LA VIGNE
La vigne, après des progrès rapides jusque vers 1900, s'était à peu près arrêtée dans son extension.
Après la guerre de 1914, le succès de la viticulture s’affirma. Les belles années connues par la vigne, qui laissait à ce moment d'importants revenus, amenèrent de nouvelles plantations.
FSI
De nombreuses coopératives de vinification furent créées dans
la migion. Cela donna aux petits propriétaires des facilités plus grandes pour vinifier leur vin. Nous étudierons plus tard, dans un chapitre à part, la création et l’évolution des coopératives, maïs il est intéressant de noter dès maintenant l’influence qu’a eu sur la culture l’extension du négoce des vins à Bagnols.
Pendant longtemps le commerce fut aux mains de négociants d'Avignon ou de Nimes. Ceux-ci, par l’intermédiaire de leurs courtiers, achetaient presque tous les vins de la région. Maïs Bagnols avait une situation très avantageuse. La place était à Îa fois à proximité d’un vignoble étendu et prospère, et la plus proche des gros centres de consommation de la région lyonnaise. Bagnols est à mi-chemin de Béziers et de Lyon. Cet avantage énorme fut exploité à plein avec l’emploi des camions citernes. Des livraisons rapides et moins coûteuses peuvent être effectuées : il n’est pas rare de voir le soir le vin partir directement de la cave d’un propriétaire pour être port le lendemain matin à Lyon ou à St-Etienne.
La voie rapide qu'offre la vallée du Rhône est pour beaucoup dans l’importance du nombre d’affaires traitées avec ces deux centres. L’on estime qu’en 1939 les commerçants bagnolais ont traité plus de 2.000.000 d’h1., dont 700.000 expédiés par camions citernes. Cela souligne l’importance des transports routiers à Bagnols, où le négociant est aussi transporteur. La ‘création et l’extension de la place de Bagnols (la deuxième du Gard pour les affaires traitées) ont été un élément en faveur du ‘vignoble.
Etudions maintenant les progrès réalisés par la vigne dans la période 1914-1939. D’une facon générale la vigne n’est pas devenue la culture unique, St-Gervais, Chusclan, St-Michel font exception. Mais son importance s’est accrue sans cesse.
Une comparaison entre le nombre des déclarations de récolte et la superficie des vignes en 1913 d’une part et en 1937 d’autre part, est instructive.
Le nombre des viticulteurs s’est accru d’un quart environ, la superficie des vignes en culture a plus que doublé, dans les dix communes de la vallée, elle est passée de 2.080 ha en 1913, à 4.245 hectares en 1937. Les récoltes dépassent 200.600 hl1.
La vigne, en effet, durant cette période n’a cessé de s'étendre. Elle occupe une grande partie des terres basses, dans la plaine alluviale de la Cèze, sauf sur les communes de la rive gauche. Les rendements sont considérables, bien qu’inégaux suivant les années. L’aramon est le roi dans cette plaine. Certaines terres dans de bonnes années ont atteint les 200 h1. à l’ha. Les degrés y sont faibles, mais les rendements compensent.
La vigne domine en maîtresse absolue sur les terrasses 2lluviales. Les rendements varient de 50 à 100 h1. à l’ha. Le ‘degré de vin y est élevé. Les vins pèsent 10 et 11°. L’aramon ‘domine largement, mais on rencontre aussi du carignan, de l’alicante.
Enfin, en dehors de cette zone, où la vigne est reine, les pays où le vin rapporte ont planté plus haut, sur les terrasses plus anciennes, s’approchant au maximum de la garrigue. Le vin est à teneur alcoolique très élevée (en 1945 le degré moyen de vin contrôlé de la cave coopérative de St-Gervais fut de 11°8, et en 1949 il alla de 12° à 12°5), et de bonne qualité, car on ne plante là que des cépages. « nobles » dont on laisse müûrir les raisins.
Le vignoble de la Cèze n’est pas uniforme. Ses aspects sont multiples, non seulement par son terroir mais encore par son mode d’exploitation : la grande propriété y est entourée d’une multitude de petites.
En plus de cela, depuis le décret du 19 novembre 1937, les
communes de la rive gauche de la Cèze jusqu’à St-Michel d'Euzet inclus, se sont vu confirmer leur droit à l’appellation de « Côtes du Rhône ». Cela a encore augmenté les différences de qualité entre les vignobles, d'autant plus qu’il se créait un vignoble à base de cépages hybrides dans les basses terres près de la Cèze. Nous pousserons l'étude de ces nouveaux aspects dans un chapitre ultérieur.
Pour conclure nous dirons que dans la vallée de la Cèze, contrairement à ce qui se passe dans les régions voisines, qui restent beaucoup plus soumises à un régime de polyculture, la vigne prend une place de plus en plus importante. Seules les mesures législatives d’avant la guerre, et la guerre elle-même, avec ses misères, ont pu freiner l’extension sans cesse plus large du vignoble. Ce dernier reste la source d'activité la plus importante de.la vallée.