L'AGRICULTURE APRES LES CRISES
A) Les Cultures. —
Au moment des crises, une évolution à déjà eu lieu. Alors qu’au début du x1x° siècle, le froment et le seigle se maïntenaïent à égalité, au milieu du siècle, le froment a pris nettement le pas sur le seigle. Seules les communes qui ont des terres trop pauvres, comme Sabran, La Roque, Chusclan maintiennent encore la culture du seigle. Aïlleurs, celle-ci est en pleine décadence. Cet aspect ira en s’aggravant et vers 1900 le seigle aura à peu près disparu du registre des cultures.
L’auront précédé le sarrazin et le méteil. Ces céréales se font rares et commencent à disparaître dès 1850.
. Seule l’avoine se maintient à une place modeste, maïs à peu près constante. Les besoïns des viticulteurs en assurent la culture. L'orge se fait plus rare, bien que ses gros rendements et sa résistance à la sècheresse lui assurent les faveurs des cultivateurs.
. Les céréales tendaient donc à se réduire au froment seul. Mais celui-ci ne tarda pas à se trouver dans une situation difficile.
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En effet, malgré les soins apportés à cette culture et les perfectionnements techniques, tels que des labours plus profonds, des apports d’engrais, un meilleur choix des semences, les rendements restaient, dans l’ensemble, faibles. Le rendement du canton de Bagnols se situait aux alentours de 11 à 12 quintaux à l’ha, il était nettement inférieur au rendement moyen français (14 quint. à l’hectare). Aussi, avec les nouvelles voies ferrées. et particulièrement avec l’ouverture de la gare de Bagnols, le blé de la Cèze ne put plus lutter contre les blés venus de l'extérieur, si ce n’est sur les terres les plus fertiles.
Une sélection s’imposait obligatoirement, et force était de trouver des cultures plus rémunératrices, mieux adaptées à la nature du sol et au climat.
Deux cultures ont permis à certaines communes de subsister et même d’atteindre à une certaine prospérité : la betterave et le millet à balai.
La betterave fut introduite dans le svstème agricole du blé. Son rendement moven à l’hectare est estimé dans la région à 250 qx à l’ha. Cela donnaït un rapport de 500 francs bruts par ha. Cette culture était assez rémun“ratrice, mais les conditions climatériaues de la vallée de Ja Cèze ne lui étaient pas des plus favorables. Seules les basses terres de la vallée, les terres limoneuses étaient suffisamment riches et humides pour convenir à sa culture. Les autres terres étaient tron sèches. La culture de ]1a
- betterave exige de gros apports d’engraïs et épuise les sols souvent
maigres de Ja région.
Cest pourquoi la culture de la betterave à un rvthme poussé fut abandonnée, et resta localisée à quelques endroits, comme la plaine de Sabran. j
Mais ce fut surtout une céréale narticulière à notre région qui devait amener sa disparition : le millet à balai.
L'extension de cette culture fut assez tardive et correspondit nu déclin dec autres céréales. Le canton de Bagnols arriva à nosssder le cinanième de la surface occupée en France par cette céréale (+ 1.000 ha sur 5.000 environ).
L'intérêt de cette culture résidait en son rapport élevé pour .une mise de fonds initiale faible. Les rendements movens tant en paille qu’en grains, sont bons : de plus grains et pailles sont de hon profit. la païlle même, plus que le grain.
On estime au’en 1900 son revenu brut était d’environ 650 fr. par ha, soit l’équivalent d’une production de 40 h1 de vin à l’ha.
Ce fut la culture de tous reux qui avaïent de bonnes terres,
mais hésitaient à mettre des fonds dans la vigne post-phylloxé-
rique, ou ne pouvaient y en mettre.
De gros inconvénients restaient attachés à cette culture. D’abord Ja nécessité de constants apports d'engrais, le mil à balai épuise les terres ; l'obligation d’intervertir le mil avec d’autres cultures de faibles rapports, enfin le mil à balai ne vient bien que sur les bonnes terres et demande un minimum de fraîcheur.
Ceci était les obstacles au point de vue culture. L’autre obstacle
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résidait dans la limitation du marché. Le marché des grains et surtout de la paille du mil est restreint. Si l’on avait poussé la culture dans les possibilités maximum, le marché du mil se serait effondré. Nous avons pu le voir lors de la dernière guerre.
Le mil à balai pouvait être une ressource d’appoint, d’un revenu appréciable pour certains, mais ne pouvait assurer, à lui seul, le succès d’une économie basée sur sa culture. Son extension, si elle avait été possible, aurait correspondu à une régression démographique de la vallée de la Cèze.
B) L'élevage. —
Le troupeau ovin avait donné des signes, dans la première moitié du xix° siècle, d’une nette décadence. Il avait baissé, dans l'ensemble des communes, de près du tiers, et dans certaines communes, de la moitié et plus.
Nous ne disposons pas de documents sûrs au sujet de ses variations à cette époque, toutefois deux indices nous permettent d’affirmer les progrès du ‘troupeau ovin immédiatement après la crise phylloxérique : une statistique agricole et un état des païiements effectués à la Mairie de St-Gervais par les administrés pour les droits de pacage sur les terrains communaux.
L'état des paiements débute en 1863. A cette époque, la Mai-
rie fit payer une taxe de 0 fr. 30 par bête admise dans ses pâtura- :
ges. De 1863 à 1869, la taxe fut payée pour 400 bêtes environ. Or, à cette époque, les statistiques nous indiquent que le troupeau à St-Gervais était de 800 bêtes. On peut dire que la moitié des moutons payait un droit pour aller sur les terrains communaux, d’ailleurs restreints comme pâturages.
À partir de 1870, le nombre de bêtes soumises à la taxe s’élève, il est de 476 en 1872, 640 en 1874, et arrive au maximum de 715 en 1875. Si l’on admet le même coefficient que pour tout à l’heure, on peut dire que, vers 1875, le troupeau ovin avait repris à Saint- Gervais, la même importance numérique qu’au début du siècle.
Il se maïintint à cet état durant deux ou trois ans, mais dès 1878 il tomba au-dessous de 400, pour ne cesser, par la suite, de décroître. (1)
L’on chercha donc à pallier aux ressources affaiblies par les crises pour le développement du troupeau ovin. Il ne paraît pas toutefois que celui-ci répondit aux espérances que l’on avait mises en Me On chercha à orienter le troupeau vers la production de la viande.
Le tableau ci-après nous montre l'importance que commençaient à prendre les brebis et les agneaux dans le cheptel. Cela correspond d’ailleurs à l'habitude qui, petit à petit, s’établit dans les populations, de consommer de la viande.
(1) La décadence rapide du troupeau ovin à St-Gervais peut être en relation avec la reprise précoce de la vigne,
Cm
| Moutons ...
Bagnols
Chusclan
La Roque
St-Gervais
St-Michel
Cornillon
St-Laurent
Le troupeau ovin ne devait pas résister à la replantation viticole. La décadence commencée avec le siècle fut à peu près complète dès la guerre de 1914.
Notons, en passant, un essai d'adaptation de bovins dans les environs de quelques centres plus importants comme Bagnols et Goudargues. Cet essai fut sans lendemain.
Après ce tour d’horizon des vieux éléments de la polyculture, nous allons étudier la culture qui devait supplanter toutes les autres : la vigne.
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