Porro tel Chipiez, Histoire de l'art, Phénicie, fig
3. L. Heuzey, Catalogue des figurines de terre cuite du Musée du Louvre, p. 85 ; cf.
Perrot, et Chipiez, ibid., p. 183, i83, note 1.
4. Le sarcophage et les autres antiquités ont été découverts le 10 mars et le 3o avril 1887. De 1890 à 1892 de nouvelles trouvailles ont été faites au même endroit. Sur cette nécropole phénicienne, voy. Babelon, Bulletin de la Société des antiquaires de France,
1890, p. i55 et s. ; de Laigue, Les nécropoles phéniciennes en Andalousie (1887- 95) dans Revue archéologique, 1898, II, p. 338, pi. XIII, XIV, XV. On trouvera là une bibliographie plus complète du sujet avant 1898. — M . R. de Berlanga, El nuevo bronce de Ita'lica, p, 389; Id., Revis ta de archivos y museos, 1901, p. 139, 307, 3n, 390, Nuevos descubrimientos arqueologicos hechos en Cadiz del 1891 al 1893. L'illustre épi graphiste de Màlaga dresse la liste complète des objets importés découverts dans la nécropole de 1891 & 1893. Ibid., 1903, La mas antigua Necrdpolis de Gades y los primitivos civilizadores de la Hispania. — Cf. la tète d'un prêtre représenté sur un sarcophage dernièrement trouvé à Carlhagc, Gazette des Beaux- Arts, 1903, I, p. 3 10.
96 LA SCLLÊTCRE
connaissent maintenant les précieux débris d'or et d'ivoire, tels que peignes, plaques à godets, tablettes gravées où l'on voit des ornements linéaires, des animaux réels ou fantastiques, lions, taureaux, gazelles, griffons, des guerriers à pied ou à cheval; on ne s'intéresse pas moins aux colliers, aux bagues, aux chaînes, aux fibules d'or, d'argent, de bronze qui proviennent des mêmes recherches, sans parler de très nombreux spécimens de céramique orientale 1 .
M. Bonsor s'est efforcé d'établir à quelles dates tous ces produits ont pu venir en Espagne et fixe trois périodes distinctes : les plus anciens seraient contemporains de la fondation de Gadir par les Tyriens ; d'autres dateraient de l'époque où les Carthaginois prirent Gadir et le littoral, d'autres encore de la conquête de l'Espagne par ce même peuple, et les derniers seraient du temps des guerres puniques. Quoi qu'il en soit, ils
sont presque tous d'un style oriental très pur, et c'est ici le seul point qui nous importe.
J'ai le très grand regret de ne pouvoir parler que trop superficiellement d'une certaine quantité d'objets phéniciens qui sont encore tous inédits. Ils composent la collection de M. Louis Siret, qui ne s'en est pas tenu aux belles études faites en collaboration avec son frère sur les Premiers âges du métal dans le Sud-Est de l'Espagne. Directeur des mines de Herrerias, près de Vera, dans la province d'Almeria, il a eu la bonne fortune de pouvoir faire des fouilles dans une très riche nécropole, à Villaricos, l'ancienne Baria. Là ont fréquenté, attirés par les richesses minières de la Sierra Almagrera, des commerçants phéniciens et grecs, et de leurs tombes sont sortis en grand nombre des objets grecs, surtout des vases et des objets phéniciens. Je n'ai pu voir toute la collection de M. Siret, qui, étant occupé à s'installer dans une nouvelle maison, avait enfermé ses richesses dans des caisses ; mais j'ai pu feuilleter le magnifique album où il a dessiné les plus importantes de ses trouvailles ; j'ai pu
1. Les colonies agricoles de la vallée vista de archivos, 1900, p. 338 et s., Ob-
du Betis, par G. Bonsor (accessit du concours jetos del comercio fenicio encontrados en
Martorell, Barcelone, avril 1897), dans la Andaluci'a. Cet article a paru aussi en alle-
Itevue archéologique, t. XXXV. 1899. " mand da " 8 le Jahrhuch d ' d ' k ' arch ' ToL
en
existe un tirage à part. Cf. E. IT.lbner. Re- Instituts, 1899.
LA SCULPTURE Q*j
aussi prendre note de quelques objets qui m'ont été montrés. Certes, je me garderai d'abuser de l'aimable libéralité de M. Siret, et je me contente de signaler au passage son trésor en désirant qu'il le rende bientôt public. Je remarque seulement, parmi les objets que j'ai vus, une statuette de déesse-mère phénicienne en calcaire zoolithique recouvert d'un enduit de plâtre. La déesse est assise sur un trône à haut dossier, et son corps s'enfonce dans le siège ; ses seins sont figurés par deux petites boules de plâtre; sa tête est brisée 1 . M. Siret m'a dit que la pierre était une pierre du pays, et que l'objet a été fabriqué sur place, détail qui a bien son intérêt 8 . Ensuite un sphinx taillé dans la même pierre ; le corps est allongé et mesure environ un mètre. Contre les flancs, des deux côtés, sont appliquées de longues ailes. La tête est une tête de femme, avec trois mèches tombant sur les épaules ; la poitrine est lisse, et les seins n'y sont pas indiqués. Enfin une stèle en grès coquillier, sans inscription, mais de forme et de décor absolument puniques, ronde par en haut, avec un triangle gravé dans le cintre, et une autre stèle, ou plutôt un couronnement de stèle (hauteur, o m ,6o) assez semblable à la colonne qui surmonte une stèle votive de Malte au Musée du Louvre 3 . Je ne parle pas de menus objets, tels que colliers, perles striées, amulettes de tout genre, auxquels se mêlent selon la coutume les petits bibelots égyptiens, bès, scarabées, animaux, etc. Les découvertes de M. Siret, dès qu'il les aura publiées, méritent d'avoir un grand retentissement ; l'importance en est exceptionnelle, étant donné que la nécropole de Villaricos, systématiquement pillée, est désormais ruinée et perdue pour la science, et qu'on n'a pas encore découvert les lieux où les colons d'Adra, de Carthagène, de toutes les autres colonies orientales ont déposé leurs morts.
En dehors des menus objets trouvés dans les tombeaux, qui sont répandus un peu partout parce qu'ils voyagent facilement (on a trouvé des perles striées phéniciennes jusqu'à Palencia), je ne puis citer comme ayant de l'importance qu'un petit pendant de collier en or, de la collec-
i. Hauteur o m ,4o. cédé local.
a. C'est peut-être pour cela que Ton trouve 3. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art.
ces seins en plâtre, et cet enduit de plâtre sur Phénicie, fi g. 28.
toute la surface. Il s'agit sans doute d'un pro-
q8 LA SCULPTURE
tion (le M . Antonio Vives, de Madrid, dont le mérite artistique aussi bien que scientifique est exceptionnel ' (Fig. 77-78).
L'objet ressemble à une petite médaille munie d'une bélière de Buspension. 11 est formé de deux plaques d'or extrêmement minces, appliquées l'une contre l'autre et fixées au moyen d'un petit cercle d'or, une mince plaque aussi, rabattue au marteau de part et d'autre. Le diamètre est de 18 millimètres. Les deux faces sont ornées de menues figures estampées avec une extrême finesse. D'un côté, on voit se dresser sur une palmette orientale, où ils appuient leurs pattes de derrière, deux jolis ibex affrontés, de style héraldique. Leurs pattes de devant sont légèrement posées sur deux autres palmetles étagées au-dessus de la première ; ils retournent la tête en arrière et leurs longues cornes ondulées viennent se rejoindre en une courbe gracieuse. Malgré la petitesse des images, le corps des. jolies bêtes est très délicatement modelé ; le trait qui cerne leur silhouette, surtout les pattes, est d'une rare finesse ; de très menues incisions de burin viennent donner du relief aux palmettes. L'ensemble est très élégamment décoratif.
Fi C . 7? . - Bijou crth»- n i m p 099 ibl e que le motif et le style, à pre-
ginois en or, (ace myce- ri j r
nien ne. (Collection Vives mière vue, ne rappellent pas quelques unes des a Madrid.)
œuvres les plus heureuses de la glyptique mycénienne, ainsi que de l'orfèvrerie. Il suffit de mentionner les (.êtes d'épingles en or où l'on voit deux félins ou deux cerfs accroupis face à face sur une palmette *. Mais ce sont surtout les intailles qui fréquemment nous montrent les mêmes ibex héraldiques aux mêmes pattes légères, au corps svelte, aux longues cornes souples, dressés sur leurs pieds de derrière et rejetant par côté, d'un gracieux mouvement symétrique, leurs fines têtes craintives. Tels nous les voyons sur une agate trouvée en 1892 à
1. J'ai publié ce bijou dans les Mélanges avis fortement motivé (Bulletin hispanique,
Perrot, p. aà5 (Bijou phénicien trouvé en i(|o3). D'ailleurs ce détail est ici d'importance
Espagne). Je disais là que la provenance in- secondaire.
diquèeétait Malaga. Mais l'illustre D. Manuel a. Schliemann. Mycknss. % g 64 et 366
Bodriguei de Bcrlanga a protesté contre cette (— Pcrrol et Chipiez, Grèce primitive, fig.
désignation, et je ne puis que me ranger a son foi el 4u) cl surtout fig. a65.
LA SCULPTURE gg
Mycènes', où seulement le travail a moins d'élégance et de fini ; tels ils paraissent aussi, dans une attitude plus originale encore, dressés dos contre dos, maïs retournant la tête, comme pour se heurter le front, sur un disque de cristal de roche du Musée britannique, l'une des gemmes les plus artistiquement gravées de la collection mycénienne jusqu'à présent connue*. D'autre part sont en grand nombre les intaillcs où apparaissent les lions affrontés, ou bien les griffons ou les chevaux, quelquefois retournant la tête 3 , et, nombre de fois encore parmi ces exemplaires, si souvent les animaux posent les pattes sur un socle que quelquefois surmonte une colonne*, on en trouve où justement ils sont debout ou accroupis de part et d'autre du tronc d'un arbre à la tête épanouie en palmette '.
Est-il besoin de dire enfin que le motif héraldique est celui même de la Porte des Lions ?
Aussi, sans hésitation, devrait-on qualifier cette image de mycénienne, n'était la représentation estampée sur le revers de la médaille : celle-ci est purement phénicienne ; elle est un exemple de plus de ces scènes courantes que les ciseleurs orfèvres de la Phénicie empruntaient pour leur imagerie industrielle aux monuments F,c - 7*- — Lo mia >*> bi i ou -
r , D fece égyptienne.
de l'Egypte. La scène représente un Pharaon
tuant un ennemi tombé devant lui. Le prince s'avance à grands pas, portant l'arc au bout de son bras droit tendu, et brandissant le boumérang du bras gauche. 11 est vêtu du pagne classique ; sur sa perruque, d'où pendent comme deux bandelettes sans doute les extrémités du bandeau royal, est posé un objet où je crois reconnaître la barque d'Osiris. L'ennemi abattu — il semble que la main droite du Pharaon soit appuyée sur sa tête — se retourne vers le vainqueur et lui lend ses mains suppliantes. Entre les jambes du roi on distingue comme la silhouette de plusieurs ennemis étendus dont les lances émergent sur le
; Gg. 3 7 i
i. Pcrrot et Chipiei. ibid-, fig- 4a8,