HAN. PARA
surtout celles du bas de la vallée, maintiennent à peu près leur chiffre de population. Celle-ci diminue, mais d’une façon peu sensible.
Par contre, dans les dix dernières années, les communes de la rive droite, Sabran, La Roque, et celles de la partie amont de la vallée, commencent à voir leur population décroître rapidement. De 1861 à 1870, Cornüllon perd 170 habitants sur 981, St-André de Roquepertuis 130 sur 89, Sabran de 1861 à 1876 en perd 332 sur 1.670, en cinq ans Goudargues perd 100 habitants sur 1.300. Les villages du haut de la vallée, ainsi que ceux de la rive droite, surpeuplés et plus pauvres, se vident. Le mouvement est moins sensible sur la rive gauche et dans le bas de la vallée, mais très net cependant.
La crise phylloxérique qui vient ensuite, ne fait que mieux marquer la décadence. A partir de ce moment tous les chiffres de population s’en vont en déroute. La baisse est générale.
C’est à partir de 1880 que l’on replante la vigne. D’abord limitée à quelques propriétaires importants, la replantation s’étend vers 1890. Un nouveau vignoble s’est créé à St-Gervais d’abord, d’autres villages suivent. L'influence de la crise agricole sur la population cesse. Un renversement se produit dans les villages qui replantent. La population.qui n’avait cessé de diminuer, augmente. St- Gervais, qui était passé de 753 habitants en 1851, à 594 en 1886, remonte de 597 en 1891, à 626 en 1896, puis à 641 en 1901, et à 668 en 1906. Tous les villages connaissent le même mouvement de reprise au moment de la replantation. Il n’a pas toujours l’ampleur et la durée qu’il a connues à St-Gervais, maïs il n’en existe pas moins. Cela fut parfois bref, maïs l’ensemble de la reprise ne peut laisser aucun doute sur son origine.
L’exception que fait Chusclan semble bien confirmer le fait que les crises n’ont fait qu’accentuer un mouvement déjà existant. De 1851 à 1872, juste avant la crise phylloxérique, Chusclan, qui nourrissait presque uniquement par ses vignes une population de 788 habitants, en perd 84. Après la crise phylloxérique la chute se continue. En 1891, il n’v a plus que 575 habitants à Chusclan. L'on a replanté activement, et pourtant la populaion baisse sans arrêt : chaque dénombrement marque une nouvelle chute. C’est qu'aucun appel de main-d'œuvre étrangère ne fut nécessaire pour la plantation et l’entretien du nouveau vignoble, que l’ancienne population était assez nombreuse pour les besoins du nouveau vignoble, donc trop nombreuse pour ceux de l’ancien, puisque la plantation des vignes n’a rien changé à l’allure du mouvement de la. population.
Cette reprise plus ou moins accentuée ne dura guère, sauf à St-Gervais et à St-Michel, c’est-à-dire dans les villages où la vigne prit une très large place. Dès 1900, parfois même avant, la chute reprit. Elle s’aggrava sensiblement en 1906 et surtout en 1911, comme dans tout le département. La difficile situation agricole de cette période se ressent dans les données démographiques.
. Si, en définitive, nous faisons le bilan des pertes en population qu’a connues cette époque, nous restons frappés par leur étendue. Tel village qui, comme Goudargues, avait en 1850 : 1.350
habitants, ne se présente plus, à la veille de la guerre dde 1914, qu'avec 800. Des villages aussi divers par leurs cultures et leurs possibilités de production que La Roque et Chusclan, ont perdu près de la moitié de leurs habitants. Pour les autres, le bilan des pertes se situe entre le tiers et le quart de leur population.
. D'où sont venues ces saignées ? Nous étudierons ces variations à St-Gervais en commençant par l'étude des mouvements migratoires, tant émigration qu’immigration.
Déjà, au cours de la péricde précédente une émigration assez sensible se manifestait : l’agriculture était trop faible pour subvenir aux besoins de la population nombreuse. En 1850 l’émigration s'aggrave : ce sont les crises : oïdium, maladies du ver à soie,
phylloxéra enfin. De 1850 à 1872, c’est un abandon en masse. Chaque recensement marque des pertes sensibles. De 1851 à 1856, 37 émigrés quittent St-Gervais, de 1856 à 1861 : 28 ; de 1861 à 1866 : 51 ; de 1866 à 1872 : 42. En vingt ans : 168 habitants ont quitté leur village. |
Il est à noter que la partie active de la population n’a pour ainsi dire pas varié. En 1836, il y a 342 habitants, 172 hommes et 170 femmes entre 20 et 60 ans. En 1876 il y en a 354, 191 hommes et 163 femmes. Cela semble bien confirmer que c’est l’impossibilité de trouver du travail pour plus de 350 hommes et non pas seulement les crises, qui ont amené l’émigration. Cette constance du nombre des hommes qui travaillent tend à prouver que ce chiffre n’était pas dépassable sans compression exagérée du niveau de vie général. On peut se demander si le mouvement d’émigration n’a pas seulement coincidé avec les crises, qui l’ont aggravé, sans être issu d'elles.
Cela ressort d’autant plus que la crise la plus grave, le phylloxéra, n’a pas amené une grosse émigration. Alors que l’on pouvait penser que le phylloxéra achèverait, en ruinant les habitants, de les chasser de la région, on constate qu’à partir de 1870, l’émigration faiblit brusquement, s’arrête presque. De 1872 à 1886, il n’y a que 19 émigrés.
La population semble à cette période, malgré la crise, s'être stabilisée. Après 20 années d’émigration un nouvel équilibre s’est réalisé.
= Notons qu’à St-Gervais on a replanté la vigne dès 1880, ce qui limite l’émigration. A partir de 1886, un accroissement constant de la population ise produit, dû à l’arrivée d'éléments étrangers Il est d’abord lent de 1886 à 1891, il n’y a que 7 immigrés. C’est la période où seuls deux domaines replantent : la main-d'œuvre du village suffit encore pour cela. Mais rapidement le mouvement d'immigration s’intensifie : les besoins de main-d'œuvre se font grands : de 1891 à 1896, il y a 52 immigrés — de 1896 à 1901, 26 — de 1901 à 1906, 15.
La demande se fait moins pressante une fois la plantation terminée. D’ailleurs survient la crise. L’émigration reprend de nouveau, de 1906 à 1911, 46 hommes quittent St-Gervais. La reprise que la vigne avait amorcée se trouve brisée par les crises qu’elle subit. |
PO UEX
Il est intéressant de savoir d’où sont venus les immigrés. Nous avions déjà noté dans le chapitre sur la population de la première moitié du xix° siècle, l’existence d’un intense courant entre les diverses communes de la vallée de la Cèze. Le recensement de 1876 signale que sur 634 habitants à St-Gervais, 165 sont nés hors de la commune. Sur ces 165, 42 sont nés dans des communes de la vallée de la Cèze. C’est une des formes des migrations de l’époque. Des hommes ou des femmes, par des rélations de famille ou de travail sont venus d’une commune voisine, cependant que d’autres habitants de cette commune allaient chez leurs voisins. C’est un flux et un reflux qui amène des hommes et en emporte d’autres. Il s’établit ainsi un réseau de cousinage serré entre les familles des des diverses communes. Ce fait est d'autant plus sensible que ce sont les villages les plus proches qui fournissent le plus fort contingent, sous forme d'hommes et de femmes mariés dans le pays. La majorité de ces immigrés vient de Bagnols, Sabran, St-Nazaire, St-Michel et St-Laurent, tous villages proches.
Le Gard fournit ensuite 30 immigrés, mais la plupart viennent de St-Paulet de Caisson, commune située dans la vallée de l’Ardèche toute proche.
Les autres immigrés ont en général des métiers particuliers : bergers de la Haute-Loire, religieuses de l’école, instituteur, cordonnier, domestique de maison. Est à noter un contingent de 16 « gavots » venus de l’Ardèche. L’immigration d'éléments étrangers à la région est réduite, mais reste sensible constamment.
En 1906, l’aspect de l’immigration a changé. Elle est d’abord plus considérable. Sur 668 habitants, 257 sont nés hors de St- Gervais. La vallée de la Cèze fournit toujours de nombreux éléments, mais la proportion en sa faveur a baissé. Au lieu des trois quarts comme en 1876, elle ne fournit que la moitié à peine. 127 habitants sont nés dans les communes de la vallée. Leur origine a varié. Ce ne sont plus les villages proches qui fournissent le gros contingent. Une forte partie des immigrés vient des communes de la partie haute : Cornillon, St-André de Roquepertuis et aussi des villages proches sur iles côtes : tels Salazac, Moniclus. Les émigrés de la partie amont ne sont pas allés bien loin.
Le Gard fournit 49 immigrés, venus surtout des communes pauvres du canton de Lussan et d’'Uzès. La région des garrigues pauvres se déverse sur les vallées plus fertiles.
Le contingent de « gavots » d’Ardèche, Lozère et Haute-Loire s’est grossi, ils sont 41. Comme ouvriers on les estime moins que les précédents, Ils sont travailleurs, mais pas actifs. Leur travail est plus lent, ils sont moins doués souvent. (1)
Notons enfin l’arrivée de quelques éléments étrangers à la nationalité française. Ils sont rares encore, mais leur présence est à signaler. Ce sont, soit des ouvriers agricoles, encore rares, surtout espagnols, soit en majeure partie, des bûcherons, d’origine italienne.
. (D Les autres arrivées des divers départements français ont un caractère trop personnel pour être noté