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DE LA MISÈRE ET DE SES CAUSES

SOMMAIRE

I. Raison d'être de la pauvreté. — De l'inégaUté des conditions hu-

maines.

II. Définitions. — La pauvreté. — Vindigence. — La misère, — Le

paupérisme. ~

m. Des causes de la misère. — Des grandes agglomérations. — Des conditions du travail industriel. — Du travail des femmes dans les manuractures. — Destruction de la famille.

Après avoir parcouru l'histoire de la bienfaisance publiquè, avant d'étudier son organisation actuelle, il convient de rechercher quels sont les principes qui dominent cette iinportante matière, et de faire, pour ainsi dire, la philosophie de l'assistance. Il est surtout ^nécessaire d'examiner les systèmes erronés, de réfuter les utopies qui, se multipliant chaque jour, proposent avec assu-

nS PEUXIÈME PARTIE.

rance de détruire la misère et de rendre tous les hommes parfaitement heureux.

n faut le reconnaître du reste : Tindigence en général, et spécialement l'indigence des classes laborieuses, a pris de nos jours un carjictère particulièrement grave ; elle est arrivée à Fétat de crise aiguë ^ et comme elle a été poussée à un point inconnu jusqu'ici, on a dû lui donner un nom nouveau : le paupérisme. « Le problème économique mis en face de la société, disait naguère un éloquent orateur^, se résout surtout dans ce point capital : anéantir le paupérisme. C'est la grande question économique au point de vue social ; c'est pour l'avenir une question de vie et de mort; et volontiers j'en crois un économiste éminent, alors qu'il déclare « que la mi- « sère des classes ouvrières est devenue la question de « répoque actuelle ; qu'elle est immense et brûlante tout « ensemble. »

Sans doute, il y eut et il y aura toujours des pauvres. Conséquence de l'inégalité des conditions humaines, la pauvreté, qui est aussi vieille que l'homme, vivra , autant que lui et ne finira qu'avec lui. Le bon sens, l'expérience et la raison l'affirment également; et pour avancer le contraire, il faudrait ne pas craindre de contredire ces trois fondements de la certitude humaine.

' Pour faire disparaître la misère, qu'on abolisse donc d'abord les causes qui l'engendrent. Quand on aura détruit la mort, la vieillesse, la maladie, toutes les infirmités du corps et toutes les inégalités de l'esprit, quand on aura détruit le vice, source de presque toutes les mi-

4. P. Félix, Le Progrès par le Christianimtf 4866, 3" conférence.

sères, oa pourra proposer sérieusement d'en finir avçc rindigence et la pauinreté.

Comme la souffrance, la pauvreté est une loi de notre nature. Mille causes accidentelles et inévitables peuvent y réduire chacun de nous^ mais, en principe, nous nais-* sons tous inégaux en intelligence et en force ; chacun de nous a, pour atteindre les conditions du bonheur maté^ riel, une aptitude plus ou moins grande et nécessairement diverse; cette inégalité naturelle amène Tinégale répartition des richesses qui est inhérente au droit de propriété, et ce droit, Tune des premières bases de toutes les lois sociales, est aussi, à ce point de vue, une caîise de la pauvreté ^

D'ailleurs, pour remonter plus haut, la pauvreté n'estelle pas une suite de Timperfection originelle de Thomme et de sa déchéance primitive? N'est-elle pas un des éléments de sa vie d'épreuves sur la terre, l'une des conditions de son mérite et de son bonheur futur?

L'économie politique confirme les paroles de Celui qui a dit : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous 2, et s'unit avec la religion pour nous démontrer l'inanité des systèmes qui veulent faire disparaître la pauvreté. « On a mal interprété cette* parole et on a dit : donc la misère est d'institution divine. Non, la misère est d'imperfection humaine, elle est d'impuissance humaine. L'institution divine, c'est la charité ^. »

« De fait, l'humanité est pauvre. Consultez la statistique, et vous verrez que les riches ne forment qu'une

4 . M. de Morogues; Du Paupérisme et de la Mendicitéj I" part.^ cbap. 3.

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