I. Fig. iou-io
- Les Casetas dels Moros. i Boc*i rente,
ï3/| LA SCULPTURE
des fouilles. Je ne saÎB s'il s'y est décidé 1 . Ce n'est pas un sphinx, mais plutôt une lionne accroupie. Tout le museau manque, ainsi que les pattes de devant, qui devaient être allongées sur le sol et non repliées sous le corps. Les oreilles ont disparu ; le corps a été brisé en deux, en arrière du ventre. Le style est lourd et rond ; cependant la tête devait être traitée avec quelque soin et quelque idée de copier la nature, si l'on en juge par la façon dont le sculpteur a essayé d'exprimer le rictus du fauve à la
- Tombeau i dam
commissure des lèvres et de modeler les côtes. Le cou long, la tète grosse et droite, la position ramassée plutôt que couchée de la bêle, donnent
I. Imite par D. Viconlc Calabuig, M. Tra- 11 j a utilisé quelques-unes des photographies
mojeres Blasco, secrétaire de l'Académie des que je donne ici. et qui m'onl été communi-
Beaui-Arls de "Valence, a visité avec foin quées ainsi qu'à lui (pi. V et VI, et iig. dans
Bocairenle el ses chambres creusées dans le le toile, n<" i et 3). L'arlicle ne contient rien
roc. 11 a publié un intéressant article sur ce de nouveau sur la Loma de Galbis. où a eu
qu'il a observé dans la fievista de Archivas, lieu la découverte de la sculpture en ques-
igao, p. i38 (Las cuevas de Bocairenle). tien.
une certaine idée de force. Ici encore l'impression est plutôt grecque, à cause de la simplicité de la conception, qui n'aime pas la surcharge (PI. V et Fig. io5).
Mais l'animal qui a eu toute lu laveur des tailleurs d'images ibères, c'est le taureau. Si l'on en croit Diodore de Sicile, la tradition voulait que les vaches eussent été importées en Ibérie par Héraclès, qui fit cadeau de quelques-unes à un roi du pays en récompense de sa piété et de sa
Fie. loi. — Intérieur de tombeaui rupestres s Bocairente.
justice, et que depuis lors cet animal fût sacré dans le pays ''. Quoi que vaille la légende, il est certain que les hœufs ou les taureaux, sous forme de plaques estampées pour appliques, de petits ex-voto de hronze, de tessères, se rencontrent presque partout en Espagne et en grand nombre. J'aurai l'occasion d'en signaler beaucoup dans la suite. Quant aux monnaies, le taureau est un des types préférés par les villes de l'Espagne. Dans le seul ouvrage de Delgado j'ai noté trente cités éparses sur
i. Diod. Sicul.,IV, 18, 3.
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tout le sol de l'Ibérie, depuis Gades jusqu'à lndica (Emporite), depuis Carttiago nova jusqu'à Clunia, qui ont adopté le taureau, debout ou agenouillé, immobile ou galopant, représenté tout entier ou réduit à la tète, pour orner le revers de leurs pièces.
Meste un curieux fragment de sculpture décorative qui donne lieu à d'intéressantes comparaisons et me semble assez instructif. On sait quelle riche moisson de statues romaines a été faite dans les ruines de Cartima, près de Mâlaga et quelle luxueuse hospitalité leur a olferle, dans le parc de sa riche villa de la Concepcion, M™* la marquise de Casa
Fie. io5. — Le Sphim de Rocairente. (Muiée de Valence.)
Loring '. Or, parmi toutes les antiquités du municipe, on est étonné de trouver une sculpture en pierre grossière (une sorte de conglomérat sans dureté), de style tout différent et d'aspect barbare, qui jure étrangement auprès du gracieux petit temple autour duquel elle est groupée avec les empereurs romains et les Vénus pudiques. Le sujet est un loup dévorant un bélier. L'illustre archéologue de Mâlaga, M. de Berlanga, a bien voulu
i. Sur Cartimaot ses antiquités, voj. M. II. Antike Bitdwerke, p. 3og et ».; cf. Ballet-
de Berlanga, Kstudias Romanos publicadoi Itno de! Instilitto arckeot. di Rama, 1861,
en ta Razon. Madrid, 1861. — E. Hftbnor. p. 170 cl >. Corpus imeriptionum lalmarum, H, p, ï48;
m'écrîre que l'œuvre fut rencontrée à la sortie de Càrtama , la ville moderne qui a remplacé l'antique Cartima. Le loup, qui ressemble plutôt à un ours, a par malheur les pattes coupées, sauf la patte gauche de devant, qui est relevée et posée sur le bélier qu'il lient à pleine gueule. 11 était Bans doute assis sur son derrière. Quant à la victime, elle retourne la tète vers la droite, d'un mouvement très peu naturel. Le sculpteur n'a pas trop mal réussi à rendre le profil caractéristique du bélier et le robuste
Fie 106. — Groupe ibérique de Cartim».
enroulement de ses cornes ; mais le corps du loup est mauvais, lourd, massif, ressemblant à celui d'un porc gras, plutôt que d'une bêle des bois ; sur son ventre les côtes sont naïvement indiquées et l'enserrent comme des cercles de barrique. L'ensemble de ce groupe décoratif n'a aucun charme, et, par la massiveté des formes et je ne sais quel aspect d'ensemble, rappelle la lourde fabrication des loros de Guisando. Sans discussion, je crois, il faut y reconnaître la main d'un Ibère, mais l'inspiration est presque sans aucun doute phénicienne (Fig. 106). En effet, il existe au Musée de Païenne un fragment de groupe en pierre calcaire
l38 LA SCULPTURE
qui a plus d'une analogie avec celui de Car lima. C'est le reste d'un lion accroupi en train de dévorer une tète de taureau. Le fauve a saisi sa proie sous les griffes de ses pattes de devant. 11 est fort remarquable que la queue du lion se replie sous le ventre et s'enroule autour de la cuisse droite, disposition qui se retrouve à peu près identique dans la Yiclia de Balazote, le Sphinx do Uoeinreute, etc. ; que les côtes sont indiquées par des sortes de cercles réguliers et concentriques, comme les côtes de l'animal de Cartima, et que les veux du taureau sont cernés de paupières 1res semblables à celles des létes de bronze de Coslig, dont il sera ques-
Fn:. 107. — Groupe trouvé à MisLrella (Sicile). (Musée de Palerme.)
tion plus loin. Or le groupe de Palerme provient de l'antique ville d'Amestratos, aujourd'hui Mistretla, sur la côte Nord de la Sicile et l'on y reconnaît une œuvre datant de la domination phénicienne dans cette lie' (Fig. 107). Le motif ne s'est pas perdu, puisque l'on a retiré de l'amphithéâtre de Capoue toute une série de sculptures décoratives, d'époque très postérieureet de style plutôt grec, parmi lesquelles on voit au moins deux lions acharnés de même sur un tête de mouton et une tète de cheval ou d'ane ! .
Les plus importants débris de taureaux sculptés en pierre que je connaisse ont été trouvés au Llano de la Consolaciôn. L'un a été donné par le
1. Arndl-Amcluiig, Eimelaufnakme, n» a. Iliid., n° bii. Ces sculplure» sont con-
ôi'i.Dondu baron H. Salainone, de MiitrcUa. senées a Naplcs.
t\ sculptuhe i3g
curé de Monlealegre au Musée de Murcie. Il ne reslc que la croupe de l'animal; mais cela suffit à faire comprendre que la figure était d'assez grande taille, que le tiuicau était représenté debout et qu'il était traité avec
WF^
- Croupe de taureau ilu l.lsriu île la (iousolaciûn, (Musée de Murcie. l'holographie d'A. Engel.)
assez d'ampleur et de fermeté. Il semble bien que la facture soit plutôt grecque qu'asiatique, mais il serait téméraire de rien affirmer (Fig. 108). L'autre est un fragment de tête, trouvé par D. Pascuol Serrano, et donné par lui à D. Antonio Vives, de Madrid, il en existe des moulages, au Musée de reproductions artistiques de Madrid, au Louvre, au Musée
de moulages de la Faculté des Lettres de l'Université de Bordeaux. La pierre est mal conservée ; les oreilles, les cornes, une partie du mufle sont brisés. Autant qu'on en peut juger, l'animal avait des bandelettes ou des courroies autour du front et du cou. Donc, ou bien il représentait une victime parée pour le sacrifice, ou bien une bête de travail sous le joug. L'œil droit, seul bien conservé, est très gros et saillant ; la paupière est indiquée par une triple raie gravée parallèle au contour du
Fie. iuy. — Tête de taureau du Llano de la ConsulaciÔD. (Colleclion Vives, à Madrid.)
globe. Sans avoir l'heureuse netteté d'une tête de cheval de même provenance, dont j'aurai l'occasion de parler, l'œuvre n'est pas sans quelque mérite de pureté et de finesse (Fig. 109).
Au contraire, la part de la Grèce à côté de celle de l'Orient est très apparente et très importante dans les trois grandes têtes de bronze du Musée de Madrid. Trouvées à Costig, dans l'ile de Majorque, et achetées grâce au zèle éclairé de D. José Ramon Mélida et du regretté Canovas del Castillo, elles sont l'un des plus précieux ornements de la collection nationale. Très bien présentées dans la salle du Cerro de los Santos, elles attirent vivement l'attention des archéologues par le rare intérêt de leur style, et l'admiration des artistes par leur ampleur et leur majesté
décorative 1 . Ces trois têtes méritent d'être décrites Tune après l'autre avec beaucoup de précision * (PI. VI).
La plus grande — je la désignerai par la lettre A 8 — du bout du mufle au sommet du front, entre les cornes, mesure o m ,52 ; elle pèse 33 kgr ,77. Les cornes qui, vues de face, affectent la forme d'une lyre, sont hautes et largement écartées (o m ,6o au point le plus bas de la courbe), les pointes légèrement ramenées en arrière. Elles sont fortes à la naissance et ne s'effilent que peu à peu pour se terminer en pointes très aiguës ; l'une d'elles, celle de gauche, est malheureusement épointée. La tête est large et forte ; le mufle, en particulier, avec toute la mâchoire supérieure, est rond et massif; les narines sont petites et peu creusées. La charpente osseuse du crâne est indiquée très solidement et très nettement par une bosse longue et saillante d'une corne à l'autre, d'où se détache par deux angles arrondis une arête vive qui descend verticalement entre les yeux. Le front se trouve ainsi franchement partagé en deux plans raccordés à angle obtus. Les yeux étaient des amandes de matière brillante, vitreuse sans doute, inserties dans le bronze évidé. Ces pièces de rapport ont disparu, laissant voir les creux où elles étaient enchâssées. Notons, d'ailleurs, que la forme de l'orbite est mal observée ;. peut-être le globe de l'œil était-il gros et saillant, comme le voulait la nature ; dans tous les cas l'ovale de l'orbite s'allonge et s'étire vers le point lacrymal pour finir en
i. L'achat a été négocié par D. Alberto Bosch, alors ministre de Fomento, au prix de 3 5oo pesetas. Aux têtes étaient joints 67 autres objets, parmi lesquels des cornes de taureaux ou de vaches, en bronze. L'inventaire a donné à la collection les numéros i8453 et suivants. Dans le Boletin de la Sociedad arqueolôgica Luliana, qui s'édite a Palma de Majorque, D. Bartoloraé Ferré a publié une relation de la découverte et un catalogue des objets, 'avec des dessins sommaires (n°* de juin i8g5, p. 85 et s., lam. CV, CVI, CVII, Hallazgos arqueologicos en Costig) ; la même revue a donné ensuite une lettre d'E.
Hûbner à D. Gabriel Llabrés(n° de septembre 1890), et un peu plus tard un article de D. José Ramôn Mélida sur le même sujet
(n° de mars 1896). Enfin j'ai étudié les Bronzes de Costig dans la Bévue archéologique, 1897, t. I, p. i38, pi. IV et V.
2. En même temps que ces têtes et que les cornes et les oreilles dont je parlerai plus bas, on a trouvé au même endroit :
N° i846a. Un bras droit terminé par une main pliée, en bronze fortement oxydé.
Des clous et des tenons de bronze.
Une sorte de bout de sceptre, au sommet duquel était un oiseau dont il reste seulement les griffes.
Une plaque ayant servi de socle ; des clous et des tenons de bronze, des rondelles.