Sulomon Reintcb, Clarae de poche, II
la barbe en collier, sans aucun détail, la chevelure grossièrement séparée en deux lourdes mèches pointues qui tombent en étages de boules l'une par devant, à droite, l'autre par derrière, à gauche. La main qui reste est à peine modelée. 11 y a un contraste singulier entre la netteté précise et parfois sèche du modelé de certains muscles et la mollesse ronde et sans accent d'autres parties. L'œuvre remonte certainement assez haut dans le vi s siècle : je la croirais volontiers d'origine béotienne et proche
Kig. 8g. — Le même Centaure, vu de dot.
parente de quelques bronzes du temple d'Apollon Ptoios 1 . Je trouve aussi des rapports entre le centaure Saavedra et les personnages sculptés sur les métopes de Sélinonle, au Musée de Palerme. M. de Hidder semble proposer pour ce type de monstre une origine chaldéenne*. (Kg. 88 et 89).
5° Le Musée du Louvre possède un petit Silène ilhyphallique, haut de o m o6 qui a été trouvé en 1870 au Llano de la Consolation à Montealegre, tout près du Cerro de los Santos, el a longtemps appartenu à D. Pascuat
1. Mai. Collignon, Histoire de la sctilp- ». Ds Ridder, op. iaud., p. w.
tare grecque, I, p. 97.
SC U LPT UHF
Serrano, de Bonete. 11 est inédit, bien qu'il ait été plusieurs fois signalé 1 . La jambe droite depuis le genou, le pied gauche et la main droite sont perdus, et c'est grand dommage, car la figurine est d'une exécution très poussée et d'une finesse qui lui vaut une place de choix dans la série des Satyres de même type. Les retouches faites à la pointe sur la barbe et sur les cheveux, au bas du ventre, autour des mamelons, aussi bien que la sveltesse élégante de la taille, la pureté de lignes des épaules et
Fie, f)<>. — Silène, bronie grec, {Musée du Louvre.)
des jambes, l'expression cITronlée du visage, font de ce petit bronze une véritable ceuvre d'art, une des mieux venues des ateliers grecs du vi' siècle. Quant au type lui-même, il n'est pas nouveau dans l'histoire plastique de Silène. Sa trie aux oreilles bestiales, au nez épaté et camus, aux gros yeux effrontés, est celle qu'ont adoptée pour lui les sculpteurs archaïques. Son mouvement de course et de gesticulation se retrouve
l. A. Engel. Rapport, p. 185(77 du rage à pari); Mélida. lieiitta de archiv 1897, p. 5i6 (M. Mélida dil que l'obje été découvert en i8y3 ; c'csl san» doule à et époque que M. Serrano en a fait I acqufcilio
et 1897, p, 37 : « un euriosisimo lironce griego arcaico, que représenta un Fauno ». 11 en ciisle un moulage an Musée de Reproductions artistiques de Madrid, n" ioi3, et au Musée Archéologique, salle des bronzes
aussi plusieurs fois, en particulier dans une figurine trouvée à Amyclées, de valeur beaucoup moindre 1 . (Fig. 90).
Voilà des restes bien modestes de l'importation grecque en Ibérie ; comme ils datent de l'époque archaïque, malgré leur petit nombre ce sont des documents précieux. Ces œuvres expliquent tout un côté de l'art indigène et marquent nettement l'influence qu'il a subie.
Cette influence, nous essaierons de la déterminer ; mais il en est une autre, l'influence orientale, dont les traces ne sont pas moins nettes, et qui, s'étant exercée concurremment, ou par l'intermédiaire même de la Grèce, doit être étudiée en même temps.
Assez nombreux déjà sont les monuments ibériques qui révèlent l'imitation ou, si l'on préfère, l'inspiration orientale 5 . Le plus connu, il est du reste le plus important, est la Vicha de Balazote, un monstre à corps d'animal et à tête humaine (PI. IV et fig. 92). Balazote est un triste
1 . De Ridder, Bronzes de la Société archéologique d'Athènes, n° 846, pi. III. Cf.
aussi la terre cuite d'Elatéc au Musée du Louvre, que j'ai publiée dans Etalée, pi. II et III, p. 55.
a. Je tiens à signaler, du moins dans une note, un petit objet que M. de Berlanga a vu et décrit sans décider s'il est ibérique ou phénicien, mais dont je ne connais pas d'image.
Il a été trouvé aux environs des fameux dolmens de la Cuevade Menga près d'An tequera (Mâlaga). C'est un morceau de marbre blanc, long de ao centimètres et épais de 5, travaillé en forme de deux cônes assemblés par la base ; sur la surface ronde et polie on voit représenté en traits accentués un visage de face, ayant tous les caractères d'une idole ibérique. L'objet est entré dans la collection Canovas del Castillo (M. R. de Berlanga, Descubrimientos arqueologicos en el Tajo montero, dans Revista de Archivos> 190a, p. la du tirage à part). Peut-être faut-il admettre que ce petit marbre est ibéro-phenicien. Dans celte
catégorie, je signale encore deux objets que je n'ai pas vus, et qui sont, je le crains, perdus ; l'intérêt en est pourtant considérable, car ils sont ou bien des objets fabriqués en Phénicie pour être exportés en Ibérie, ou bien fabriqués en Espagne à l'imitation directe de modèles phéniciens :
i° Un cachet de quartz entouré d'or, découvert à Cadix en 1873. Le champ est divisé en deux, horizontalement. En haut on voit un cabire entre deux oiseaux de proie, en bas un disque rayonnant d'où sortent des serpents (?). Au-dessous du premier tableau et au-dessus du second se lit une inscription où deux caractères ibériques (^ et frj) se mêlent à des caractères phéniciens. Dclgado qui l'a publié (Nuevo método, p. cxxxi) dit que le monument « suppose une* époque antérieure à la domination phénicienne à Gadir, et peut-être contemporaine de la colonisation syrienne. »
a° Petit bijou publié par M. Gesenius (Scripturœ linguseque phenicix monu-
village à trente kilomètres au Sud-Ouest cTAlbacete ; je l'ai visité au mois de septembre 1899. Moins heureux que M. Arthur Engel, qui, en 1891, a pu examiner le champ d'où fut extrait le monstre de pierre, je n'ai réussi à obtenir de personne le moindre renseignement ni sur la découverte de la curieuse sculpture, ni sur aucune autre trouvaille d'antiquités dans ces parages 1 . Un morne oubli et une morne indifférence semblent s'être appesantis avec le soleil de feu sur ce pays déshérité. Il est vrai que le jour où j'abordai cette rive inhospitalière, il y avait toros à Albacete et que la population avait émigré en foule. Quoi qu'il en soit, sans renoncera l'espoir que M. Engel fonde sur des fouilles bien conduites, la Vicha de Balazote, d'abord transportée à la Diputaciôn provincial d' Albacete, où elle courait plus d'un danger, est définitivement sauvée, car elle se trouve aujourd'hui en place sûre au Musée archéologique de Madrid.
Plusieurs images en ont été publiées, par M. Rodrigo Amador de los Rfos 2 , par M. Engel 3 , et récemment par M. Léon Heuzey \ Le nom seul du dernier éditeur dit assez l'intérêt de ce taureau à tcte humaine, qui mérite d'être minutieusement décrit. Ce n'est pas absolument une œuvre de ronde-bosse, ou, pour mieux dire, « bien que sculptée en rondebosse, comme s'exprime M. Heuzey, ce n'était pas pour cela une figure indépendante. On y remarque les restes d'une plaque de fond, taillée
menta (p. 221 et pi. XXVIII, fîg. 67 bis).
On y voit de part et d'autre d'un arbre un sphinx ailé et un animal cornu debout, et
Fîg. 91. — Bijou ibero-phénicien (?).
(D'après Lorlchs.)
derrière eux deux personnages faisant un signe d'adoration. Au-dessus, dans le champ, le disque solaire ailé. Lorichs a reproduit l'objet
à la planche LXXV1I, n° 10, de ses Recherches numistnatiqu.es, parce qu'il se trouve dans le champ une inscription dont les caractères sont identiques aux types des médailles celtibériennes : 41TP. Le f , en particulier, se retrouve sur le monnayage d'Obulco.
1. A. Engel, Rapport, p. 196: « Je vis le champ d'où l'on avait retiré la vicha, et qui ne présente aucun vestige antique à première vue ; mais il touche, fait significatif, à un vaste despoblado (terrain semé de substructions antiques) qui s'étend derrière le village actuel. »