Denit d'Halyc, Anl. Rom.j lU, 2t
3. MoDimscn, Uist. Rom.j trnd. Alexandre^ toni. II, liv. il, eh. 8.
A Rome même, la dernière classe du peuple n'était pas encore dans cet état de pauvreté permanente et en apparence irrémédiable qui fut plus tard le sien. Sans doute l^s causes qui amenèrent ce résultat existaient dès lors en germe ; mais elles se développèrent surtout à la suite d'événements et grâce à certaines circonstances qu'il nous faut maintenant examiner.
Rome, après la soumission de Carthage, ne pouvait guère s'arrêter dans sa marche victorieuse. Grâce à des guerres heureuses, conduites par des généraux habiles, elle soumit Tune après l'autre la Grèce et la Macédoine, la Syrie et l'Egypte. Scipion Émilien, petit-fils.de l'Africain, détruisit et rasa Carthage, dont l'existence, du reste, n'avait été depuis Zama qu'une lente agonie. Douze ans après, le même général donnait encore à sa patrie l'Espagne, en prenant Numance, la seconde terreur de Rome.
Mais si ces conquêtes avaient augmenté la gloire du peuple romain, elles diminuèrent ses vertus, et par suite les causes de sa prospérité. Les richesses gagnées par tant de victoires renversèrent l'ancien équilibre de la société romaine ^ . Pendant les vingt années qui suivirent la bataille de Zama, plus de 150 millions de contributions de guerre furent levés sur les peuples vaincus, et les généraux, après leur triomphe, en versèrent autant dans le trésor public. En une fois, Paul-Émile rapporta
4, Duruyj Histoire BomainCj ch. ^5.
45 tniliions, sans compter le butin' et les gratifications des officiers et des soldats. On xromprend quelle perturbation devait <*.auser tant dor jeté tout d'un coup dans une société qui ne connaissait ni l'industrie ni le corn-» merce. Alors, comme dit Salluste, « hebescere virtus^ paupertas probro haberi, innocentia pro malivolentia duci cœpit K y>
Les mœurs ne purent y résister, et ce n'est pas sans raison que Juvénal s'écriait avec sa verve mordante et attristée : « Tu demandes d'où viennent ces désordres : une humble fortune maintenait* jadis l'innocence des femmes latines-, de longues veilles, des mains endurcies au tfavail, Annibal aux portes de Rome et les citoyens en armes sur les murailles, défendaient du mal les modestes demeures de nos pères. Maintenant la luxure, plus terrible que les armées ennemies, a fondu sur nous, et le monde vaincu s'est vengé en nous donnant ses vices :
« Nunc patimqr longae pacis mala : ssvior armis Luiuria incubuit, victumque ulciscilur orbeiu. Nulium crimen abest, facinusque libidinis, ex quo Paupertas romanà périt 2. »
Ces richesses inouïes et inattendues, arrivant tout d'un coup à l'Italie de toutes les extrémités du monde, y causèrent une véritable révolution économique.
Depuis longtemps déjà la vieille aristocratie romaine n'existait plus que de nom. La plèbe, à la suite de
luttes de près de deux siècles, avait conquis l'égalité
^. Sali., Co»y. CatU.j cb. ^12.