DE LA CHARITÉ CHEZ ILES CHRÉTIENS
SOMMAIRE
I. L'antiquité, qui admit l'esclavage et les combats du cirque, ne con>
nut jamais la charitér
II. G'e^t l'Église qui l'a créée et qui a réhabilité le travail.
III. Des oblations et de la collecte. — Les diacres et les diaconesses. — L'Église n'a jamais secouru que ceux qui ne pouvaient pas travailler.
Nous avons dit qu'une nouvelle religion s'était levée sur le monde, et qu'elle avilit été assez puissante ou assez parfaite pour jeter sur la philosophie païenne comme un reflet de ses enseignements. Voyons donc
quelle était cette religion, et demandons-lui ce qu'ellemême avait fait pour les pauvres. Examinons un moment ses principes et sa doctrine et la manière dont elle les pratiquait. Aussi bien il nous est indispensable de les connaître, puisqu'elle inspira toutes les mesures de bienfaisance que nous aurons désormais à étudier, et fut
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vraiment la créatrice, nous pouvons le dire dès maintenant, de la diarité publique.
Sans doute Tantiquité, l'antiquité grecque surtout, connut ces sentiments de compassion et de pitié qui résident au fond du cœur de Thomme et sont parmi les éléments mêmes de sa nature 5 mais ce qu'elle ne connut jamais, c'est cette bienfaisance active qui, non contente de donner au mendiant dont la vue importune, va chercher les malheureux pour les secourir, cette bienfaisance prévoyante qui crée des institutions et bâtit des palais pour les malades et les pauvres.
Sans doute il y eut dans les temps anciens de généreux sentiments, de belles et bienfaisantes actions; mais aussi que de théories insensées et cruelles, même, il est triste de le dire, dans les écrits des philosophes et des esprits les plus éclairés. « La philosophie antique, au milieu de ses mérites, eut le tort impardonnable de rester froide devant les maux de l'humanité. Renfermée dans le domaine de la spéculation, au profit de quelques hommes d'élite, elle fut une occupation ou un amusement de l'intelligence, jamais une tentative énergique et courageuse pour réformer en grand la société et l'arracher à ses habitudes de corruption et d'inhumanité. C'est qu'elle manqua de la vertu qui inspira particulièrement le christianisme ; la charité ^ »
Térence, il est vrai, se faisait applaudir quand il s'écriait sur la scène romaine :
tt Homo swm, humant nil a me alienum puto; »
^, Troplong, Influence du Christianisme sur le droit civil des Romains^ ch. I, p. 57.
mais Juvénal, plus sincère sans doute, disait crûment :
(c Paupertas ridiculos homines facit, n
Aussi que d'institutions contre la raison et contre la nature ^ que de coutumes sauvages au milieu de la civilisation la plus raffinée !
Qu'il suffise de citer ici Fesclavage et les combats de gladiateurs, ces deux grandes iniquités de la société païenne.
L'esclavage, ce fondement de Tordre social ancien, ce fait général admis par tous les grands esprits de Tanti- ' quité*, et qui pourtant viole les premiers principes du droit naturel en méconnaissant les droits et la fin de Thomme, qui ne peut pas être Thomme, mais qui est pieu.
Et les combats da cirque, cette eflfroyable perversion du sens moral de Thomme, spectacles innommés, où rhpmme, devenu plus cruel que les animaux, se repaissait des jours entiers de voir la chair vivante palpiter sous la dent des bêtes affamées; jeux sanglants où le gladiateur, abattu sur l'arène, implorait en vain la clémence; il voyait la main blanche des matrones romaines s'étendre vers lui renversée, et le redoutable « pollice verso » lui signifiait qu'il n'avait plus qu'à mourir avec grâce.
Après cela, avec un tel mépris de la vie humaine, comment s'étonner de ne pas trouver dans toute l'antiquité un seul asile pour les malades, les enfants, les vieillards?