lbid., n° a a (pi. II, n° H
Je citerai en première ligne une tète inédite du Musée de Madrid (PI. X bis) couverte d'un double pli de voile très étroitement appliqué sur le crâne ; le bandeau, formé de deux masses de pendeloques, l'un tombant jusqu'à la naissance du cou, l'autre beaucoup plus bas, fait valoir par sa lourde ordonnance la sévérité vraiment imposante du visage, que, par malheur, le temps a fort endommagé.
Fie. l63. — Tèlc trouve au Cerro de los Saulos. (Collection Jol Bosch, a Alicanta.)
D'un style plus (in, quoique donnant une impression moins vive de grandeur, est une tète qui appartient à M. le marquis del Bosch, à Alicante. Le nez est brisé, les yeux, grands ouverts, sont usés : le visage est large, le menton est saillant et assez pointu, la bouche est petite, avec des lèvres minces. Le serre-lèle, orné de séries alternantes de traits parallèles, se répand de part et d'autre des tempes en pendeloques où se cache une rouelle (Fig. i63) '.
i. Bulletin hispanique, III, n° 57 (pi. V, n° 3).
Une tête de la collection Palau, d'Yecla, aujourd'hui au Musée du Louvre, donne aussi un bon spécimen de coiffure sans bandeau : les cheveux sont aplatis contre le front, sur lequel ils descendent assez bas, et tombent à droite et à gauche du visage en larges nappes qui débordent du voile (Fig. i64 et i65'), Il ne faut pas la confondre, bien qu'il y ait des ressemblances, avec une tête tout récemment arrivée au Louvre, et qui appartenait à Savirôn*. Cette dernière, quiesltrès usée, devait être d'un bon style simple et franc, et elle est remarquable par la disposition des cheveux (Fig. iGC).
La figure 167 nous montre aussi une tête du Louvre un peu plus petite que nature, couverte d'un voile ; elle se rattache au type sévère, et, si la pierre était moins rongée, tiendraitune place très honorable dans la série *.
Au même groupe se rattache un
des derniers débris découverts au """ /ni 1 '. — ""î" p \
(Photographie ancienne )
Cerro de los Santos. C'est un buste
que j'ai signalé un peu plus haut, et qui appartient au Louvre (ancienne
collection Serrano, de Bonete)*. Un malencontreux coup de pioche a
1. Bulletin hispanique, lll, n°ii(f>[.\l\l, bien voulu me céder une nouvelle série de cei
n° 1). La figure 164 reproduit une photo. mêmes épreuves, ou plutôt de reproductions
graphieque m'a donnée, avec plusieurs autres, photographiques de ces photographie», qu'il
le vendeur de la collection Palau, et qui re- s'était heureusement procurées, monte à l'époque même des premières Touilles, a. Saviron l'avait dessinée sur ce carnet
C'est un document important pour l'étude de dont j'ai déjà parlé, et que j'ai eu la chance
l'authenticité des télés et des fragments qui y d'avoir entre les mains.
sont représentés. La tête en question est la 3. Bulletin hispanique, III, n" 71 (pi,
seconde a gauche du rang du milieu. Je don- VIII, n° 1).
nerai plus loin le fac-similé d'uneautre de ces S. Ibid., n» 58 (pi. III, n«3), haut. o™,46.
photographies. M. Engel, il v a trois ans, a
i.a s<:ri.i"ri:m; i r> 1
fait sauter un large éclat du front et du crâne, et un fragment de l'épaule gauche. Le visage est aussi usé et rongé par le temps. Ce qui la distingue des autres femmes du Ccrro, c'est l'ajustement de la taie. D'abord elle porte une sorte de capuchon qui est collant sur le crâne et tombe sur le dos et les épaules, puis une grosse torsade de passementerie qui, accrochée sur le front au bord du capuchon, encadre le visage, cache les oreilles contre lesquelles clic est maintenue par de grosses rondelles,
Taies du Orro (Madri.l).
et tombe en s'arrondissant comme un collier sur la gorge (Fig. i53). Si l'on voulait compléter la statue, il faudrait l'imaginer a peu près comme celle que reproduit la figure i fa (Musée de Madrid).
Enfin j'ai photographié au Musée de Madrid sept télés qui rentrent dans la même série, et qui toutes présentent un réel intérêt. Elles sont toutes inédites (Fig. 168 à i"]à)-
Celle qui porte le n" yTi'ii est absolument encapuchonnée dans son voile, qui descend à double étage jusqu'au milieu du front, cache les oreilles, et encadre le visage. Celui-ci n'est pas heureux, malgré l'effort du sculpteur pour l'animer d'un sourire, et peut-être pour exprimer l'âge
iga la sculpture
d'une femme qui louche à la vieillesse. Il y a du moins un certain sens artistique dans ce fragment (Fig. 168). Ce sens au contraire manque ù la tête n" 753a, et à la tête n" 7533, du reste fort mutilées, dont tous les traits sont gros dans une face large et carrée, avec une expression qui veut être grave, et n'est que boudeuse: cela apparaît surtout dans la première, dont la bouche, fortement abaissée aux deux coins, est tout à fait maussade (Fig, îfij) et 170).
Kir.. r%. — T«* du Cerro (Madrid).
Les têtes 0739 et 5 7 .4 3 sont d'une inspiration un peu plus élégante : on aperçoit les premiers cheveux autour du front, sous le voile qui fait une assez forte saillie en bourrelet, et tombe avec ampleur, plusieurs fois replié, en ^'élargissant sur les épaules. La première a perdu, sous un malencontreux coup de pioche, l'œil gauche, la joue gauche, le nez et le menton ; mais on la devine assez imposante, et d'un style aussi heureux que la tête de la collection del Boscb(Fig. 171, 17a).
Celle qui porte le n° •jîifô est une véritable œuvre d'arl, d'une inspiration simple et large, d'un style adroit. Le front est tout entier découvert, ainsi que le bord de la chevelure ; la jeune femme porte un bandeau simple au-dessus du crâne, mais d'où pendent des tresses et des roues qui font
LA SCULPTUHB Iû3
valoir l'ovale Terme du visage. Le nez et la bouche ont beaucoup souffert de l'usure du temps, mais on devine chez l'auteur un sentiment assez vif de la beauté, et comme un instinct des pures créations idéales (Fig. 1 73).
TMrs du Ccrro au Muaée de Madrid.
Je ne connais qu'un seul exemple de tête féminine à laquelle manque le voile. C'est celle qui est désignée au Musée de Madrid sous le n° 7676- Elle devait être, dans son intégrité, l'une des plus jolies de la collection. Les cheveux, disposés à droite et ù gauche en larges masses de mèches étagées, sont serrés au sommet du front par une bandelette plaie, sans ornements, et cette coiffure, quoique très simple, ne manque pas d'élégance. Le visage est d'ailleurs, bien que trop large et court, d'un bon style grave. La bouche est fine et les yeux,
. , , , . • . Ffg. t?i. — Tcte du Ccrro tu
grandement ouverts, sont dessines comme m se* de Madrid
ceux de la statue principale (Fig. 17a).
Deux bustes de Madrid, n ' 75^2 et 76^9, portent le voile, mais il n'est pas directement appliqué sur les cheveux ou sur un bandeau posé à plat ; il recouvre une sorte de diadème qui le surélève et dont la forme en croissant se dessine très nettement sous l'étoffe. La tête n" 76^2 est d'un style très médiocre ; il y a quelque recherche dans la disposition des
cheveux sur le front el des deuxeôlés du visage, sans aucun détail original,
et cette élégance s'accorde bien
avec la richesse des lourds colliers
qui s'arrondissent sur la gorge ;
mais les traits sont barbaremenl
taillés: la bouche surtout, qui
grimace en voulant être sévère,
est d'un art plus que maladroit
(Fig. 175). La seconde tête,
dont par malheur tout le visage
a disparu, devait être d'une cer-
| taîne beauté : telle qu'elle est, elle
produit seulement une impression F.o. 175. - Buste du Ccrro (Madrid). ,
curieuse, dont on ne peut se défendre. On dirait d'une de ces statues de déesses-mères dont la sculpture
grecque archaïque ou classique nous a légué de si beaux spécimens, statues de marbre ou bustes estampés de terre cuite, à qui la même parure donne le même sentiment de majesté (Fig. i 7 C).
A ces variantes dans la disposition des cheveux, la forme et la richesse des atours, l'arrangement des voiles, ne devaient correst pondre que des modifi-
cations légères de cos- F,o. , 7 6. - Bu* du Cerrc (Madrid). ^ ^ ^^ ^
dans la même série qu'il convient sans doute de ranger de nombreuses
LA SCULPTURE ig&
têtes de femmes parmi lesquelles certaines sont d'une réelle beauté et d'un style particulièrement original. Ce sont les têtes coiffées d'une mitre.
Quelquefois la mitre est tout à fait simple ; elle ne se compose que d'une lame souple, assez large, qui s'applique sur le sommet du crâne, très eu arrière, et fuit presque horizontalement ; elle se recourbe à droite et à gauche, derrière les oreilles, et les deux bords s'en attachent sans doute sur la nuque ; elle est maintenue par le voile. J'en connais trois
Tèle» du Cerro (Madrid).
exemples, deux à Madrid (Fig. 177, 178) et un à Yccla ; par malheur tous Les trois appartiennent à des œuvres très mutilées et très frustes. La première et la plus intéressante, car les grandes roues plaquées à ta place des oreilles dénotent une statue richement parée, est aussi la tête qui a le plus souffert ; elle ne vaut plus que par la silhouette.
Mais il arrive que l'ajustement est plus compliqué et plus riche, lorsque sans doute la femme représentée est d'une plus haute condition civile ou religieuse. Voici comment M. Ileuzey décrit la tête la plus intéressante à ce point de vue (Musée de Madrid, n" 7016) dans la Revue d'Assyrio-
logie ! : « La coiffure est très extraordinaire ; c'est une sorte de tiare qui s'élevait en pointe et qui devait être démesurément haute, si Ton en juge par la partie conservée. Des deux côtés du visage, elle tombe en manière de voile, ce qui lui donne aussi l'aspect d'un capuchon, ou mieux encore d'une cagoule de pénitent 2 ... Des deux côtés du visage, comme dans la statue s , on voit dépasser sous le voile les grands disques qui tenaient lieu de boucles d'oreilles. Le devant de la chevelure est serré aussi par un riche bandeau transversal, où Ton retrouve un rinceau asiatique \ composé d'ornements en forme de S couchées. Enfin le front et les joues sont encadrés de trois côtés par des ondulations tellement symétriques qu'elles ressemblent à des oves d'architecture dessinées à plat et séparées, comme dans l'ornement ionique, par des pointes ou dards. On ne sait au premier aspect si cette dentelure, d'un travail délicat et compliqué, est un complément de la parure ou simplement une manière conventionnelle de représenter les cheveux. »
Quant au visage, il a par malheur souffert du temps ; il est rongé par une sorte de lèpre, et le bout du nez et les narines ont été brisés ; mais on peut cependant reconnaître sans hésitation que si la facture est la même que celle de la grande statue — les veux, par exemple, sont d'un ovale un peu plus régulier, mais le globe en est tout de même aplati et comme coupé d'un ciseau brutal -— l'expression est un peu différente ; à la sévérité grave du premier type est substitué un léger sourire qui anime les traits d'une vie plus humaine (PI. IX, à gauche, et PI. X, à droite) 5 .