LA STRUCTURE AGRAIRE MODERNE
Sources :
Archives du Gard. Série M. 12.
Archives de la Chambre d’Agriculture du Gard. Archives de la Mairie de St-Gervais.
La structure agraire des communes de la vallée de la Cèze est difficile à saisir. Toute conclusion est rendue délicate par la complexité des exploitations. Un état des propriétés ne donne qu’une faible idée de l’état de choses réellement existant, car il se greffe là-dessus tout un système de fermage et de métayage qui bouleverse complètement le premier aspect révélé par l’étude de Ja matrice cadastrale. |
Ce côté fermage et métayage est essentiellement fugace. Les baux sont souvent verbaux, surtout pour les petites unités d’exploitation et de durée courte. Il s'ajoute, à une exploitation en gestion directe, un ou plusieurs métayages qui faussent l’aspect premier des exploitations.
Examinons d’abord l’état des propriétés.
Les résultats divergent suivant les communes. Alors que dans la partie de la vallée qui se trouve dans le canton de Bagnols, le nombre des propriétaires s'est augmenté, partout sauf à Bagnols même, dans la partie qui se trouve dans le canton de Pont-Saint- Esprit, c’est-à-dire la partie amont, le nombre des propriétaires a diminué.
La superficie moyenne des propriétés a, dans l’ensemble, varié de façon sensible.
Dans le canton de Bagnols, elle baisse nettement tant pour l’ensemble des terres, que pour les terres cultivées par des particuliers.
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A Chusclan, la moyenne des propriétés, qui était de 4 ha 4 en 1820 est passée en 1930 à 2 ha 3 ; à Saint-Gervais, elle va de 7 ha 2 à 3 ha 0 en 1937 ; à St-Michel de 6 ha 3 à 4 ha 5.
Si nous considérons uniquement les parcelles cultivées, la différence est aussi sensible. Chusclan passe de 2 ha 4 à 1 ha 9 ; St-Gervais de 3 ha 8 à 2 ha 0 ; St-Michel de 4 ha 8 à 3 ha 0.
Par contre, dans la partie amont de la vallée de la Cèze, qui fait partie du canton de Pont-Saint-Esprit, le mouvement inverse se produit.
A Cornillon, la moyenne des propriétés passe de 5 ha 9 en 1820 à 6 ha 6 en 1930, à St-André de Roquepertuis de 4 ha 5 à 8 ha 5. Lee
Ïl en est de même si l’on considère les terres cultivées. L moyenne monte à Cornillon de 3 ha 4 à 4 ha 1, à St-André de Roquepertuis de 2 ha 2 à 5 ba 6.
Dans les deux parties de la vallée, les terres incultes ont gagné du terrain, l'Etat a fait d’autre part d'importantes acquisitions de bois et de garrigues en voie de reboisement. Cela peut expliquer l'augmentation de la superficie moyenne des propriétés.
Mais il «est plus sûr de penser qu'avec l’émigration et la dénatalité, la partie amont de la vallée a vu un regroupement s’effectuer en faveur des propriétaires restants. Dans la partie aval, où la baisse de population était moins sensible, le fait inverse s’est produit avec la démocratisation de la propriété.
Une étude plus poussée du cadastre de St-Gervais nous permettra de mieux saisir les variations opérées depuis le siècle dernier.
L'état général des terres, tel qu’il est porté sur le nouveau cadastre de 1937, nous révèle à St-Gervais la présence de deux cent trois propriétaires de parcelles de terrain.
Sur ces 203 propriétaires, 148 possèdent moins de 3 ha. Autrement dit, les trois quarts des paysans n’ont que des parcelles de terre réduites. Et cela d'autant plus que sur les 148 cultivateurs, 44 ont moins de 50 ares, et 35 moins de 1 ha et plus de 50 ares.
En d’autres termes, sur les 850 ha de terre appartenant à des particuliers, 200 ha environ sont partagés entre 148 individus. Une uarantaine de propriétaires ont des terres de 3 à 10 ha, soit en tout 250 ha, tandis que les 400 ha restant sont aux mains de 16 propriétaires plus importants.
Si on ne tient compte que de l’état des terres cultivées, on voit
que 93 paysans ont moins d’un hectare de terre cultivée, 56 ont de 1 à 3 ha. Aucun n’en a plus de 40.
On pourrait donc croire à une masse de petits propriétaires, peu capables de subvenir par les seules ressources de leurs terres à leurs besoins. Il s’agit en réalité pour une forte part de petits rentiers du sol : commerçants, retraités, petits artisans locaux, gens de St-Gervais ou d’ailleurs qui ont quelques terres et les font travailler par un fermier ou un métayer.
La proportion des petits propriétaires locaux ne dépasse pas la moitié. Ce sont eux qui constituent la main-d'œuvre des fermiers, ou même des ouvriers agricoles.
. Le système des exploitations remédie à la faiblesse des superficies de propriétés. Beaucoup de petits propriétaires ont des parcelles qu’ils travaillent pour d’autres en fermage ou métayage, Ce sont, soit de petites parcelles de quelques ares que possède un rentier du sol, soit des terres que lui concède un propriétaire important qui na peut travailler tout par lui-même et préfère un fermier à des ouvriers agricoles.
Il n’y à pas de grandes exploitations viticoles ; la plus étendue ne compte pas plus de 30 ha. de vignes.
En résumé, s’il y a une grande quantité de petites propriébis, le système de culture tend à réduire ie nombre d’exploitations en en étendant leurs dimensions.
L'étude du cadastre ne montre pas de régression sensible de la grande propriété. Les changements dans le dessin des terres et leur groupement sont peu sensibles depuis le cadastre de 1825.
Il y à quelques remembrements, mais ils sont dans l’ensemble peu importants.
Les exploitations sont toujours aussi morcelées qu’autrefois. A part les domaines de la périphérie, comme Bayne, Lisie et Naste, qui ont pu s’accroître, tout en restant d’un seul tenant, les propriéiés des paysans, même des plus riches, sont sous la forme de « biens de village », morcelées et dispersées à l’extrême. M. L. à 35 ha de terres, réparties en 85 parcelles, quelques-unes d’entreelles sont à plus de 3 km. de sa cave. M. A. a 23 parcelles de terres pour une superficie de 4 ha. Par contre, le domaine de Naste ne compte que 26 parcelles de terres pour une superficie de 30 ha. Aucune de ces terres n’est à plus de 500 mètres du centre d’exploitation et l’ensemble du domaine est d’un seul tenant.
Les grosses propriétés, tant qu’elles sont restées prospères, ont groupé les terres autour d’elles. Les grandes parcelles en culture sont rares, on n’en trouve pas qui dépasse 7 ha. Mais il y « toujours la foule des petites terres de quelques ares.
Les nécessités de la culture moderne n’ont pas encore joué en faveur d’un remembrement. Les essais en ce sens sont rares. Les paysans ne semblent pas encore des plus sensibles aux inconvénients du morcellement ou en prennent leur part.
Les grosses propriétés font, par contre beaucoup d'efforts pour pallier aux divisions des terres : c’est ainsi que la terre n° 391, sec-
tion À du domaine de Bayne, composée d’une douzaine de parcelles
en terrasses en 1825, a été entièrement unifiée par des travaux de terrassement.
Mais ce cas est exceptionnel. Cela explique les faïbles variations de l’aspect général du cadastre.
Il en est de même pour les possesseurs des terres : les anciens
domaines se sont maintenus ; les vieilles familles paysannes ont conservé leurs terres. Les changements ne se font que lentement.
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