Imp. Just., Novel. LXXX, cap. V
HISTOIRE. a9
mœurs chrëtieimes, la liberté de l'Église et aussi la '
diminution de la charité privée, il fallut songer à réunir les malades pour les soigner en commun^ c'était rendre la tâche à la fois plus facile et plus efficace.
De tout temps l'hospitalité avait été connue et pratiquée; elle était, pour ainsi dire, la vertu par excellence de l'antiquité. Le christianisme n'avait garde de la combattre, il lui donna au contraire un essor nouveau -, et le chrétien put voyager par tout l'Empire, sûr d'être accueilli en tous lieux par des frères, auxquels il lui suffisait de montrer la tessère de l'hospitalité.
Après les persécutions, la réception des hôtes fut .placée dans les attributions spéciales de l'évêque; plusieurs conciles proclament cette obligation, qui devint même, pai*ait-il, avec l'accroissement du nombre des voyageurs, une charge assez lourde. On conçoit en effet que des évêques comme saint Chrysostôme et saint Augustin, partagés entre les soins de l'administration de leurs églises et les travaux de l'éloquence ou les plus hautes spéculations de la métaphysique, n'avaient guère de temps à donner aux milliers de pèlerins qui traversaient leurs villes. Aussi les évêques ne tardèrent pas à faire bâtir auprès de l'église une maison pour les étrangers. Cette maison, appelée Xénon ou Xenodochium^ était administrée par un prêtre désigné par l'évêque. On y recevait sans distinction les voyageurs, les pauvres, les malades, les infirmes; mais bientôt il parut nécessaire d'élever pour ces derniers des bâtiments spéciaux où l'on pût plus facilement leur donner les soins nécessaires. Telle est l'origine des hospices et hôpitaux, telle est aussi celle de leurs noms, car ces asiles séparés pour les malades gardèrent le nom des maisons destinées
d'abord aux hôtes en général : hospes^ hospitia; hôpitaux, hospices.
Le premier hôpital, uniquement destiné aux malades, fut établi à Rome par une femme pieuse appelée Fabiola. Descendant, comme son nom l'indique, de Tune des plus illustres gentes de la vieille Rome, Fabiola consacra son immense fortune à faire bâtir un asile qu'elle appela : Villa languenlium^ et qui fut le premier nosocomivm établi en Occident. « El in pecuniam congregalam ttsibus pauperum prœparavit^ et^ prima omnium^ vodoxouetov insti-* tuit^ in quo œgrotantes colligeret de plateis et comumpta languorihus atque inedia miserorum membra foveret *. »
Cette patricienne ne craignait pas de recueillir ellemême les malades et de les soigner de ses mains ; elle put même réunir autour d'elle plusieurs de ses nobles amies, qui se livrèrent comme elle à ce ministère sublime de la charité chrétienne. « N'est-ce pas un admirable spectacle, s'écrie l'éminent auteur que nous aimons à citer, de voir les héritières des noms les plus glorieux de Rome idolâtre, les filles des Scipion, des Marcellus, des Camille, se consacrant aux œuvres de la charité et sacrifiant leurs trésors, leur beauté, leur jeunesse, pour secourir des malades et des pauvres; comme si, par une digne expiation, la Providence eût voulu faire sortir les plus humbles consolatrices de l'humanité du milieu de ces familles dont la gloire avait opprimé le monde 2. »
Sainte Paule, l'illustre amie de saint Jérôme, distribua tous ses biens aux malades et aux infirmies, et échangea