‹ Essai sur l'assitance publique, sun histoireChapitre 32 sur 89 · Saint Luc, VI · texte numérisé non relu

Saint Luc, VI

dans Vagape des premiers chrétiens et la vie en commun des anciens cénobites; communisme, il faut le dire, qu'on pourra toujours prêcher sans danger, car il est , volontairement choisi et suppose trop de vertus pour devenir jamais général.

Mais la propriété, avec ses principes fondamentaux et ses conséquences légitimes, y est nettement affirmée, et si l'on peut dire que les Pères paraissent rappeler avec une sorte de regret la communauté primitive des biens, ils la rappellent au riche pour qu'il secoure le pauvre, mais jamais au pauvre pour qu'il dépouille le riche.

Quant au travail, on sait de quel mépris il avait été entouré dans la société ancienne : les esclaves seuls travaillaient. La religion nouvelle, qui tendait à l'affierachissement des esclaves*, devait relever le travail; il était, en effet, la conséquence directe de ses dogmes : la peine de la chute originelle de l'homme et la condition de son mérite futur.

11 était aussi conforme à l'économie sociale. De quoi auraient vécu, en effet, ces milliers d'esclaves affranchis tout d'un coup, s'ils n'avaient pas pu ni dû se livrer au travail manuel? Aussi rien n'égale l'énergie avec laquelle les premiers chefs des chrétiens combattent l'oisiveté orgueilleuse des riches païens, et saint Paul, qui travaillait de ses mains pour donner l'exemple, va jusqu'à dire : Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le

4. Nous ne pouvons nous arrêter sur l'histoire de l'abolition de l'esclavage; mais est-il besoin de dire que pour nous l'esclavage n'a été détruit que par l'influence de la religion chrétienne? C'est la une vérité historique que M. Havet a en vain cherché à obscurcir, mais qui est démontrée irrévocablement depuis les beaux travaux de MM. Wallon, Troplong, de Champagny, Allard.

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droit de manger; « si quis non vuU operari^ nec manducet^. »

Mais le travail ne suffit pas, il faut y ajouter la charité ; il ^ aura toujours, en effet, des gens qui ne pourront travailler, il y aura toujours des malheureux et des pauvres.

La charité est fondée sur le double principe de la fraternité humaine et de la récompense à acquérir dans une vie future. Plus parfaite que la pitié qui, au fond, ne voit que son intérêt, que la bienfaisance même, qui n'a en vue que Tintérêt des malheureux, la charité renferme un nouvel élément qui est toujours le même : Tamour. Non-seulement il faut secourjr le malheureux, mais il faut l'aimer. Ah! c'est bien là un précepte nouveau, mandaliim novum^ car il substituait à l'amour de soi, à l'égoïsme, ce vice fondamental de notre nature et de la société païenne, l'amour des autres, le renoncement de soi-même, qui devaient être la source de tant de merveilles de dévouement et d'abnégation.

La charité fut toujours la vertu capitale du christianisme, et « la foi nouvelle, dit un juge éclairé, en tirait une grande part de sa puissance. C'est l'aveu que devait faire plus tard l'empereur Julien, dans la lettre célèbre où, pour réhabiliter le polythéisme, il lui prescrivait l'imitation de la charité chrétienne. Ces maudits Galiléens, écrivait-il au grand- pontife Arsace, outre leurs pauvres, nourrissent les nôtres, qu'on voit manquer de nos secours. Cette charité que le christianisme garda toujours comme sa marque indigène, dont il se servit pour adoucir les mœurs féroces du moyen âge, et qu'il

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