‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitiveChapitre 5 sur 61 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

f \. Macrob., Sat. t l, 19, 5.

5. Slrab., III, iv, 16. "Evioi oï tou; KocX- Xaixoùç àOc'ov; çowt, toj; Ôà ReXiiSr^pa; xai Toù; ^poaoopoj; tg&v ôjxopwv auTOi; aya>vû(x(o Tivl OsrjS [Oû-iv] xaî; ^avjeXrjvo:; vûxTtop 7-c.ô kov tzuXcov, 7:avoiX''oj; te yjopzùv.v xal navvjyjZuv. Cf. Sil. liai., Pun. t III, passim. Il a sans doute puisé à de bonnes sources antiques.

AVANT-PROPOS XIII

qu'on n'immolât ces misérables 1 . Enfin, ces mêmes Lusitaniens pratiquaient l'art de la divination, cherchant les signes dans les entrailles des victimes ou dans le sang de leurs veines, interrogeant même les chairs pantelantes des captifs sacrifiés 2 .

Voilà, sauf quelques autres détails moins précis ou moins intéressants encore, tout ce que nous apprend la littérature sur des matières qui constituent le domaine propre de notre étude. Ce n'est donc qu'à la lueur de l'archéologie que Ton pourra tenter de pénétrer un peu avant dans l'intimité de ces peuples obscurs, et leur histoire ne pourra se constituer que lorsque l'archéologie aura pris conscience d'elle-même, lorsqu'elle sera sortie des bégaiements et des tâtonnements de son enfance.

Si ce livre n'a d'autre succès que d'exciter et d'encourager les études de confrères espagnols ou français plus heureux que moi dans leurs recherches, plus habiles dans l'interprétation et la mise en œuvre des documents, j'estimerai encore que je n'ai pas eu tort de l'écrire.

Bordeaux, octobre 1901.

P. S. — Depuis que ces pages ont été rédigées, cet Essai a eu le grand honneur d'obtenir à Barcelone, le 23 avril 1902, le prix Martorell, destiné à récompenser tous les cinq ans « la meilleure œuvre originale d'archéologie espagnole ». Aucun suffrage ne pouvait être plus flatteur ni plus encourageant que celui du jury constitué par l'Excellentissime Alcalde constitutionnel de la première ville d'Espagne pour juger cet important concours international. J'ai eu la preuve la plus éloquente que l'effort que j'ai tenté méritait de l'être. Du reste, j'ai cru devoir donner aux juges qui m'ont estimé digne du premier rang une preuve de respectueuse déférence en présentant ce livre au public tel qu'ils l'ont lu, avec tous ses défauts, et même les taches d'une rédaction un peu hâtive, sans en rien retrancher, sans y rien corriger, sans y rien ajouter que la mention de quelques monuments nouveaux.

1. Slrab., III, in, 7. "ArcavTs; 3* 0» oos»oi 2. Ibid.,M, m, 6. Oimxoi B' sîai Àuana-

...Tco"AfSt Tsa^ov Oyouai xaî toÙ; atyjxaXcÔTOuç voî, Ta ts arcXayyv* eTCtSXércouaiv.... rcpoa-

xaî ïzizovi- Tioto-jai 8s xa- IxaTOjxSa; êxaaiou e-iCXercouj». Ôè xaî Ta; ev xr[ JtXeupà çXi6a;,

vs'vou; 'EXXirjvtxû;... III, m, 6 tôv ô'àXdvTcuv xaî ^XaywvTs; 8è TsixjxaipovTai, <J7rXaY)(veuov-

tà; /tT&ac à;iox«J7CTOVTEÇ Ta; ôejià; àvaTiôsaatv. Tai os xaî ôVavOowrcwv aîyjxaXajTwv .

XIV AVANT-PROPOS

D'autre part l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres qui, dès le premier jour, a généreusement favorisé mes voyages et mes études en Espagne, et la Direction des Beaux-Arts, ont bien voulu, par d'importantes souscriptions, rendre possible la coûteuse publication de ces volumes : je leur exprime tous mes remerciements, ainsi qu'à M. Liard, Directeur de l'Enseignement supérieur, qui, en 1896, m'a le premier accordé une subvention de voyage, et à MM. les Conservateurs du Louvre qui ont mis à ma disposition tous les monuments ibériques du Musée.

L'expression de ma gratitude ne va pas moins à mes nombreux amis d'Espagne, savants, conservateurs de Musées, zélés aficionados des choses de l'histoire et de l'art, dont à Barcelone, à Madrid, à Tarragonc, à Gérone, à Valence, à Elche, à Bonetc, partout enfin, j'ai exploité sans la lasser la libéralité courtoise ; à mon jeune collègue Pierre Waltz, professeur au Lycée de Bordeaux, qui m'accompagnait dans l'une des plus rudes, mais aussi des plus productives de mes campagnes, et dont la vaillance m'entraînait, en même temps que m'instruisaient son goût et sa précoce érudition ; à mes collègues de l'Université de Bordeaux, MM. Georges Cirot, secrétaire delà Société hispanique, qui a bien voulu relire mes épreuves, et Camille Jullian dont la claire érudition m'a été si utile; à M. Ernest Leroux, qui n'a rien négligé pour rendre l'aspect et la disposition de ces volumes dignes de leurs hauts patronages ; à MM. Berlin, Dupas, Lailhaca, élèves de l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, qui se sont exercés, pour m'aider et me plaire, au labeur souvent ardu du dessin archéologique.

Surtout je veux dire ici tout ce que je dois à mon camarade Arthur Engel. Il est pour tous ceux qui aiment et étudient l'Espagne antique l'idéal pionnier qui découvre les terres nouvelles, les défriche et les rend prêtes aux récoltes fécondes. A pleines mains il a semé pour moi le grain généreux, sous forme de notes, de dessins, de photographies, de renseignements de toute sorte, ne se plaignant jamais de l'emploi sans scrupule que j'ai fait des richesses par lui découvertes ou reconnues, m'excitant au contraire à vivre à ses dépens. Sans lui, je puis l'aflirmer, cet Essai serait forcément resté bien plus modeste encore, comme sans lui notre

AVANT-PROPOS XV

Musée du Louvre n'aurait à ce jour qu'un misérable embryon de collection ibérique.

Enfin j'ai pour M. Léon Heuzey tant de respect et d'affection, pour sa science et son gouttant d'admiration, pour l'encouragement et l'appui qu'il m'a toujours donnés, les leçons et les conseils qu'il m'a prodigués tant de profonde reconnaissance ; je lui dois tant et mon livre est tellement le sien, que j'ai scrupule à faire autre chose qu'à inscrire ici, comme à la première page, son illustre nom. Le lecteur verra sans peine, faisant la part du bon et du mauvais, ce qu'il faut revendiquer pour le maître, et ce qu'il faut laisser pour compte au disciple indigne.

L'ARCHITECTURE

Ce n'est certainement pas une illusion c[uc de vouloir retrouver à une époque très ancienne de l'histoire de llbérie des influences étrangères s' exerçant sur l'architecture indigène, ou, pour ne pas employer trop tôt un terme très noble, sur la construction des habitations et des enceintes de villes. Sans doute dans chaque pays, même dans chaque province de chaque pays, la nature du sol, la qualité du climat, le genre de vie des habitants aussi bien et plus que leur degré d'intelligence ou de culture, déterminent le choix des matériaux employés aux constructions, leur coupe et leur assemblage, la disposition des édifices et leur décoration ; ce sont là des facteurs primordiaux et essentiels auprès desquels tous les autres, que l'on peut appeler extérieurs, comme l'exemple de peuples voisins ou les enseignements d'étrangers voyageurs, ont bien peu

de poids. Si donc il y a des rencontres et des rapports entre l'architecture primitive de deux peuples de race diverse et plus ou moins séparés, il y a souvent des chances pour que ces rapports soient fortuits ; ils sont dus à des conditions, à des circonstances identiques dans le développement intellectuel ou artistique des uns et des autres.

Mais, en ce qui concerne l'Ibérie, on doit constater un fait assez gros de conséquences. Grâce aux travaux des savants espagnols ou étrangers qui se sont intéressés à ce qu'on a appelé les âges préhistoriques de l Espagne et du Portugal, on connaît assez bien l'état de civilisation des primitifs habitants de la Péninsule aux âges de la pierre, du bronze et du fer ; ce que l'on a beaucoup moins étudié, ce que l'on connaît fort mal, ce sont les débuts de l'histoire, la protohistoire succédant à la préhistoire ; c'est toute la période qui s'étend depuis la naissance des premières cités, au sens élevé du mot, jusqu'à la conquête romaine, et que j'appellerai, sans prétendre d'ailleurs trancher par ce mot une foule de questions ethnographiques et géographiques, la période ibérique. Il y a là une suite de siècles obscurs, qui certes ont laissé des témoignages et des monuments ; et ces monuments, dont la plupart, il faut le dire, sont mystérieusement enfouis sous l'exhaussement du sol, mais dont quelques-uns sont faciles à retrouver, à explorer, à étudier, demeurent ignorés ou dédaignés des archéologues espagnols, qu'attirent des souvenirs plus récents ou plus clairs.

Le nombre est très grand en Espagne, surtout, à ce qu'il me semble, dans les bassins du Betis et des fleuves côtiers de la Méditerranée, de ce que les indigènes appellent ici des Despoblados, là des Villares ou Cas- Hilares. Ce sont des ruines de villes quelquefois fort étendues, dont quelques-unes se reconnaissent très clairement pour des ruines romaines, et dont le nom romain peut être *re trouvé d'ordinaire, dont beaucoup sont purement ibériques et semblent même, peut-être parce qu'elles étaient complètement abandonnées à l'époque romaine, n'avoir jamais subi le moindre contre-coup de la civilisation des conquérants \

i. C'est là que réside une part de l'intérêt étaient déjà désertes sans douteavant le v c siècle

des ruines dont je vais dire quelques mots. de l'ère antique, de même que celles dont parle

Comme les stations dont elles sont les restes souvent FeslusAvienus, elles nous donnent un

L ARCHITECTURE

Pour ne parler que de ce que j'ai vu de mes yeux et visite avec soin, je puis citer dans la seule région du Cerro de los Sanlos, cette colline de la province d' Atbacete que d'exceptionnelles trouvailles ont rendue illustre, et dont j'aurai sans cesse à m'occupcr, je puis citer le Villar, sur la route de Bonete a Corral Rubio; los Caslillares (Fig- i), au nord-ouest de ce même village de Bonete, et plus loin, perdus dans les replis de la

Sierra de Carcelen, /os Altos île Carcelen et las Grajas, et encore Coïtnlua près de Jumilla ' (Fig. -i. 'A, '\).

Ces villes, dont Tune, le Villar. est liâtic dans la plaine, dont deux au

él*t primitif. Beaucoup d'autre», i lerai en leur lieu, comme Amaieji abandonnées au Moyen Age, ou d' ne sont pasencore désertes aprÊs ai nombreuses transformations, ne d les mime* enseignements.

i. De ces ruines, les soûles, à a tance, dont il ail été parlé ancienn

celles de los Castitlares (Ceàn Bermudez. plorées).

>nt je par- Sumario de las anligSedades r-

ou Meca, hay en Eapaha). Los Caslillares, los Altos

utres , qui de Carcelen el las Grajas ont été récemment

iir subi de l'objet d'une description de M. Pierre WalU

nnenl pas qui les visita en septembre 1899 avec notre ami commun l>, Pascual Scrrano, de Bonete,

a connais- eUvecmoi .'Bulletin hispanique. II, pi 53,

meut sont Trois villes primitives nouvellement ex-

L ARCHITECTURE

contraire sont plantées sur des sommets abrupts, tos Castillares et Coïmbra, tandis que los Altos de Carcelcn et fas Grajas sont établis sur des flancs cultivés de montagnes, durent être fondées et peuplées à des époques extrêmement lointaines. Sans doute on n'y recueille rien qui rappelle les stations préhistoriques du genre de celles qu'ont étudiées MM. Car tailhac et Siret ' ; le choix des sites, le nombre très considérable des

Fie. 4. — Porte de U muraille éboulée de Coïmbra,

maisons groupées étroitement, la disposition par rues et par quartiers, la symétrie des différentes pièces qui constituent une même demeure, l'usage de puits ou de citernes, tout montre un état de civilisation déjà avancé, et, à ne considérer que le plan général des édifices, on dirait des villes presque modernes ',

Pour prendre un exemple, voici comment M. Pierre Waltz décrit la ville

i. Emile Cartailhac, tes âges préhistori- a, M. Pierre \Valtz(ar(ic-/eci(e)nolepour-

ques de l'Espagne et du Portugal, Paris. lant qu'on a recueilli aux Castillares une

■ 886; Henri el Louis Sirel, Les premiers sorte de râpe préhistorique en pierre, servant

âges dit métal dans te Sud-Est de l'Es- h pulvériserleagrains. et Iroisballss de pierre,

pagne, Anvers, i88~. peut-être des fusaioles,

L ARCHITECTURE

et quelques maisons de las Grajas, d'après les notes que nous prîmes ensemble : « La superficie de cette ville est considérable ; elle occupe toute la largeur d'un vaste dos d'âne et s'y étend sur une longueur d'environ 700 à 800 mètres. De loin, on n'y aperçoit qu'un amoncellement énorme de roches grises, ici entassées confusément, là éparses à la surface du sol. Cependant, à un examen plus attentif, les maisons se distinguent nettement les unes les autres ; on reconnaît même à certains endroits deux files d'habitations très régulièrement disposées, séparées par une avenue large et droite : on peut en suivre une assez grande longueur, puis elle se perd dans les herbes et dans les rochers : les

Fie. 5. — Une maison de Las Grajas.

maisons semblent alors pressées sans ordre les unes contre les autres, de manière à remplir tout l'espace disponible. La place des murs extérieurs et des cloisons se reconnaît encore avec assez de précision pour que nous ayons pu lever le plan de quelques-unes de ces maisons. Leur forme est souvent rectangulaire, pas toujours cependant. Ce qui frappe au premier abord, c'est leur grandeur : l'une de celles que nous avons mesurées (Fig. 6) n'a pas moins de 19 mètres de large sur i7 m ,5o de long, et ce n'est pas une exception à las Grajas. L'épaisseur des murailles est bien en harmonie avec ces dimensions considérables ; dans la même maison, la largeur du mur extérieur est de 1 mètre, et celle des cloisons n'est souvent pas moindre. La structure en est très imparfaite : ces murs sont faits de grosses pierres, que de primitifs architectes ont apportées et placées

parallèlement les unes aux autres ; puis ils ont rempli les interstices avec un blocage très irrégulier, où l'on ne retrouve pas la moindre trace d'un ciment ou d'un mortier quelconque.

<( La disposition de ces maisons apparaît encore nettement, grâce à l'état de conservation relativement bon de ces murailles. Quelques-unes

Fie 6. — Une maison de Las Grajas.

sont fort simples : un vaste rectangle avec une seule porte sur un des longs cotés ; à l'intérieur, une cloison, avec une autre porte correspondant à la première, sépare l'habitation en deux chambres, un vestibulç et une grande salle (Fig. 5). D'autres ont une économie plus compliquée : celle dont nous avons déjà indiqué les dimensions, de forme un peu irrégulière, comprend une vaste pièce (i4 m sur î3 m ,5o) avec deux entrées; puis trois petites chambres, dont deux communiquent avec la grande salle;

L ARCHITECTURE

la troisième forme comme une aile sur le côté droit de la maison et communique seulement avec la petite chambre contiguë : cette dernière contient les restes d'un puits, chose fréquente à las Grajas. Ce sont là deux habitations de genre fort différent : dans la première, la même pièce, qui en occupe la majeure partie, servait sans doute à tous les usages domestiques, comme cela se voit encore chez bien des gens d'humble condition. Dans la seconde, les petites chambres du fond, sans portes

Fie. 7. — Une maison de Las Grajas.

donnant sur la rue, devaient être des magasins ou des greniers, où Ton serrait des objets de toute sorte, et la pièce de devant, n'étant plus encombrée, était alors une espèce de salle d'honneur ou de festins (Fig. 6).

« Les types de maisons sont d'ailleurs fort variés. 11 y en a qui se composent de deux chambres, dont la plus petite, située par derrière, contient le puits. D'autres présentent une disposition analogue à la grande habitation que nous avons décrite, avec, en plus, un vestibule, précé-

i o l'architecture

dant et protégeant la salle ; le fond est occupé par doux petites pièces, et le puits est dans celle de gauche (Fig. 7) \ »

Malgré ce soin, et je puis dire ce talent à tracer des plans réguliers et logiques, maints détails révèlent la haute antiquité de las (irajas et des stations analogues. Ainsi, chose curieuse, dans plusieurs de ces ruines, il m'a été impossible de recueillir le moindre fragment de céramique, et ce fait est fort notable dans un pays où l'industrie de la terre cuite a été, comme nous le verrons, très florissante. Dans d'autres, les tessons grossiers sont de fabrication locale, sans aucune imitation, sans aucune allusion à une industrie étrangère quelconque. Dans l'un et l'autre cas, n'y a-t-il pas l'indice d'une époque très reculée? 11 faut ajouter, et ceci surtout a de l'importance, que la construction même est d'un type très particulier. Les matériaux employés sont des pierres brutes ramassées au hasard dans les campagnes voisines, ou apportées de la carrière et employées telles quelles. On n'a pris aucun soin de les tailler. Parfois seulement, et à titre exceptionnel, l'ouvrier les a vaguement équarries, parexemple pour en faire un seuil ou un montant de porte. Les dimensions des blocs sont des plus modestes, et il en est bien peu qu'un homme n'arrive à manier sans grand cflbrt. Ils étaient simplement superposés, sans aucun lien de mortier ou de ciment, autant qu'on en peut juger dans l'état actuel, car les murs se sont écroulés sur euxmêmes et les pierres forment comme des lignes irrégulières de gravats amoncelés ; il n'y avait aucun souci de disposition par assises ; les surfaces des murailles n'étaient pas ravalées, et je n'ai remarqué nulle part le moindre débris d'enduit ou de stucage. Je n'ai rien noté qui permette de se faire la moindre idée de la façon dont les maisons étaient couvertes, et je doute même qu'une exploration plus approfondie que la mienne, faite par un architecte compétent, fournisse sur ce point essentiel des renseignements utiles. Mais le peu d'observations que je viens de noter ici suffit à établir, outre l'antiquité reculée de ces ruines, leur com-

1. P. Waltz, art. cité, p. 1 56 et s. Nos Radet, Directeur de celte Revue, qui a si obli-

figures sont empruntées au Bulletin hispa- geamment mis tous les clichés qui pouvaient

nique. Je liens à remercier mon camarade m'etro utiles à ma disposition.

L ARCHITECTURE

plète originalité, je veux dire que les procédés de cette architecture rudimentaire ne semblent rien devoir à aucun enseignement étranger \

Ces villes — la remarque doit être faite — sont situées assez loin dans l'intérieur du pays, à grande distance des côtes de la mer. Si les unes ont été défendues à la fois par leur position naturelle et par une enceinte de fortes murailles, les autres semblent avoir été toujours des villes ouvertes *. De toutes façons, les attaques qu'elles avaient à subir devaient être peu dangereuses, car le soin de la défense ne semble pas avoir préoccupé beaucoup les habitants.

Au contraire, gagnons les rivages delà Méditerranée. Là, la crainte des pirates aussi bien pour les indigènes que pour les étrangers établis dans les comptoirs, et le souci pour ces derniers surtout de conserver les positions acquises ou conquises, rendaient nécessaires des fortifications puissantes. Aussi ne faut-il pas s'étonner que dans un grand nombre de villes maritimes, à côté ou au-dessous des constructions tutélaires plus récentes, se conservent les ruines de fortifications colossales.

On a maintes fois signalé les assises cyclopéennes dont quelques tronçons forment encore une inébranlable base à une partie des murs de

i. P. Waltz, art. cité.

a. Si le Villar a eu des fortifications, elles sont actuellement détruites, ce qui s'explique, parce que la ville était située dans une plaine cultivée, et que les travaux de la campagne sont les ennemis des ruines. Je n'ai pas non plus constaté d'enceinte bien certaine à los Altos de Carcelen nia las Grajas. Au contraire, los Caatillares sont très red ou table ment fortifiés. a C'est une colline élevée et massive, dit M. Waltz; les pentes, abruptes et rocheuses, se rejoignent en formant, dans la partie septentrionale, un dos d'âne assez étroit; vers le Sud, une dépression se produit, et un plateau relativement large s'étend, surplombant les flancs de la colline. C'est surtout vers les bords de ce plateau que les rochers

s'amoncellent, et donnent au Cerro un aspect imposant et sauvage. En s'approchant, on reconnaît sans peine que ces blocs ont été taillés par la main de l'homme; ces masses rocheuses sont des murailles; ce sont des remparts formidables qui protégeaient une acropole primitive (article cité, p. i54). » Quant à Coïmbra, d'un côté la montagne est coupée verticalement à une hauteur vertigineuse, d'où la vue s'étend sur un merveilleux panorama ; de l'autre, où la pente est assez raide sans être abrupte, l'arrivée est défendue par des murs doot nos photographies donnent une juste idée ; ils ne sont pas construits en appareil cyclopéen, mais devaient être pourtant fort solides et capables de braver les assauts (Fig. 3, 3 et 4)>

L ARCHITECTURE 13

Gérone V Réduites à une longucurde quelques mètres et dissimulées loin de la voie publique, non signalées du reste par les guides à la curiosité des touristes, ces murailles, dont je puis donner ici l'image grâce a l'amabilité de M. Botet y Sisds (Fig. 8 et 9), n'ont pas l'illustration de celles de Tarragone, cette antique citadelle. Celles-ci, dans leur partie la plus ancienne, sont indubitablement très antérieures à la domination

Fie 10. — Base cyclopéenne du mur d'enceinte de Tarragone.

romaine. Elles sont construites en énormes blocs irréguliers, entassés sans ordre, à la façon primitive. A peine ceux qui les ont superposés ont-ils pris le soin que la surface extérieure de leur assemblage ne soit

1. L'illustre Marlorell, dans ses Apuntts quelques-uns ayant seulement l5 ou 30 centi-

arqucoliigicos (p. 117), donne quelques dé- mitres; Marlorell pense que ce sont peut-être

lt.il» tur les restes cjclopéens d* Gérons; il a des restaurations très postérieures a la coq -

mesuré des blocs dont la longueur varie de slruction du mur; mais plutôt il faut y re-

1 mètre a 3 m ,6o, et la hauteur de 5o centi- connaître un simple blocage, suivant le système

mètres a im.8o. Ces pierres sont entassées bien connu. La partie eyelopéenne de la mu-

sans ordre, selon leur dimension ellcur forme; raille mesure encore par places 5 mètres de

entre elles sont insérés de plus petits éléments, haut.

i4 l'architecture

pas bossuée de trop fortes saillies. Mais ils ne se sont pas préoccupés de les établir par couches à joints horizontaux, et ils ont usé largement du système de blocage qui insinue des pierres menues entre les rocs de grandes dimensions, afin de boucher les vides trop apparents et d'assurer l'équilibre. Les vues que je donne ici des parties les plus caractéristiques de l'enceinte me dispensent d'insister trop longtemps (Kig. 10 à 16). Je veux pourtant attirer l'attention sur ce fait, que les hommes

Fie. il. — Poterne cycli>i>éennc dp Tarragone (près du T orrai jn de l'ilatos).

qui ont construit ces fortifications savaient au besoin tailler la pierre, la couper à angles vifs et dresser un parement, puisqu'ils l'ont fait pour établir solidement ces portes basses, mais singulièrement vigoureuses, qui font l'étonncment du visiteur, et dont les montants trapus et les puissants linteaux monolithes donnent une telle impression de forte et mystérieuse antiquité ' (Fig. 11, 12, i3). De plus, ces constructeurs avaient cerlaine-

I. L'une dei plus importantes de ces po- Ainsi que l'indique une inscription intérieure,

ternes est celle qui se trouve dans l'enceinte du elle a été découverte en i8tS8.

Sud, près du Torrenn de l'ilato* (Fig. 1a). 1871. Voici quelque» mesure

i3. — Poterne cjclopéi

L ARCHITECTURE

nement des idées qui dépassaient leur adresse matérielle, car ce n'est pas seulement au pied du mur courant que se trouve le puissant appareil cyclopéen, mais encore h la base des bastions carrés qui forment saillie, et l'existence de ces bastions prouve un plan prévu et raisonné (Fig. i4 et i5). Ceux qui, à des époques plus récentes, ont occupé la forteresse, et plus tard encore les Romains, n'ont pas cru devoir faire autrement, ni peutêtre même faire mieux ; car au-dessus de ces assises colossales posent des murailles qui font avec elles le contraste le plus profond et le plus frappant, et si quelques parties de ces murailles, par exemple celles où presque chaque pierre porte un signe d'assemblage formé d'une lettre ibérique 1 (Fig. 16), sont encore l'œuvre des indigènes et datent seulement d'une époque plus récente, par dessus cet appareil régulier, symétrique, à joints uniformément verticaux ou parallèles, se sont établis des murs de construction romaine sans aucun doute.

A Sa go ri te l'attention des archéologues s'est surtout portée sur l'enceinte continue des remparts romains, visigothiques et arabes qui découpent au sommet de la montagne leur élégante et robuste silhouette. Certains prétendent bien que dans cette enceinte même il y a des restes de murs cyclopéens ; mais je crois avec le D r Chabret, le sagace historien de l'illustre ville, qui connaît les moindres pierres du Castillo, que c'est là une erreur. L'ordre et la symétrie avec lesquels les blocs, fort gros il est vrai, sont disposés, le travail plus ou moins habile des ouvriers, prouvent qu'il faut rapporter la construction, même dans ses parties les plus anciennes, à une époque relativement récente. Mais au sud-ouest du Castillo, en face de la Batterie du 2 Mai, sur la pente raide qu'accidentent les éboulis de la forteresse, se dressent encore deux tron-

cette inscription ; elles donneront l'idée de la puissance de ces constructions :

Épaisseur du mur: 5 m ,7o;

Hauteur de la porte : i 1 *,^;

Hauteur maxima à l'intérieur: a m ,5o.

Le premier linteau de la façade est long de 3 D \8o et haut de i m ,io; il pèse 19 i36 kilogrammes; le second, en arrière du premier, long de 3 m ,68 et haut de i m ,5o, pèse 27 437

kilogrammes.

1. Sur ces lettres, voy. E. Hùbner, Monumenta lingua ibericx, p. 1/16, XI, et les auteurs qu'il cite. Pour l'illustre professeur de Berlin, la partie de la muraille où sont gravés ces caractères est de l'époque des Scipions : « Partem literis ibericis distinctam puto opus Scipionum esse. » Au contraire la partie la plus élevée serait de l'époque impériale.

L ARCHITECTURE

çons d'une enceinte plus antique 1 (PI. II). D'énormes rochers bruts, irréguliers, amoncelés les uns sur les autres sans souci que les joints se correspondent ni que la face extérieure soit ravalée, entre lesquels s'insèrent des pierres plus petites, tranchent par leur couleur sombre, presque noire, sur le terrain clair hérissé d'aloès et sur les murs dorés de l'époque romaine; ils semblent les témoins séniles d'une lointaine civilisation barbare, et leur entassement, véritable travail d'Hercule, rappelle heureusement les vers de Silius Italicus :

Haud procul herculei tollunt se litore mûri, Clementer crescenlejugo, quis nobile nomen Conditus excolso sacra vit colle Zacynthos 2 .

Ce n'est pas seulement sur les côtes de la Méditerranée que des constructions cyclopéennes ont été signalées : on en trouve des resles jusque sur les rivages les plus occidentaux de la Péninsule. M. Manuel Murguia, riiislorien de la (ïalicie, a parlé d'une lour, une tour de guet, sans doute, ou un phare, appelée la Torre de [joheira, située au sommet d'une montagne de ce nom, et dont il ne restait en i8C5 que « quelques rangées de pierres travaillées reposant sur de grands blocs de granit disposés de telle sorte qu'ils permettaient de former des chambres méritant bien l'épithèle de cyclopéennes \ »

Mais ce n'est pas seulement sur les côtes que Ton rencontre des constructions cyclopéennes. Il s'en trouve, et de fort importantes, un peu partout : les plus notables pourtant sont en Catalogne, en Andalousie et en Portugal. On doit à Martorell une description fort précise et d'un haut

i. M. Chabret, Historia de Sagunlo, II, p. ii, y reconnaît les restes d'une tour carrée dont la face a i3 m ,5o de longueur, mais dont on ne peut évaluer la hauteur. C'est à M. Chabret que je dois l'excellente photographie cijointe de la plus importante partie de la ruine.

a. Sil. Ital., Pun., I, 373. 11 y avait, parmi les fortifications du Castillo, presque à l'extrémité orientale, en avant de la place del Gohernador, une tour appelée Tour d' Hercule ; les Français la détruisirent en

181 1. Une tradition constante voulait qu'Hercule eût construit celte tour en commémoration de son compagnon Zacynthos, qui était enterré là (Chabret, op. laud., p. 3i, note 3). Je ne connais aucune description de ce monument perdu qui puisse aider a en reconnaître le style, et l'hypothèse d'une construction cyclopéenne n'est que très vraisemblable.

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