LA PERIODE ENTRE LES DEUX GUERRES
La période d’entre les deux guerres n’est que l’histoire de la décadence des cultures autres que la vigne et leur remplacement par cette dernière. De quelque côté que nous regardions, arbres fruitiers et jardins exceptés, nous ne voyons que la disparition de la polyculture. Sériciculture, troupeaux, céréales, plantes fourragères, tout recule devant la vigne.
Dans la période préoÿdente, la vigne avait commencé à prendre une (situation prépondérante dans l’économie de la vallée de la Cèze. De 1914 à 1940, son importance s’est encore accrue. Sans être devenue un pays de monoculture absolue, notre région ne compte guère comme ressource importante que la vigne.
Etudions les variations des diverses cultures :
a) Les céréales. — Après la guerre, la superficie consacrée aux labours est à peu près équivalente dans les communes de la vallée de la Cèze à celle consacrée aux vignes. Font exception toutefois, les communes où la plantation fut intense, comme St-Gervais. Chusclan, ou celles où les terres pauvres sont particulièrement étendues, Sabran, Goudargues.
L'enquête de 1929 nous renseigne sur ce sujet. Presque partout le blé est en net recui, sauf sur les terres de la rive droite de la Cèze. Il est remplacé souvent par l’avoine nécessaire à l’alimentation des chevaux. Les paysans qui ont des vignes la préfèrent au blé.
Les autres afréales : seigle, blé de printemps, maïs, sarrazin
ont disparu du répertoire des cultures. Seul s’est maintenu en bonne place, à cause de son rapport intéressant, le sorgho à balaï ; à Bagnols et surtout à Sabran, de grosses étendues lui sont consacrées.
L’orge n’est plus cultivée que de façon sporadique.
Les améliorations du rendement sont nettes. Alors que dans la période précédente des rendements du blé et de l’avoine ne dépassaient pas 11 qx de grains à l’hectare, ils se situent autour de 14 à 16 qx à l’hectare en moyenne, avec parfois beaucoup plus sur les bonnes terres. C’est un signe, non seulement du perfectionnement des cultures (labours profonds, engrais chimiques), mais aussi d’une certaine sélection des terres.
Mais cette situation encore importante des céréales ne se maintint pas. La vigne progressait, les terres consacrées aux autres cultures se réduisirent. On arrive alors à des situations de monoculture presque absolue : les cas limites sont ceux de St-Gervais, Chusclan et St-Michel. Là les céréales sont à peu près complètement délaissées.
Ailleurs la culture du blé s’effondre. En 1937 l’étendue consacrée au blé est le tiers de ce qu’elle était dix ans auparavant. Il en est de même du sorgho à balai. L’avoine se maintient à peine.
Pourtant des efforts sont faits en faveur des céréales. Depuis le mois de Septembre 1936, une coopérative groupe les producteurs de blé et autres céréales de la région de Bagnols. Son activité concerne trente-trois communes. Elle entrepose à Bagnols le blé qu’elle va prendre chez le propriétaire au moment des battages et le revend aux minotiers de Nimes, d’Alès, de Marseille. Elle réussit à grouper un bon nombre d'agriculteurs (plus de 600 en 1943) et à traiter jusqu’à 8.800qx de blé. Maïs la guerre devait porter un coup à son activité, avant qu’on ait pu la juger.
b) L’élevage. — La décadence du troupeau déjà amorcée avant la guerre de 1914 s’achève petit à petit entre les deux guerres. Tout y concourt : le manque de bergers, dont la vie est dure, alors que de bons salaires et une vie plus facile sont à la portée des ouvriers des vignes ; la réduction des pâturages, due aux reboisements, la disparition des céréales qui fait la paille plus rare, l’emploi d’engrais chimiques. Avant la guerre de 1939, seules les communes qui possédaient de vastes étendues de garrigues avaient
encore un ou deux troupeaux. Les autres ne possédaient plus de moutons.
Les chèvres, toutefois, maintenaiïent leurs effectifs. Elles ont été de tout temps en faveur dans cette région. Nombreux sont les petits paysans, ou même les ouvriers agricoles, qui ont une ou deux chèvres. La nourriture de ces bêtes est facile : souvent au
bord des chemins, dans les garrigues, dans les «broutières» de la Cèze, on rencontre des enfants, une vieille, ou même une ménagère avec son tricot qui gardent deux ou trois chèvres.
Les divers dénombrements de ces animaux nous montrent qu’il y a en moyenne une chèvre par huit à dix habitants. Ce chiffre s’est maintenu identique à lui-même durant toute la péricde entre les deux guerres.
En ce qui concerne les bovins, leur élevage est très réduit. Il n’y a que quelques vaches laitières nourries à l’étable en vue d’une production poussée de lait. Seuls Bagnols et Goudargues, cenires de consommation, ont un troupeau d’une trentaine de bêtes. Dans les autres communes, il n’y a que deux ou trois vaches. Les Jlabours par bœufs ne se font plus dans la région.
Il existe par contre un important cheptel cavalier. La vigne, qui exige des labours fniquents, maintient dans la région un nombre important de chevaux et de mulets, en nombre à peu près équivalent. Ce sont des bêtes petites, us aux sols légers. En grande partie les chevaux viennent de Bretagne et les mulets de la Drôme. Ces derniers sont les préférés des petits paysans, pour leur frugalité, leur rusticité et aussi leur bonne allure qui permet de les atteler à une petite voiture pour aller au marché de Bagnols.
c) Sériciculture. — Nous n’en parlerons que pour mémoire. Elle disparaît presque complètement entre les deux guerres. Déjà avant 1914, elle avait cessé d’être une occupation importante ; après 1914, petit à petit le nombre des éleveurs se réduisit, pour finalement disparaître. fe:
.d) Fruitiers. — Les olivettes qui ne tenaient plus qu’une faible place dans la polyculture, la voient encore se minimiser. Mais tandis que les müûüriers sont arrachés, les oliviers subsistent, plus on moins délaissés comme culture. Sur la rive gauche, on voit encore de nombreuses « faïsses » caïllouteuses et sèches, où des oliviers sont plantés.
Les petits paysans les cultivent parfois, et se contentent de leurs nécoltes inégales. Ils en tirent de l'huile, maïs font aussi des confits. PAT
Les arbres fruitiers, par contre, ont connu un succès plus vif : les cerisiers surtout, qui demandent peu de travail et de soins, furent plantés en grand nombre. Il est difficile de formuler une appréciation exacte sur leur importance, car ils sont souvent plantés en bordure des vignes et même au milieu ; leur exploitation, peu poussée encore sous l’aspect commercial, ne donne pas de points de repère.
Dans les années précédant la guerre, des plantations de champs entiers furent effectuées. Ce furent surtout les cerisiers, les pommiers et les poiriers qui connurent la faveur.
C’est un aspect nouveau de l’agriculture, encore à peine ébau-
ché.
e) L’horticulture. — Nous ne signalons que pour mémoire l’am-
pleur du jardin bagnolais. M. Smotkine a donné dans son livre sur
Bagnols-sur-Cèze une étude sur laquelle nous ne reviendrons pas.
L’horticulture se limite d’ailleurs à la banlieue bagnolaise.
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