Felio de Torello ; de plus, suivant lui, des caractères phéniciens, à demi -effacés, se verraient encore autour de la tète du bœuf. De la Borde n'en parle pas.
1 . Le nom de cepueblo semble bizarre ; c'est cependant l'indication exacte qui m'a été donnée à Grenade.
(errance orientale et très connues des archéologue» qui, ayant à les décrire, ne manquent jamais de dire : « Tôle en bec d'oiseau ». On songe aussi aux vases troyens dont le col est décoré d'une face du même style. Mais un rapprochement plus direct peut-être s'impose avec les sculptures gauloises primitives de l'époque de la Tène, qui ont été trouvées dans des grottes de la Marne par M. J. de Baye (vallée du Petit Morin), et dont en peut voir les images dans l'élude de M. Salomon Reinach sur La Sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines' . On sait que, pour ce savant, il y a une sorte d'unité dans la barbarie primitive
Fie. 69, 70. — Tête ibérique do Carmona (?). (Musée épiscopal de Vich )
de l'art plastique dans l'Europe occidentale ; les stèles andalouses fournissent sans doute un argument de plus a sa thèse. Tout récemment aussi M. l'abbé Arnaud d'Agnelabien voulu me faire connaître un fragment de stèle provenant de la vallée de l'Arc, en Provence, et qui rappelle singulièrement la seconde stèle d'Asquerosa.
C'est à peine si j'ose signaler une tète d'homme, ou plutôt de monstre à face à peu près humaine, ayant un grand nez en bec d'oiseau et deux bosses pointues en guise d'oreilles. Je ne me dissimule pas qu'il y a une grande ressemblance entre le type de ce visage et celui d'un certain nombre d'idoles de bronze dont j'aurai à parler plus tard ; mais un petit
1. L Anthropologie, i8ijj, p. ai, fig. :3, d'oiseau et des vase» d'Hiswrlik : p. 177,
i4, i5. Dans In même travail M. Reinach a fig. 6a. 63, fi'i : p. 180, fig. 70, 71, 73, 73;
dessiné quelques-unes des ierres cuites a bec p. 181, fig. 77.
fait rend l'authenticité bien suspecte. A la place des yeux, pour en marquer le globe, sont enfoncées deux vis, dont la tête vient affleurer 1 epiderme. A moins que ce ne soit là l'adjonction d'un mauvais plaisant, il est bon de réserver son jugement. Le débris appartient au Musée épiscopal de
Fie. 71. — Tèlo de cheval trouvée à Rcdoban. (Musée du Louvre.)
Vich ; suivant le conservateur du Musée, M. Gudiol y Cunill, il provient de Carmona (Fig. 69 et 70) '.
Bien moins grossiers sans doute et bien plus intéressants sont les deux fragments que j'ai achetés à Orihuela pour le Musée du Louvre en 1 899, provenant du village tout proche de Redobân.
1. Gudiol j Cunill, JVocions de arqueo- m'avait indiqué, il j aquelquesannéea, comme
logîa sagrada calalana (accesail du prix provenance, Atcolea del Rio,
Martorell de 1903), p. 37, fig. 16. M. Gudiol
00 LA SCl.LPTtP-E
L'un est la partie supérieure d'une ttHe d'animal ; on peut hésiter entre un cheval et un taureau ' . Pour la première désignation militent la forme recourbée de ce qui reste du cou, avec une courte crinière régulièrement divisée en petites mèches, et la forme dus joues. Les trous percés profondément de chaque côté du front serviraient alors à planter les oreilles ; mais les oreilles ne sont pas, quelle qu'en soit la saillie, une pièce assez fragile
Fie. 71. — La même tète, vue de proûï.
pour exiger d'être travaillées à part et rapportées. Au contraire, si la tête est celle d'un taureau, ces trous étaient destinés à recevoir les cornes, nécessairement tirées d'autres morceaux de pierre ; du reste on voit plus bas, à la naissance de la mâchoire inférieure, une autre cavité de forme différente qui aurait pu ùtre destinée a recevoir l'oreille. Quoi qu'il en
1. A moins que ce ne soit un animal fan- b&n, 011 l'on a trouvé, comme on le verra
taslique, tenant & la fois du cheval et du lau- bientôt, un monstre de ce genre.
reau. La chose ne serait pas étrange a Redo-
soit, l'intérêt est dans la facture et le style. La pierre employée parle sculpteur, un grès doux et tendre ; les lignes gravées qui expriment naïvement le plissement de la peau autour de l'arcade sourcilière, la sécheresse des plans qui se raccordent durement, indiquent un art archaïque, une main pourvue d'outils 1res simples et très maladroite encore. Gependantonne peut nier que, si l'on restitue la tète entière par la pensée, on arrive à se la figurer forte, et non privée d'une certaine expression décorative.
Fjg. 73. — Ttla trouvée 4 Itedobîn. (Muséo du Louvre.)
Les seuls animaux ibériques que nous connaissions jusqu'ici, les fameux becerros, ne nous avaient pas habitués à cette franchise vigoureuse de vue et d'interprétation. Le fragment, d'ailleurs, est trop mutilé pour que j'affirme catégoriquement que l'auteur avait éprouvé les bienfaits, ou tout au moins reçu les leçons de l'influence étrangère (Fig. 71-73).
Pourtant, ce qui m'amène à croire que l'œuvre es t indigène, c'est l'examen du second fragment, le débris d'une grosse tête humaine. L'œuvre, cette fois-ci, ou je me trompe fort, est purement ibérique. L'aspect en est tout à fait étrange. Au milieu d'une large face, encadrée
QO LA SCULPTURE
par une forte et épaisse chevelure saillante, se détache un nez court, carré par le bout et peu proéminent ; il surmonte une toute petite bouche, indiquée seulement par le trait sinueux de la commissure des lèvres, car les lèvres elles-mêmes ne sont pas dessinées ; mais ce qui frappe surtout, ce sont les yeux ; situés exactement au bord de la courbure très évasée du nez et de l'arcade sourcilière, ils sont figurés par deux longues amandes en relief, placées très obliquement. Aucune des statues grecques, même les plus archaïques, où l'obliquité des yeux en amandes est le plus prononcée, n'exagère au même degré cette convention naïve, et je n'en connais pas où le globe de l'œil soit ainsi véritablement posé sur la joue, plutôt qu'enfoncé dans l'orbite. Les paupières ne sont indiquées que par un trait creux cernant le globe. Le nez, non plus, n'affecte jamais la forme indéfinissable qu'on lui voit ici, et la bouche n'est jamais réduite à cette plus simple expression. Autre détail intéressant, les pommettes des joues sont très nettement arrondies en boules et détachées en vigueur, ce qui donne au visage une expression souriante. Ce sourire est un véritable sourire archaïque, qui ne ressemble en rien à celui des statues grecques ; il n'en est pas moins très curieux de voir aux deux extrémités du bassin de la Méditerranée le même souci de donner de la vie à la figure * humaine aboutissant à la même convention. Enfin, les cheveux, qui étaient disposés en longues mèches pendantes, sont indiqués au moyen de traits creux verticaux, assez profonds, recoupés de traits obliques ; on dirait une série de petites cordes juxtaposées (Fig. 73).
Celte tête est, par malheur, fort endommagée par le temps et les coups de pioche ; si elle était complète et en bon état, elle serait sans doute l'un des plus précieux monuments de la pure sculpture des Ibères. Telle qu'elle est, elle nous les montre, du moins dans la région de Murcie, très barbares et très incapables d'œuvres vraiment artistiques, mais disposés déjà, comme par une harmonie préétablie d'instincts, à profiter des enseignements que leur apporteront des peuples mieux doués. Il y a des affinités entre leur archaïsme naturel et celui que leur feront connaître les Grecs ; ils sont préparés à recevoir des étrangers ce qui leur manque, c'est à-dire le sens de l'observation plus précise de la nature. Ils ont trop la velléité de prendre le bizarre et le monstrueux pour
le beau, l'exagération pour la grandeur. Il leur manque le goût, qui règle l'imagination, qui pousse à la recherche du vrai, qui inspire le dessin d'une exécution de plus en plus souple et délicate. Voilà ce que le contact des Grecs, comme nous le prouverons, donnera aux mieux doués d'entre eux.
On voit combien sont réduites en nombre les antiquités purement
Pic. -i. — Reslei d'hypogée phénicien h Cadii. o aquarelle gravée (Uni la lievista de Archiva, t. VI, pi. i
ibériques des régions méditerranéennes. C'est que l'influence phénicienne d'abord, puis l'influence grecque se sont fait de très bonne heure sentir dans la plupart des villes de la côte, et dans beaucoup de villes aussi qui sont assez, profondément reculées à l'intérieur dos terres. Et pourtant il est étrange que les sculptures phéniciennes, que les objets phéniciens en général soient si rares dans ce pays.
En 1888, M. E. Hiibner pouvait écrire: « Rien de l'architecture phé-
nicienne ne s'est conservé dans ta Péninsule. A Cadix on observe les murailles 1res grandes d'édifices construits sur la roche que battent les vagues. Mais les déclamations de rhétorique des historiens de Cadix antique et moderne, qui y reconnaissent le temple d'Hercule et autres édifices de cet emporion célèbre des colons phéniciens, ne se fondent pas sur des recherches détaillées ni sur des plans bien étudiés de ces ruines, et par suite elles n'enseignent rien . A un Schliemann de l'avenir est réservée la tâche de découvrir les vestiges du grand temple d'Hercule à Cadix ou
Fie. 75. — Tombe» phénicienne! à Cadix. (Photogr*phie communiquée pir M. Engel.)
des constructions des Carthaginois à Carlhagène. A Mâlaga, à Adra, dans les autres colonies de la côte méridionale, il n'y a non plus aucuns restes de l'art sémitique... Le jour où se découvrira le premier monument certain de l'art phénicien en Espagne formera époque dans l'archéologie de la Péminsule. » Ces lignes ne pouvaient pas, en 1888, s'appliquer aussi à l'art de la statuaire, car en 1887 on avait découvert à Cadix quelques tombes phéniciennes, à la Punla de la Vaca (Fig. 74 et 7»), et parmi ces tombes un grand sarcophage anthropoïde en marbre avec un assez grand nombre d'objets de même origine, des amulettes et des bijoux, « anneaux d'or, colliers avec perles d'or ou de verroterie, des
LA SCULt>TLRË qS
rosaces en or dont les pétales sont remplis intérieurement d'une pâte bleue et verte imitant le lapis-lazuli et l'émeraude, des Bès, des Uraeus égyptiens en terre émaillée, et enfin trois étuis funéraires et une petite stèle en cuivre et or qui sont au musée de Cadix, ces derniers objets surmontés de têtes d'animaux: un lion, un bélier et un épervier ou griffon, d'une exécution très soignée...; [un anneau et deux spirales en or massif, et surtout une belle bague d'or à chaton mobile avec agate gravée représentant une femme à la longue chevelure, la robe plissée, qui tient d'une main une fleur à la hauteur de la figure, et de l'autre un vase dont elle semble verser le contenu à terre 1 . » Cette trouvaille a beaucoup d'intérêt sans doute, mais il est bon pourtant de remarquer que le sarcophage est d'une époque relativement récente. Voici comment le décrit M. de Berlanga, qui l'a vu dans sa fraîche nouveauté ; actuellement plusieurs détails de l'ornementation peinte ont disparu : « Le couvercle de cette cuve funéraire en pierre gaditane est digne du plus attentif examen. On y voit sculptée l'image du défunt; la face est très bien dessinée ; la barbe frisée, la moustache soigneusement disposée, les cheveux tombant à profusion sur le front, la bouche et les yeux bien caractérisés, tout dans le visage présente un ensemble si harmonieux et naturel à la fois, qu'à le regarder on ne doute pas que ce ne dût être là un portrait fort ressemblant, telle est l'expression et la mobilité de ce masque inanimé. Le corps est à peine silhouetté, et comme enveloppé dans une tunique qui. descendant de la tête, ne laisse à découvert que les bras, les mains et le bout des pieds. Les bras semblent à peine dessinés dans le marbre; le gauche est replié sur la poitrine, où la main appuie un objet qui ressemble à un cœur humain ; le gauche est étendu le long du corps, jusque sur la cuisse, et la main est pliée pour tenir une grande couronne de laurier, qui n'est pas sculptée dans le marbre, comme ce qui parait être un cœur, mais peinte et conservant encore, quand j'examinai le monument, quelques feuilles arrondies que ni l'air ni l'humidité n'avaient encore effacées. On me dit aussi qu'il
i. G. Bonsor, Les colonies agricoles pré-romaines de la vallée du Betis (nxtrait de la Revue archéologique, 1899)* fig. 7.
était resté de la couleur sur la semelle des chaussures que l'on avait voulu donner au personnage; mais pour ma part, je n'ai pas vu trace
Fie. 76. — Sarcophage anthropoïde do Cadit (Dosai 11 de Dupai.)
d'une telle peinture, ni le dessin des courroies qui nuraient di*i assujettir ces espèces de sandales; mais elles pouvaient être cachées par la
LA SCULPTURE g5
tunique qui permet seulement de voir l'extrémité des pieds nus et bien conservés 1 . »
Je ne suis pas tout à fait de l'avis de M. de Berlanga, et je ne crois pas que la figure sculptée et peinte soit le portrait du défunt. La tête est absolument conventionnelle et le sarcophage est une œuvre d'industrie courante. Si M. de Berlanga n'affirmait pas à plusieurs reprises qu'il est en pierre de Cadix, c'est-à-dire indigène, je dirais qu'il est une œuvre d'importation ; dans tous les cas il ressemble absolument à un coffre de Sidon, au Musée du Louvre 4 , et les archéologues sont d'accord pour reconnaître dans la tête d'homme barbu qui décore ce dernier le style grec archaïque. M. Heuzey, on le sait, est d'avis que les plus vieilles des sculptures de ce genre ne sont pas antérieures au commencement du v e siècle 3 . Le monument de Cadix est donc le produit d'un art qui a subi Y action en retour de l'art grec , suivant l'heureuse expression , devenue classique, de M. Heuzey, et pour la question qui nous occupe, il faut plutôt le classer parmi les œuvres grecques 4 (Fig. 76).
Il n'en est pas de même des nombreux objets que M. Bonsor a recueillis dans sa belle exploration des colonies agricoles préromaines de la vallée du Betis, des objets de fabrication et d'importation vraiment orientale, phéniciens et puniques, qu'il a réunis dans le Musée de Carmona avec des produits de provenance indigène. Tous les archéologues
1. El nuevo bronce de Ita'lica, p. 395, 396. Les détails exprimés par la peinture sont visibles sur la pi. II, où le couvercle du sarcophage est représente de face et de profil, ainsi que la cuve. Ils n'apparaissent pas sur notre figure, qui est faite d'après une photographie plus récente.