‹ Essai sur L'É Evolution Démographique et Rurale dans la Vallée de la CézeChapitre 31 sur 47 · L'INFLUENCE DE LA GUERRE SUR L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DE LA GUERRE SUR L'AGRICULTURE

La guerre récente a eu une influence marquée sur les cultures de notre région.

Les conditions économiques ‘générales avaient changé. Avec les difficultés que donnait le ravitaillement, une monoculture, quasi absolue, mettait les paysans qui la pratiquaient dans les mêmes conditions difficiles, ou presque, que les habitants des villes.

Us

Il se posait le problème suivant: pouvait-on continuer la culture des vignes avec un vin se payant à l’achat à un tarif normal, alors qu’on était obligé d'acheter sa nourriture et celle de ses bêtes à des prix nettement plus élevés qu’autrefois à cause de leur rareté ?

IL semble que, suivant les conditions du milieu, les réponses données à cette question aient été différentes.

Dans les pays où la monoculture de la vigne ne s’était pas trop accentuée, on se contenta d’intensifier les cultures vivrières, les plantes fourragères, mais on n’arracha guère de vignes pour les remplacer par des cultures différentes. C’est ainsi qu’à Cornillon, Goudargues, St-André de Roquepertuis, Sabran, les déclarations de récolte névèlent les mêmes superficies, ou peu s’en faut, pendant et après la guerre, qu'avant.

Dans les pays de monoculture, la question semble s’être compliquée, du fait que ces pays étaient producteurs de vin contrôlé qui se payait un prix très élevé.

Aussi voit-on les communes où la vigne qui produit un vin contrôlé n’occupe qu’une partie plus ou moins restreinte de la superficie, arracher une part notable de leur vignoble, afin de

roduire les éléments nécessaires à leur alimentation et à celle de eurs bêtes. Bagnols tombe alors de 1.008 ha de vignes en 1940 à 793 et 760 en 1944 et 1945, St-Gervais passe de 501 ha en 1940 à 478 et 446 en 1944 et 1945.

Par contre, une commune comme Chusclan qui produit en majorité des vins ayant droit à l’appellation contrôlée, n’avait aucun intérêt à arracher des vignes qui lui donnaient un vin de grande valeur. Il valait mieux continuer à produire uniquement du vin, quitte à payer les produits nécessaires à l’alimentation à un haut prix. Les déclarations de récolte indiquent constamment à Chusclan, les mêmes superficies.

Il est intéressant de savoir maintenant dans quel sens s’est orientée la culture pendant la guerre et les cons“quences qu'ont eues les années.de guerre sur l’avenir de l’agriculture.

11 ne semble pas que les céréales aient bénéficié de l’état causé par la guerre, mais plutôt les plantes sarclées et de nombreuses légumineuses.

Les précisions sont difficiles à donner, les statistiques agricoles de cette époque ajoutent, à leurs habituelles causes d’erreurs, le fait que personne mie tenait à dire l’état de choses réellement existant par crainte de prélèvement.

Le maïs, l’orge eurent à cette époque plus de succès que le blé ou même l’avoine. Mais on porta surtout l’effort vers la production de pommes de terre, de betteraves. Les k‘gumes secs ont connu une période de vogue : les haricots, les fèves, ainsi que les oléagineux (d’ailleurs imposés par le Ravitaillement Général) comme le tournesol.

Toutes les cultures susceptibles de subvenir aux besoins alimentaires de l’homme et des animaux domestiques furent poussées au maximum des possibilités. Mais le succès ne couronna pas toujours ces essais. Il arriva plus d’une fois que par suite de la sécheresse, la betterave ne dépassât pas la grosseur d’une honnête

té

ETS AR

pomme de terre, et le tournesol, la taille d’une asperge. Les légumes secs restaient si secs qu’ils ne donnaient que leur maigre feuillage.

Dans l’ensemble cependant la région réussit à produire nombre de denrées. Mais il faut dire combien l’appât du gain fut grand dans ces années (comme toujours d’ailleurs). Car bien souvent ces cultures furent faites non seulement en vue de la consommation personnelle, mais encore en vue d’un gain qu’on espérait très grand.

C'est ainsi qu'en pleine misère alimentaire de la guerre, de nombreux paysans consacraient des hectares à la graine de chènevis, Sans aucun intérêt pour la nourriture de quiconque, maïs qui l’année précédente avait, du fait de sa rareté, rapporté de grosses sommes à ceux qui en avaient planté.

Il s’en planta tellement que les graines ne purent se vendre et qu'elles périrent dans des greniers.

Ce furent ces mêmes considérations qui amenèrent la reprise d’une façon intense, du sorgho à balai. Ce dernier rapporta certaines années autant et plus que la vigne. La paille du mil était très demandée. Il s’en planta des quantités étonnantes, à tel point qu’en 1947, le marché, qui est assez limité, se trouva complètement bouclé. Les planteurs restèrent avec leur mil sur les bras : c’est un des avatars des cultures qui rapportent.

La conclusion de tous ces échecs et de toutes ces déceptions fut, qu'après la guerre, les paysans firent, plus que jamais, confiance à la vigne. Nous verrons dans un chapitre à part les efforts faits pour la replantation.

. La misère de ces temps fit remettre en état beaucoup d’oliviers. 11 est impossible de tenir compte des déclarations d’oliviers soi-disant cultivés qui furent faites durant la guerre. Le nombre imposant d’oliviers nivèle, non que le pays en était planté, mais qu’une prime était donnée pour chaque pied d'olivier en culture. Aussi baptisa-t-on oliviers, de vieilles souches, qui n'avaient pas vu d'olives depuis les grands-parents du déclarant.

Il est certain toutefois qu’un soin particulier fut donné aux arbres en état de produire : ils furent fumés, travaillés, taillés, ce qui bien souvent ne leur était pas arrivé depuis longtemps.

La guerre a freiné la décadence du troupeau ovin, moins toutefois qu'on pourrait le penser. Le manque de bergers qualifiés empêcha la reprise réelle du troupeau, par ailleurs difficile dans l’état actuel de l’agriculture.

= L’effort se porta beaucoup plus sur l’élevage d’une basse-cour et des cochons. Chaque famille paysanne élevait au moins sa douzaine de poules ou de canards. Le cochon connut une vogue dont il fit le premier les frais. Des chiffres sont impossibles à donner, mais chaque famille de petits paysans propriétaires et même d’ouyriers agricoles avait un cochon.

La dernière influence de la guerre sur le cheptel fut l’accroissement du nombre des mulets par rapport à celui des chevaux. Les restrictions ont fait appnécier la frugalité et la résistance de ceuxlà, ainsi que leur entretien économique. | ; “a

Mais de façon générale la guerre ne semble pas avoir modifié la vocation viticole de la région. Les essais de polyculture ont déçu de nombreux paysans. Nous verrons plus loin combien la confiance en la vigne jusqu’en ces dernières années est grande encore,

Lg

TABLEAU I TERRES PRÉ VIiGNE EN HECTARES 1921 1947 1921 1947 | 1921 1947 Saint-Michel ...... 377 159 200 6 170 261 Saint-Laurent ..... 330 117 4Ô 10 90 176 Saint-Gervais ..... 102 58 55 15 300 371 St-André-de-R. .... 224 295 255 0 99, 241 Goudargues ....... 375 229 375 22 133 295 Cormilon 0er 482 483 394 0 142 402 ÉæRoque ee 88 114 84 — 60 125 TOTAL eee 1.978 1.449 1.403 53 994 | 1.871 — ———— — — 1 | EN HECTARES Bois LANDES Verger | Ovins 1921 1947 1921 1947 | 1948 1947 Saint-Michel ...... 350 371 30 55 80 36 Saint-Laurent ..... 520 546 — 106 25 0 Saint-Gervais ..... 530 930 235 149 19 140 Saint-André-de-R. . 481 481 — 252 46 30 Goudargues .....,. 1.892 1.934 — 386 52 172 Gornillon 02. 417 417 — 395 46 41 Da Roque eee. 422 427 84 82 15 184 TOTAT nn 4.612 4.706 349 1.425 | 283 603 TABLEAU II a FROMENT D'HIVER SEIGLE AVOINE D'HIVER ha. rend. en qx à l'ha| ha. | rend. ha. rend Bagnols rt: #00 150 16 10 15 151 14 Chusclan 5:98 28 12 11 34 a Roque #2 3: 7 9 24 SADTAN LCR Sn 120 15,6 8 15 Saint-Gervais ..... 13 2 5 4 30 12

HOTAL YEN 311 15 209

RO

TABLEAU II (suite)

ORGE SORGHO A BALAIS POsRtEs DE TERRE | à rend.

a. |rend. | ha. rend. ha. en Qx à l’Ha Grains Paillk | Bagnols .....,.... 9 32 200 18 19 50 24 Chuselans = = 1 24 La Roque ........ == Es Æ LE SADrAD IE Se 2 300 36 33 10 30 Saint-Gervais ..... 2 16 17 1 36 HOTATE RL 9 502 62 TABLEAU III Ovins Chev. Mulets 1929 1937 1942 | 1948 | 1929 | 1929 Bagnols een 160 235 (1) (1) 110 68 Gbusclan 40e 180 81 (1) (1) 44 32 aoque lue, 260 Da) | 04) 31 7 SAbrAR Se res conbue 300 170 (1) (1) 100 | 180 Saint-Gervais ........... 60 20002163 2 5801 1 18 Cornillon ..:.....:%1,.1:. 150 48 8 37 110 19 Goudargues ............. 280 320 | 329 | 306 | 60 | 30 Saint-André ............. (1) 115 15 45 52 8 Saint-Laurent ........... (1) (1) 33 31 71 10 ÆOTAL Peer 1.390 1.153 608 | 477 578 | 372

(1) Les chiffres n’ont pu être obtenus.

2 pe

TABLEAU IV == — — ë : : — 3 | ——#" É a a n | 29 à É Ë 6. AM) EE 5 ERA à : > fi # Bagnols ........ 776 | 1.042] 46.427 27.102 Chusclan ....... 167 365 | 14.530 13.444 Saint-Gervais ... 196 508 29.627 22.435 Saint-Michel. ... 115 283 | 15.213 1.471 La Roque ...... 40 81 5.260 Sabran::.:.1.... 288 800 12.725 Cornillon ....... 188 457 32.099 Goudargues .,... 176 283 17.046 Saint-Laurent... 99 197 11.149 Saint-André .... 137 221 15.576 TOTAL ..... 2.182 | 4.245 | 199.652 64.452 OL CL a n A a À A a re] el \ & |22) a | 85 | 3 BNRSE | 26 | VRÉNERIERN rer Een) Ge | #8 | £ E un à © [&] Bagnols ........ 683 760 | 22.400 17.050 | 5.350| 2.400 20.000 Chusclan ....... 181 390 | 11.076 1.837 | 9.239] 3.176 8.000 Saint-Gervais ... 222 465 | 14.509 12.167 | 2.342| 4.509 10.000 Saint-Michel .... 98 305 7.069 4.930 | 2.139| 2,069 5.000 La Roque....... 26 84 2.033 2.033 233 1.800 Sabran! 5.5... 216 680 | 15.581 15.581 2.581 13.000 Cornillon......, 195 453| 15.434 15.434 5.910 9.524 Goudargues. .... 139 252 7.933 7.933 2.500 5.433 Saint-Laurent …. 99 187 5.760 5.760 1.260 4.500 Saint-André .... 165 297 | 10.662 10.662 5.310 5352 HROTAE 2.2 2.024 | 3.873 | 112.457 93.387 119.070! 29.948 82.609

Page 1