‹ Essai sur l'assitance publique, sun histoireChapitre 26 sur 89 · Épict., Frag, apud Siob,, cix · texte numérisé non relu

Épict., Frag, apud Siob,, cix

tiquité, qui n'imposait à Thomme de devoirs qu'enveirs un parent ou un ami, mais non envers tout homme, par cela seul qu'il est homme.

Le moraliste va plus loin encore : il loue la pauvreté volontaire et prêche la philanthropie : « Non pauperias molestiam facit^^ sed cupiditas ; neque diviliœ a melu libe-rant^ sed ratio» Si igitur raiionem tibi comparateris^ neque divitias concupisces^ neque pàupertatem incmabis. »

— a Ou^àv ;çp8Tff<rov [/.SYoXocppocTuvrjÇ, xa\ ^{jicponriTOç, x** cptXav-

Évidemment Épictète, qui proclame si haut Tégalitë des hommes, devait condamner l'esclavage; et sa morale eût été saris reproche, si elle n'eût, hélas! péché par la base; car il la fonde sur l'égoïsme du sage (a^roôsia), et, par la négation de l'immortalité de l'âme, il ne lui donne aucune sanction future, ni par suite aucune rai* son d'être sur la terre 2.

Telle est la philosophie qui marqua l'époqUe des Antonins -et qui, avec Marc-Aurèle, s'assit sur le trône des Césars. Quels en furent, au point de vue de la bienfaisance, les résultats pratiques? C'est ce que nous devons rechercher.

Mais auparavant il faut essayer de nous rendre compte d'une autre doctrine, d'une autre influence qui depuis quelque temps s'était levée sur le monde, et qui, aux

-1. Épict., Frag, apud Stob., xxv, li.

2. Épict., Entreliens, liv. m, ch. 22, 23; liv. iv, cb. 7. — les Entretiens d'Épktète, traduits par V. Courdafeaux, préf., p. 46.

yeux des païens, grandissait d'une manière inexplicable.

La deuxième année du règne de Claude, quarantetrois ans après la mort, à Jérusalem, d'un juif nommé Jésus, un homme arrivait à Rome qui s'appelait Pierre.

Et cet homme prêchait une doctrine étrange. Il disait que son Maître était un Dieu venu pour sauver le monde, et il répétait après lui : « Il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi ; et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Ne faites pas vos bonnes œuvres pour être regardés des hommes, autrement vous .n'en recevrez pas la récompense de votre Père qui est aux cieux. Lors donc que vous donnerez l'aumône, ne faites pas sonner la trompette devant vous, comme font les hypocrites, dans les synagogues et dans les rues, pour être honorés des hommes. Je vous le dis en vérité, ces genslà ont reçu leur récompense. Mais que votre main droite ignore ce que fait votre main gauche, afin que votre aumône soit dans le secret, et que votre Père qui voit tout vous en donne la récompense * . »

Cette doctrine semble se heurter contre tous les intérêts et toutes les passions : au pauvre, elle défend d'envier la fortune et les biens du riche; au riche, elle prescrit de donner volontairement au pauvre-, à l'esclave, elle prêche la soumission et l'obéissance-, au maître, la liberté et l'afiranchissement.

Mais aussi elle enseigne qiie tous les hommes ont été cré^s par Dieu, qu'ils sont paï suite tous frères et qu'ils doivent s'aimer les uns les autres 5 elle affirme l'immortalité de l'âme, l'existence d'une vie future et éternelle

>!. S. Matthieu, cb. V, v. 43, 44, 46; ch, VI, v. 4, 2, 3, 4.

qui doit être la sanction du bien ou du mal accompli sur la terre, la réparation des inégalités et des injustices du temps.

La nouvelle religion, prêchée librement dans les rues et sur les places, fit en peu de temps de rapides progrès ; ses partisans furent bientôt en butte à la haine des païens, qui ne les voyaient jamais assister au culte des dieux ; et Néron ayant jugé à propos de rejeter sur eux ridée qu'il avait eue dincendier la ville, la première persécution commença. Le grand- nombre des martyrs prouve le grand nombre des chrétiens^ déjà ils s'étaient répandus dans toutes les classes de la société, mais surtout parmi les petits et les pauvres, car le Christ et ses disciples, au rebours des philosophes qui n'avaient pour le vulgaire, incapable de les comprendre, que le plus profond mépris, s'étaient tout d'abord adressés à ces déshérités du siècle.

C'est alors aussi que la philosophie se ^releva à Home et que ses docteurs enseignèrent une morale plus pure. Doit-on voir là un reflet du christianisme? C'est ce dont il n'est guère permis de douter, et c'est ce que reconnaissent presque tous les historiens. « Une cause secrète et continue répandait la pitié dans l'univers ; le monde ne voyait pas la source de ce changement, elle se cachait dans les retraites obscures du christianisme naissant, elle était entretenue par les soins, par la charité de ces hommes nouveaux qui recueillaient les esclaves infirmes rejetés par leurs maîtres, les enfants exposés par leurs parents, les pauvres mourant de faim à la porte des Trimalcions de Rome^ »

i. Ylllcmain, De la philosophie sloïqne et du christianisme, p. C2.

Il est impossible que les moralistes romains niaient pas connu les principes de la religion nouvelle, et, puisque nous avons parlé de Sénèque, il semble certain qu'il s'est inspiré de renseignement de saint Paul; on retrouve dans ses écrits des pensées et des textes chrétiens, et il est fort probable même que le philosophe eut avec Tapôtre des relations directes et suivies*.

Du reste, qu'avons-nous besoin de ces rapprochements? Deux doctrines paraissent en même temps : Tune forme un tout complet, elle sait ce qu'elle ordonne et pourquoi elle l'ordonne, elle a sa philosophie et sa morale, ses dogmes et ses préceptes clairs, nets, précis ; l'autre découvre péniblement quelques lambeaux de vérité mêlés à des erreurs si grossières qu'elles font sourire; ^évidemment la seconde a dû s'inspirer de la première et s'éclairer de ses rayons.

« Nous pouvons en être sûrs, c'était la prédication chrétienne, qui de bien loin, par bien des intermédiaires, par bien des échos plus ou moins fidèles, par bien des bouches de philosophes, de moralistes et de rhéteurs, par bien des Sénèques, bien des Épictètes, bien des interprètes inexacts et involontaires, était montée jusqu'au Palatin. C'était la parole d'un Paul, d'un Jean , d'un Clément , prononcée tout bas au fond de quelque réduit creusé dans le tuf des catacombes, qui de là s'était répétée dans la rue, dans la boutique, dans l'école, dans le gynécée, dans la maison du riche, dans le palais du prince. Et Trajan l'idolâtre, Trajan le per-

-1 . On a écrit sur ce curieux point d'histoire de nombreuses dissertations. Voir surtout ; Saint Paul et Sénèque^ par M. Fleury. — M. Wallon {But. 4e l'Escl.y tom. III, part, m, ch. ^, p. ^2) et Troplong (Infl. du Christ., ch. 4, p. 78) croient à l'influence du christianisme sur Sénèque.

sécuteur, Traijan le soldat ambitieux et corrompu dans ses mœurs, Trajan obéissait, sans le savoir, à Celui qui a^ait dit : Laissez venir à moi les petits enfants^. »

Voyons donc quelles furent ces mesures de Trajan, conformes sans doute à la politique et à Tutilité sociale, mais inspirées aussi, nous le croyons, par un sentiment de bienfaisance et d'humanité.

Et, remarquons-le en passant, ces sentiments, si communs aujourd'hui, étaient alors si inconnus aux Romains qu'ils n'avaient même pas de mots pour les exprimer. Humanitas ne voulait guère dire que politesse et bonnes manières, et charitas^ amitié, plaisir des relations sociales. Le christianisme changea ces significations, il apporta au monde ce mot de charité^ qui, par une alliance d'idées bien remarquable, signifie à la fois l'amour dû à nos semblables et le secours, l'aumône que nous leur donnons dans leurs besoins.

Quand les empereurs faisaient des largesses au peuple, ils s'étaient jusque-là fort peu préoccupés des enfants, par la raison très-simple qu'ils n'avaient rien à craindre d'eux. Trajan semble partir d'un principe tout contraire, et c'est ce qui fait la nouveauté et le caractère particulier de ses dispositions; non-seulement il admet aux libéralités de Rome les plus jeunes enfants, mais il étend ces mesures à l'Italie, et il veut en faire une institution durable.

\. F. de Champagny, Les Antonins, tome I^ Ht. ii, ch. 3.

Nerva, il est vrai, Tavait précédé dans cette voie, mais Trajan déploya dans l'organisation de ces secours un zèle si grand qu'il peut en être regardé comme le véritable fondateur. C'est d'ailleurs à son règne que se rapportent les deux inscriptions dont la découverte a jeté sur ces fondations un jour si nouveau et si intéressant.

La première de ces Tabulœ alimentariœ^ et la plus importante, fut découverte en 1747 par des paysans italiens, aux environs de Macinesso, non loin de Plaisance, sur le territoire de l'ancienne ville de Velleia. C'est une table de cuivre gravée en l'an 104, qui porte une trèslongue inscription dont voici le titre*.

OBLIGATIO PRAEDIORVM

OB • H-S • DECIEiXS QVADRAGINTA-

QVATVOR • MILLIA VT • EX • INDVLGENTIA-

OPTIMI MAXIMIQVE • PRINCIPIS •

LMPCAESNERVAE-

TRAIANI AVG GERMANICI • DACICI • PVERI •

PVELLAEQVE ALIMENTA ACCIPIANT • LEGITIMI •

N CCXLV m ' SINGVLOS • H-S • XVI • N F H-S

XLVII • XL N • LEGITIMAE • N • XXXIV • SING H-S • XII • N • F • H-S • fV • DCCCXCVI •

SPVRIVSL

H-S CXLIV SPVRIA I • H-S • CXX •

SVMMA- H-S • LÏÏCC •

QVAEFIT VSVRA- I-Z SORTIS SVPRA

SCRIBTAE •

'l. Elle occupe vingt-quatre pages in-i'^ dans l'ouvrage de M. E. Desjardins, De Tabulis alimeniariis.

fc •»

Qtiel était donc le moyen ewployé par Trajan pour assurer aux enfonts des villes d'Italie des seeours qui ne leur fussent pas ravis ou qui ne fussent pas dilapidés?

L'empereur aurait pu confier ces fonds, avec mission de les distribuer, à Tadministration de chaque ville; mais, nous dit Pline, « Numeres reipablicœ summam^ verendum est ne dilabatur. Des agros? Ut publici^ negli-' genturK » Il aurait pu donner des fonds de terre, mais bientôt ils eussent été incultes, comme Tétaient les terrains de TÉfat.

Par une ingénieuse combinaison, Trajan prête à de simples particuliers, à des propriétaires ruraux, une somme considérable, garantie par une hypothéqué au moins décuple, et à charge par les emprunteurs d'employer l'intérêt, fixé à un taux fort minime, à Tentretien des enfants pauvre^ de la ville.

Par ce moyen, le prince donnait à sa fondation la sûreté d'un contrat entre particuliers, la garantie de la justice civile et la perpétuité d'une rente immobilière.

Ainsi, d'après le principium de la table de Velleia, l'empereur avance 1,044,000 sesterces (261,000 fr.), devant produire, au taux très-modique alors de 5 7o7 un intérêt annuel de 52,200 sest. (13,050 fr.), destinés à nourrir 281 enfants pauvres du territoire de Velleia.

Ces 281 enfants comprennent 245 enfants mâles légitimes, qui doivent recevoir chacun 16 sest. (4 fr.) par mois, ce qui fait 47,040 sest. par an ; 34 filles légitimes recevant 12 sest. (3 fr.) par mois, en tout 4,896 sest. par an; plus 144 sest. par an pour un garçon illégitime,

4, Pline, Epit., IW. VII, ép. >I8.

et 120 pour une fille illégitime, ce qui fait exactement 52,200 sest., intérêt à 5 7o àe la somme prêtée.

Le prêt est fait à 51 propriétaires et garanti par une hypothèque sur des domaines ruraux, dont la longue énumération remplit tout le reste de Tinscription.

De plus, la septième colonne de la table contient une seconde obligation : pour un capital de 72,000 sest. on s'engage à payer par an 36,000 sest. qui doivent servir à Tentretien de 18 garçons légitimes et d'une fille illégitime. C'est donc en tout 1,116,000 sest. (279,000 fr.), dont le revenu, 55,800 sest. (13,950 fr.), doit faire vivre 3Q0 enfants.

L'intérêt devait être remis par ces propriétaires à des magistrats spéciaux, soumis à une organisation hiérarchique. Dans chaque cité était un quœstor alimentorum^ choisi parmi les personnages ayant rempli les plus hautes fonctions, et chargé de répartir lea secours entre les enfants. Au - dessus , probablement dans chaque région, se trouvaient les cUratores ou procuratores afimentorum^ qui obéissaient à leur tour au prœfectus alimentorum^ placé immédiatement. au-dessous de l'empereur. . s

Ce dernier fut supprimé après Trajan, et les procuratores devinrent les premiers de la hiérarchie.

L'inscription de Bénévent, ou plutôt des Ligures Bœbiani^ date de l'an 101 ^ elle est moins complètement lisible. On y voit qu'un capital de 401,800 sest. est avancé à 66 propriétaires, et doit produire 10,045 sesterces au taux, encore plus minime cette fois, de 2 1/2 7o- Ce revenu est destiné à l'entretien d'enfants des deux sexes, dont il est impossible de déchiffrer le nombre.

Cette table reproduit absolument les dispositions de celle de Velleia; de plus, elle indique que cette fondation est la neuvième faite par l'empereur; ce qui, depuis Tannée 97, date de Tadoption de Trajan, ferait à peu près deux fondations semblables par an. D'après cela, £n tenant compte du territoire de Velleia, on a pu conjecturer que Trajan a dû prêter aîhsi à la propriété foncière 13,113,000 f., produisant un revenu de 655,650 f., qui pouvait assurer l'existence de 14,000 enfants environ.

Cette mesure devait avoir deux résultats excellents : encourager la culture trop délaissée, et repeupler l'Italie en secourant les enfants pauvres, que leurs parents abandonnaient ou faisaient mourir avec une facilité que nous ne comprenons plus. Remarquons-le en efifet : ce n'est plus là ces distributions légales qui rendent le travail inutile et sont une nouvelle cause de misère; non, le secours est donné à des enfants, pwm puellœque^ à des enfants nés de parents libres, à des enfants légitimes, toutefois en y ajoutant, par un sentiment de pitié, quelques enfants de naissance irrégulière; de plus, le secours est assez bien proportionné pour assurer à peu près la subsistance de chaque enfant, sans dispenser ses parents de travailler pour lui fournir les autres choses nécessaires à la vie. Il faut reconnaître que ces mesures excellentes sont admirablement combinées, et c'est sans trop d'exagération qu'un auteur moderne a pu dire, dans' un langage d'une tournure antique, que de nos jours la bienfaisance n'avait peut-être rien produit de meilleur : a Nihil apud recentiores, ne hodierno quidem die apud nos^ quanqnam^ publicœ liberalilatis consecralriœ eadem et socia^ sanctissima religio mcujcima bénéficia in cives egenos

5d PREMIÈRE PARTIE.

contuîit^ isla veterum imtitutione melius excogitatum fuisse mihi videtur^. »

Ces sages et libérales mesures nous font comprendre les inscriptions et les médailles qui relatent les actions de grâces rendues à Tempereur par les Jeunes garçons et tes jeunes filles Vlpiens^ car, par une sorte d*adoptiontouchante et jusqu'alors sans exemple, le prince, non content d'assurer la vie des enfants de l'Italie, avait voulu leur donner son nom et prouver ainsi la sollicitude particulière qu'il avait pour eux. ,

Cette fois, certes, l'empereur méritait ces louanges ; d'autant plus que les grands, comme il arrive toujours, ne tardèrent pas à vouloir l'imiter. Le premier, et peutêtre le meilleur d'entre eux, Pline le jeune, dans une lettre fort curieuse, destinée sans doute, comme toutes les autres, à une publicité plus étendue et plus durable que celle d'un petit cercle d'amis, nous raconte ses propres libéralités et le pioyen qu'il employa pour les assurer à sa ville natale 2. C'est, du reste, le même que celui dont s'était servi Trajan, satif que Pline se grève lui-même de la rente.

Ayant promis à la ville de Côme 500,000 sest. pour servir à Tentretien des enfants pauvres, il mancipe à l'agent du fisc municipal (actor publicus) un fonds d'une valeur beaucoup plus grande, puis il se fait céder le même fonds par un contrat de louage perpétuel, aux termes duquel il s'oblige à payer à la ville un revenu annuel de 30,000 sest.^ Comme cette somme est bien

4. Ernest Desjardins, De TaHlis alimentariis, pars II, cap. i, § 5.

2. Pline, Epit., liv. VII, ép. ^8, et aussi I, 8; II, 5; V, 7.

3. Les champs ainsi loués par les \illes à perpétuité s'appelaient agri vec-

inférieure à celle que peut produire le fonds, qui d'ailleurs est un fonds italique, et comme tel exempt dlmpôt, on peut être sûr qu'il ne manquera jamais de maître pour le faire valoir. « Je sais bien, ajoute Texcellent homme avec ce ton de vanité modeste qui lui est familier, je sais bien que j'ai ainsi plutôt aliéné une partie de mon patrimoine que fait un simple don ; mais il faut préférer le perpétuel au viager et Futilité publique à rintérêt privé. »

D'après les ctiffres de Tinscription de Velleia, Pline pouvait assurer ainsi l'existence de 180 enfants. Il est probable que les libéralités de ce genre se multiplièrent, soit qu'on les fit par donation entre vifs ou par testament, car nous voyons au Digeste que, d'après une décision de Septime-Sévère et Câracalla, les legs faits pour l'entretien des enfants, ad alimenta puerorum^ devaient être soumis à la loi Falcidia^ c'est-à-dire respecter la quarte légitime, les sommes devaient être placées sur des débiteurs solvables et le gouverneur de la province devait y veillera

C'est toujours, comme on le voit, la même pensée, pensée excellente, et qui par suite devait produire des résultats durables, mais pensée qui devait paraître bien extraordinaire aux vieux Romains, et qui prouve l'ordre d'idées nouveau dans lequel le monde commençait à entrer.

tigaUs. Dig., Si ager vecligalis, id est emphyieuticarius, petaiur, loi 3, pr. — Ce contrat ne différait guère du contrat d'emphytéose ; les deux termes s'employaient l'un pour l'autre; mais au temps de Pline le premier était seul Hisité. ^. Dig., Àd legem Falcidiam, loi 89, pr.. Ht. XXXV, tit. ii.

5d PREMIÈRE PARTIE.

contuîit^ isla veterum imtitutione melius excogitatum fuisse mihi videtur * . »

Ces sages et libérales mesures nous font comprendre les inscriptions et les médailles qui relatent les actions de grâces rendues à l'empereur par les jeunes garçons et tes jeunes filles Vlpiens^ car, par une sorte d*adoptiontouchante et jusqu'alors sans exemple, le prince, non content d'assurer la vie des enfants de l'Italie, avait voulu leur donner son nom et prouver ainsi la sollicitude particulière qu'il avait pour eux. ,

Cette fois, certes, l'empereur méritait ces louanges; d'autant plus que les grands, comme il arrive toujours, ne tardèrent pas à vouloir l'imiter. Le premier, et peutêtre le meilleur d'entre eux, Pline le jeune, dans une lettre fort curieuse, destinée sans doute, comme toutes les autres, à une publicité plus étendue et plus durable que celle d'un petit cercle d'amis, nous raconte ses propres libéralités et le pioyen qu'il employa pour les assurer à sa ville natale 2. C'est, du reste, le même que celui dont s'était servi Trajan , satif que Pline se grève lui-même de la rente.

Ayant promis à la ville de Côme 500,000 sest. pour servir à Tentretien des enfants pauvres, il mancipe à l'agent du fisc municipal (actor pubUcus) un fonds d'une valeur beaucoup plus grande, puis il se fait céder le même fonds par un contrat de louage perpétuel, aux termes duquel il s'oblige à payer à la ville un revenu annuel de 30,000 sest.^ Comme cette somme est bien

4. Ernest Desjardins, De Tabulis alimentariis, pars II, cap. i, J 5.

2. Pline, Epit,, liv. VU, ép. ^8, et aussi i, 8; il, 5; V, 7.

3. Les champs ainsi loués par les villes à perpétuité s'appelaient agri vec-

inférieure à celle que peut produire le fonds, qui d'ailleurs est un fonds italique, et comme tel exempt dlmpôt, on peut être sûr qu'il ne manquera jamais de maître pour le faire valoir. « Je sais bien, ajoute Texcellent homme avec c^ ton de vanité modeste qui lui est familier, je sais bien que j'ai ainsi plutôt aliéné une partie de mon patrimoine que fait un simple don ; mais il faut préférer le perpétuel au viager et Futilité publique à l'intérêt privé. »

D'après les cÈiffres de l'inscription de Velleia, Pline pouvait assurer ainsi l'existence de 180 enfants. Il est probable que les libéralités de ce genre se multiplièrent, soit qu'on les fit par donation entre vifs ou par testament, car nous voyons au Digeste que, d'après une décision de Septime-Sévère et Caracalla, les legs faits pour l'entretien des enfants, ad alimenta puerorum^ devaient être soumis à la loi Falcidia^ c'est-à-dire respecter la quarte légitime, les sommes devaient être placées sur des débiteurs solvables et le gouverneur de la province devait y veiller * .

C'est toujours, comme on le voit, la même pensée, pensée excellente, et qui par suite devait produire des résultats durables, mais pensée qui devait paraître bien extraordinaire aux vieux Romains, et qui prouve l'ordre d'idées nouveau dans lequel le monde commençait à entrer.

tigales. Dig., Si ager vecligalis, id est emphyieuiicafius, petatur, loi 3, pr. — Ce contrat ne différait guère du contrat d'emphytéose ; les deux termes s'employaient l'un pour l'autre; mais au temps de Pliue le premier était seul Osité. 4. Dig., Àd kgem Falcidiam, loi 89^ pr.^ Ht. XXXV^ tit. ii.

Les successeurs de Trajan suivirent en effet son exemple. Adrien maintint les libéralités de son prédécesseur, et même il augmenta le chiffre de la pension annuelle ; il régla aussi différents points qui avaient été omis par lui. Ainsi, l'âge où devaient cesser les secours fut fixé à 18 ans pour les garçons et 14 ans pour les filles, faveur singulière, puisque la puberté, c'est-à-dire la fin de Tenfance, arrivait à 14 et 12 ans ^

Antonin, qui mérita le surnom de Pius^ et qui porte sur sa physionomie cette expression d'humanité^ si rare chez les païens et surtout chez les Césars 2, ne pouvait manquer de marcher sur ces traces. Après des inondations, des incendies, il distribua gratuitement des secours aux nécessiteux, mais surtout « il était de la piété impériale de marcher dans la voie que Trajan avait ouverte à la bienfaisance du prince, et d'accroître ces fondations alimentaires qu'on pourrait appeler la bonne œuvre de ce siècle-là ^. » Antonin en établit de nouvelles en mémoire de Faustine, sa femme, et nous avons des médailles des années ISO, 160, 161, où les pueri et puellœ Faustiniani rendent grâces à l'empereur qui les nourrit.

Avec Marc-Aurèle monta sur le trône ce stoïcisme transformé qui avait su allier aux vieux et âpres dogmes de la morale du Portique un principe nouveau, principe de justice, de compassion et d'amour fraternel.

4, Dig., De alimentis vel cibariis Ugalis, loi 44, § ^, li?. XXXIV, lit. i.

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