‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitiveChapitre 26 sur 61 · IO · texte numérisé non relu

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dit un sceptre et une pomme. Elle est vêtue d'une tunique sans manches, ajustée au torse et à la taille et descendant jusqu'aux pieds, étroite comme une gaine. Par devant l'étoffe est tout unie et lisse ; mais par derrière elle est plissée, du moins depuis la taille. Les cheveux se divisent sur le front en bandeaux qui ondulent vers les tempes ; deux longues papillotes tombent sur chaque épaule, s 'étalant sur la gorge et ne s'arrêtant qu'à la ceinture. Par derrière, la chevelure tombe en une lourde masse très régulière jusqu'à la naissance des cuisses ; l'oreille reste bien dégagée. La tête est ornée d'une couronne qui semble composée de grosses perles. Si Ton excepte les pieds, qui sont gros et lourds, et les mains, qui manquent de finesse, comme il arrive dans ces petites figurines, le style est d'une réelle élégance; le torse, la taille, les hanches sont harmonieusement rythmés : les cheveux sont délicats, et le visage même, malgré le peu d'expression des yeux gros et saillants, dénote un art habile ; c'est une œuvre très charmante de l'archaïsme avancé. Les figures connues auxquelles on peut la comparer sont une stattfette de femme trouvée à Eleusis, un fragment de Délos, et les statues du type samien, surtout les statues en forme de xoana trouvées sur l'Acropole d'Athènes. Ce n'est point ici le lieu de discuter s'il faut l'appeler liera, Kora ou Aphrodite (Fig. 82 et 83).

2 J'ai photographié au Musée provincial de Grenade une jolie figurine de bronze brillant à patine verte que je crois inédite ' . La provenance n'a pu m'en être donnée par le très obligeant conservateur de la collection, M. Francisco de Gôngora. Mais tous les objets réunis là ont été recueillis peu à peu dans la région.

C'est une petite femme, haute de o m ,n, que son attitude et son costume font rentrer dans l'importante série des statues drapées debout,

1. En 1897, M. Mélida se plaignait à juste titre du mépris extrême que les autorités de Grenade montraient pour le Musée provincial, réduit a un affreux magasin dans une salle de l'Ayuntamiento. Les collections ont été transportées dans une belle maison ancienne de la Calle de las Arandas (n° n).

Mais lors de ma visite les objets n'étaient pas

encore installés. Us doivent l'être aujourd'hui. La nomination à Grenade, en qualité de bibliothécaire, du savant académicien M. Guillén Robles, ancien secrétaire du Musée de reproductions artistiques de Madrid, semble faire présager que le Musée va désormais se développer plus rapidement. Le bronze dont je parle ici porte le n° n44 à l'inventaire.

IIO LA SCULPTURE

les mains tendues pour porter des offrandes ou des symboles, dont les plus connues sont celles de Délos et de l'Acropole d'Athènes, et que les fabricants de petits bronzes ont si fréquemment et si heureusement imitées. Celle-ci offre des variantes qu'il est intéressant de noter. Ses vêtements se composent de la longue tunique et du manteau ioniens ; mais la disposition de ce dernier est assez nouvelle. La robe est étroitement

Fie. 84-85. — SUluette grecque archaïque. (Musée de Grenade.)

appliquée contre la chair et modèle par devant et par derrière toutes les rondeurs du torse, du bassin et des jambes, sauf qu'elle forme quelques plis entre les jambes, dont la gauche est légèrement avancée ; cette disposition n'a rien qui ne soit connu : mais le manteau ne lient aux épaules que par deux pans étroits symétriquement plissés qui sont simplement rejetés en arrière, de sorte que toute la nuque et tout le milieu du dos sont à découvert. Par devant l'étoffe couvre tout le torse jusqu'à la taille et se divise là en deux nappes drapées à petits plis qui tombent à droite et

à gauche tout le long des jambes, presque jusqu'aux pieds : sur les bras elle forme comme des manches. La coiffure est un bonnet conique, un cécrycéphale, duquel dépassent les cheveux disposés en bourrelet tout autour et même sur la nuque. Aucune papillote ne retombe sur les épaules, aucun chignon sur le dos.

Par malheur le bronze a été horriblement mutilé. Les pieds et les mains sont brisés, les traits du visage ont été grattés et limés à plaisir, ainsi que le cou, et en général toute la surface du bronze a été usée et tailladée. Malgré tout on peut juger de la grande (inesse de la facture et de l'élégance du style. Si elle était intacte, cette figurine serait très précieuse, et prendrait place, comme la précédente, parmi les œuvres les plus soignées de l'archaïsme finissant. Sa date est sans doute # le premier quart du v siècle (Fig. 84 et 85).

3° Une autre figurine d'importance égale et d'égale valeur artistique, dont l'exécution est peut-être un peu plus ancienne que celle de la statuette de Grenade, est une Athena Promachos que M. Antonio Vives a acquise dans l'Ile de Majorque, et qu'a publiée M. Ramôn Mélida 1 . Elle est haute de o m ,i4 et couverte d'une jolie patine noire; mais toute la surface du bronze a beaucoup souffert de l'oxydation. Par exemple, les traits du visage sont tout à faits indistincts. De plus, le bras droit est brisé presque contre l'épaule, et la main gauche a disparu ; le pied gauche a reçu un coup qui en a retourné la pointe, et l'on dirait que la déesse porte des chaussures retroussées à la mode orientale. Il est probable enfin que sur le casque, réduit actuellement à une calotte étroite, ajustée d'une visière relevée en forme de bandeau et d'un couvre-nuque, s'est dressé un cimier aujourd'hui disparu. La déesse debout, le pied gauche avancé, portait assurément le bouclier et la lance. Elle n'est pas revêtue de l'égide, mais simplement de la chiton ionienne drapée à la manière ordinaire des statues et statuettes de femmes archaïques, de la chemisette à courtes manches plissée sur le torse, et du péplos qui fait écharpe de droite à gauche, tombe par devant et par derrière à gros plis droits et laisse pendre à droite un pan volant. Les cheveux débordaient

i. Revista de archivos, 1900, p. 3i, pi. 2.

sans doute du casque autour du front et des tempes, et par derrière ils tombaient en une longue nappe jusqu'au milieu du dos.

Fie. 86. — AlheDB Promachos, slatuetle grecque archaïque. (Cabinet Vives i Madrid.)

Les figures similaires sont très nombreuses. Le style est le pur style archaïque de la fin du vr* siècle 1 (Fig. 86 et 87).

1, Cf. Salomon Reinach, Clarac de poche. 11, p. a83, i (Cortone) ; iSj, G (Parie, Bi-

4* De type moins connu est l'important Centaure archaïque que M. Eulogio Saavedraa légué en 1897 au Musée archéologique de Madrid;

F10. 87. — Athena Promaclios. ataluelle grecque archaïque. (Cabinet Vives à Madrid.)

la provenance en est connue : c'est Rollos, près de Caravaca, dans

bliolhèque nationale); 8 (Athènes); aKO, 1.3 (Athènes); 5 (Bibliothèque nationale). — De Ridder, Bronzes de l'Acropole d'Athènes,

n oa 781, 78a, 3oa. Le n° 783 est seul s égide, comme noire figurine.

Ili LA SCULf-TUfiE

province de Murcie. M. Mélida s'en est fait l'éditeur avec sa conscience accoutumée ' . Le bronze est fondu sans retouche au burin ; la patine est sombre, usée par places. Il représente un centaure du type le plus primitif, c'est-à-dire un homme auquel sont accolés le ventre et l'arrière-train d'un cheval. Les quatre jambes sont par disgrâce brisées au-dessus des genoui ; le bras gauche a été coupé près de l'épaule. Le monstre est en marche, mais il retourne ses épaules et sa tête vers la droite. Sa main

Fie. 88. — Cenlsure, bronze grec «rtliïîque (Mutée de Madrid.)

droite allongée vient s'appuyer sur sa croupe. 11 est probable qu'il tenait de celte main une branche d'arbre, car on a trouvé en ,Grèce plusieurs centaures dans la même attitude, qui tous portent cet attribut*. Le style est très particulier ; tandis que la croupe et les cuisses du cheval sont maigres cl fines, quoique fortement musclées, que la taille de l'homme est mince et longue, ses épaules, ses bras, ses cuisses sont au contraire gros et très charnus ; sa tète est massive, ayant les traits obtus,

i. Revîita de archhos, 1897, p. 5i3. pi. p. 693, n™ 4, ti. — De Ridder, Bronzes de

XVII, XVIII. l'Acropole d'Athènes, n<" 439, 43o, 6g. 98.

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