‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 17 sur 47 · LA POPULATION DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIX:° SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA POPULATION DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIX:° SIÈCLE

Sources :

Archives du Gard. — Série 10 M - 12 M.

Archives de la Mairie de Saint-Gervais.

Archives de l’église paroissiale de Saint-Gervais.

Le fait qui frappe à première vue, dans l’examen des courbes de Ja population des communes de notre région, est leur accroissement rapide.

Nous n’avons que peu de données sur ce que pouvait être la population de la vallée au début du xvin” siècle. Il semble toutefois’ qu’elle devait être réduite. Le compoix de St-Gervais nous révèle un nombre assez faible de propriétaires par rapport au cadastre de 1825. En se basant sur ces données il semble que la population a dû, au moins, doubler. En effet le « Présage de Saint-Gervaix » nous montre que toutes les terres n'étaient pas cultivées, ou du moins, de facon poussée. Un siècle plus tard, il n’en était plus de même : la culture des terres connaissait son maximum d’extension : la période 1800-1850 fut celle où l’étendue des terres cultivées fut la plus grande. Nous pouvons penser qu’au début du xvin* siècle la population était donc beaucoup plus faible qu’au x1x. Pour la période qui va de 1800 à 1850, les recensements nous donnent des chiffres précis.

Etudions d’abord les chiffres bruts de population. Presque partout l’accroissement du chiffre des habitants est sensible. Toutefois quelques variations se remarquent dans certaines communes. Bagnols fait exception à la règle générale. Sa population reste stationnaire et même baisse légèrement. La Roque est dans le même cas, avec une reprise vers 1830.

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D'autres communes connaissent des hauts et des bas : Chusclan passe de 664 habitants en 1806 à 797 en 1826, puis tombe à 706 en 1841, pour revenir à 788 en 1851.

Mais dans Îla plupart des communes l’accroissement reste constant, plus ou moins rapide peut-être, avec des temps d'arrêt. La partie amont de la vallée a eu un accroissement extrêmement brutal de population dans les premières vingt années du siècle : Goudargues, Cornillon, Montelus, ont vu leur population s’augmenter d’un quart. Par la suite, elle s’est stabilisée, les gains de population sont devenus plus faibles, un léger fléchissement se remarque même à l’approche de 1850.

Dans le milieu de la vallée, St-Gervais, St-Michel, St-Laurent, ont vu leur population progresser plus régulièrement. La poussée maximum se situe autour de 1830 : c’est la période qui correspond à la splendeur de l’ancienne polyculture.

L'étude d’une pyramide des âges nous montre la vigueur et l'équilibre de cette population. La pyramide établie pour St-Gervais en 1836 est largement étalée à la base ; les parties jeunes sont nombreuses, nettement en majorité : les éléments de 0 à 20 ans forment presque la moitié de la population, sur 711 habitants, 324 ont moins de 20 ans.

Les éléments actifs sont, eux aussi, nombreux. De 20 à 60 ans, l’on dénombre 342 individus, dont 211 de 20 à 40 ans. La population active, largement approvisionnée, est bien équilibrée : il y a 172 hommes contre 170 femmes. |

Les éléments vieux sont faïbles : 45 habitants seulement ont dépassé 60 ans. Les charges que donne une population usée ne pèsent guère sur les saïnt-gervaisiens.

Notons enfin que le nombre des garçons dépasse celui des filles. La différence est surtout sensible entre 10 et 20 ans. (1) Peut-être ne faut-il voir Jà que des différences accidentelles dûes à la faiblesse des effectifs envisagés. Les mariages entre les habitants des différentes communes, qui sont fréquents, viennent compenser les inégalités. Peut-être y a-t-il là une des causes de ces curieuses immigrations en ces pavs surpeuplés : de nombreux garçons vont chercher leurs femmes dans des communes voisines. Le nombre des familles nombreuses est cependant peu élevé : peutêtre faut-il voir là l’influence d’une intense mortalité infantile. Sur 133 ménages, 63 ont 1 à 2 enfants, 52 de 3 à 5, et 3 ont plus de 5 enfants. Enfin 9 ménages sont sans enfants.

Une étude des différentes courbes de natalité, de mortalité et de nuptialité va d’ailleurs confirmer ces assertions.

La fécondité fut extraordinaire en cette période. De nos iours. on ne la connaît plus en France. C’est littéralement un jaillissement continu de naissances : chaque année l’état civil de la commune de St-Gervais enregistre de 25 à 40 naïssances.

En examinant les taux de natalité, on voit qu’au début du siècle jusqu’en 1820, les moyennes des naïssances étaient de 35

(1) Entre 20 et 30 ans, la situgtion s’est inversée, il y a plus de femmes que d'hommes.

pour 1.600. Elles ne cessèrent d'augmenter et la période 1820-1840 enregistre des taux qui dépassent 40 pour 1.000, avec un maximum de 44,5. Dans la décade qui suit, la moyenne baïssa sensiblement, elle n’atteignit que 34 pour 1.000.

Ê C’est ce jet continu de naissances qui assure l’accroissement incessant de la population.

Il est d’ailleurs ncessaire, car si les taux de natalité sont élevés, ceux de mortalité, et plus particulièrement de mortalité infantile, sont écrasants. On reste atterré par la proportion énorme de mortalité infantile. Un enfant sur deux ou trois. meurt avant d’avoir atteint 3 ans durant cette période. La moyenne des taux de mortalité infantile oscille autour de 15 avec, entre 1825 et 1830, un maximum de 20 (pour 100 naïssances). Cette saignée ininterrompue que représentent ces décès d’enfants jeunes, limitait fortement l’accroissement de la population.

Avec de tels chiffres de mortalité infantile, les taux de mortalité générale restent élevés. De 1800 à 1820, les taux varient aux environs de 30 (pour 1.000). Ils fléchissent dans la période suivante let se tiennent près de 27 (pour 1.000). Maïs la période 1826- 1832 marque une pointe à 39,2. Dans les quinze dernières années les taux tournent à mouveau autour de 30. La proportion des décès d’enfants de moins de 3 ans est toujours de plus de la moitié.

Le parallélisme presque parfait des courbes de mortalité générale et infantile avec la courbe de natalité, met pleinement en relief le fait capital au point de vue démographique, des décès d'enfants en bas âge.

La courbe des mariages ne suit pas les mêmes variations que les trois autres courbes. Elle est, dans l’ensemble, plus régulière. Après un progrès sensible et constant dans Îles vingt-cinq premières années du siècle, elle marque un net recul à partir de 1830, jusqu’en 1840, et se reprend dans la dernière détade. Ce fléchissement est concomitant avec une émigration assez importante, qui en est peut-être la cause. Cette baisse du nombre des mariages est probablement la raison du taux des naissances dans la période 1840-1850.

Après l’étude de ces diverses courbes qui nous ont donné V’allure générale du mouvement de la population, il convient d’étudier de plus près certaines irrégularités. Alors que les naissances se multiplient rapidement, le nombre des habitants n’est pas en constant accroissement : les variations du nombre des habitants rie sont ‘pas touiours en rapport avec les différences des naissances et des décès. C’est le fait des phénomènes d’émigration et d'immigration. Voici leur influence.

De 1806 à 1851 Je nombre des habitants de St-Gervais est monté de 564 à 753. (1) Le gain absolu a été de 189 unités. Or, si nous calculons. pour la même période, le supplément des naissances sur les décès, tel que nous le révèle l’état-civil de la mairie du lieu, nous constatons qu’il est de 232-unités. L’émigration des indigènes aurait été de 43 unités.

(1) Notons en passant que c’est le chiffre maximum ow’a atteint la population de cette commune.

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