‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 18 sur 47 · AP DE · texte numérisé non relu

AP DE

En réalité, un examen plus poussé des variations de la population, nous révèle un chiffre beaucoup plus important.

De 1806 à 1820, le chiffre de la population tombe de 564 à 558, soit une baïsse de six unités. Le supplément des naissances sur les décès a été, pour cette époque, de 58 unités. Il faut en conclure qu’il y eut, à cette époque, au moins 64 émigrés. Par des calculs semblables, les périodes 1820-26, 1831-1836, 1836-1841 et 1841-1851, nous donnent les chiffres approximatifs suivants de population ayant émigré : 5, 21, 15 et 6.

Par contre, dans la période 1826-1831, le phénomène s’est renversé et le gros accroissement du nombre des habitants, qui passa de 614 à 701, semble dû à l’arrivée de 68 immigrés. Les causes de cette forte arrivée nous échappent. On peut penser que les femmes des communes voisines sont venues habiter à Saint- Gervais en s’y mariant, que des enfants non déclarés à la Mairie locale ont été comptés dans le dénombrement. Cela n’arrive pas à expliquer cette augmentation notable. Il faut donc penser qu’une arrivée de nombreux éléments étrangers s’est produite, pour des raisons qui ne nous apparaissent pas, et semblent être extérieures à l’économie générale de la commune, puisque celle-ci reste inchange.

En tenant compte, par conséquent. des derniers chiffres notés, le nombre des émigrés aurait été de 111 et celui des immigrés de 68. On a tout lieu de penser, en réalité, que ces échanges furent nettement plus importants. En effet, en dehors d’un mouvement d’émigration caractérisé. définitif, vers les grands centres, Nimes, Avignon ou Marseille, il existe un courant continu qui brasse les populations des diverses communes de Ja vallée et des environs immédiats. Pour des raisons de famille (mariage, héritage) ou de travail. des pavsans quittent la commune où habitaient leurs narents et vont dans une autre. voisine. C’est une émigration, si l’on veut : maïs le pavsan ou la paysanne, n’abandonne pas son milieu, ne perd pas ses hahitudes, ne change pas de travail. Il. ou elle, va dans une autre commune parce que c’est celle de sa femme ou de son mari. narce qu’il devient fermier ou domestique. Un brassage gén“ral de la population existe entre les différentes communes. Ce mouvement est visible dans l’examen de noms portés sur Île compoix et le cadastre de St-Gervais. Cadaistre et compoix ont 130 ans de différence. Ils peuvent nous donner un faïble apercu.

Sur les 74 noms de propriétaires que le « Présage de Saint- Gervaix » relate, nous en retrouvons 35 dans le cadastre de 1895. Pour être nrécis. il est demeuré dans le cadastre 25 noms de famille du compoix, dont 2 de familles nobles.

Par contre. on retrouve dans le cadastre les noms de plusieurs familles aui habitaient autrefois à St-Gervais, mais qui. en 1895, demeuraiïent dans des communes voisines. Ce sont bien les descendants des propriétaires du compoix, nuisqu’on retrouve leurs noms et leurs biens sur les deux registres terriens. C’est le cas des Ligones et des Tron aui sont allés habiter à SI-Nazaire, des Brugier et des Robert à Bagnols, des Fretière à Carsan. À

Le mouvement contraire se retrouve. Des paysans qui, en 1694, à l’époque de la confection du compoix, résidaient dans des

pays voisins, mais possédaient des terres sur la commune de St- Gervais, ont vu leurs descendants venir y habiter. Les Bertrand et les Guetz ont ainsi émigré de Combes à St-Gervais.

Certaines familles ont gardé une partie de leurs membres à St-Gervais, cependant que d’autres, tout en possèdant toujours des terres à St-Gervais, allaient habiter ailleurs. Sont dans ce cas les Justamond, qu’on retrouve à St-Gervais et à Sabran, les Fabre, Fretière, Portal, que l’on voit à St-Gervais et à Bagnols.

Mais le mouvement de cette population ne s’est pas arrêté à ce brassage entre communes. Les pays les plus pauvres, ceux qui, par leurs terrains étaient les plus défavorisés, ont connu une réelle émigration dès cette époque : La Roque par exemple, a vu sa population décroître constamment par émigration. Les fortes saignées sont encore l’exception dans la vallée de la Cèze. Le courant d’émigration intense qui s’établira dans la période suivante s’amorce à peine. Il y a émigration, mais sans répercussion importante sur l’ensemble de la population qui conserve sa vigueur. Ce n’est qu’un trop plein qui s’en va. Les densités exceptionnelles (1) laissent en effet la population à la merci de la première crise venue, car la région a de la peine à nourrir sa population nombreuse. Les moyennes au km2 sont élevées, surtout si on compare celles de 1851 à celle de 1946. À La Roque, pays très pauvre, elle est de 42,4 au km2, de nos jours elle n’est plus que de 12,4. St-Gervais atteint 62,4 habitants au km2, Cornillon 60,9, Chusclan 59,0. Il en est ainsi dans presque toutes les communes, la moyenne d’ensemble de la vallée de la Cèze, Bagnols excepté, se situe entre 50 et 60 habitants au km2. Or, nous avons noté que le tiers, pour ne pas dire la moitié des communes était incultivable, formée de bois et de garrigues ; cela doublé les moyennes de terres cultivées.

Une décadence démographique est donc à prévoir à la première dépression économique.

(1) La densité du canton de Bagnols est, en 1856, de 75 habitants au km2 supérieure à la moyenne française d’alors,

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