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LES DIFFÉRENTS SYSTÈMES D'EXPLOITATION

L'étude des différents systèmes d’exploitation des terres est le complément indispensable de celle du système agraire.

. Le faire valoir direct est toujours le mode de travail qui retient le plus de propriétaires. Nombreux sont les petits paysans qui culüivent eux-mêmes leurs terres, seuls ou avec l’aide d’un domestique. Les exploitations importantes sous ce régime se font plus rares.

Le fermage est un mode d'exploitation qui tend à disparaître. Les progrès de la vigne semblent incompatibles avec ce système. La vigne, où des capitaux importants sont risqués, où les initiatives personnelles comptent, s’accommode mal d’une gestion aussi statique que le fermage à prix fixe. L’instabilité monétaire de ces dernières années a achevé de ruiner ce système dans l'esprit des propriétaires.

Il n’est guère conservé que pour les terres à céréales, où l’on a cherché à pallier à ces inconvénients par des paiements hasés sur des produits naturels : le plus fréquent est le paiement calculé en blé par hectare cultivé.

Par contre, un système à peu près inexistant au siècle précédent, a fait de gros progrès : c’est le métayage.

Il est parfaitement adapté à la vigne et propriétaires et métayers y trouvent tous ensemble leurs avantages.

Un propriétaire peut investir de l'argent sur ses terres, puisque toute augmentation de la production ira, pour partie, grossir ses revenus. Le métayer a tout intérêt à travailler pour la même raison.

Le principal obstacle du métayage est le partage des produits ; or le vin est une quantité facile à mesurer ; les déclarations de récolte sont faites ouvertement ; dans les caves coopératives les

tickets réunis donnent Je compte des arrivages. Rien n’est plus simple, pour l'employé comme pour le propriétaire, avec un minimum d'attention, de faire le partage.

Deux systèmes de métayage se rencontrent dans la région : le mi-fruit et le tiers de fruit.

Le mi-fruit consiste en un partage de la récolte par moitiés égales entre le possédant et le métayer. Le propriétaire a la charge de la moitié des frais d’exploitation, tels qu’engrais, produits anticryptogamiques, nourriture du cheptel ; la main-d'œuvre est aux frais du métayer.

Sur ce thème général se brodent de multiples variations, propres à chaque baïl : telles que prêt de matériel, de cheptel, usage de certains immeubles.

Le mi-fruit fut, jusqu’à ces dernières années, le plus en faveur et presque exclusivement pratiqué. Il laisse des possibilités de gros bénéfices au propriétaire et soulage le métayer d’une partie des frais.

Si les propriétaires sont attentifs aux dépenses, le système fonctionne correctement. Dans ces dernières années le mi-fruit est battu en brèche par le «tiers de fruit ». Ce dernier ne laisse au propriétaire qu’un tiers de la mécolte, mais il le décharge de toutes participations aux frais d'exploitation, ceux-ci restent entièrement à la charge du métayer (les frais de plantation exceptés). Ce système, pour des patrons à court d’argent ou trop éloignés de leurs terres pour surveiller les dépenses, présente de gros avantages.

C’est ce qui explique ses progrès surtout dans les propriétés de quelque importance, depuis une quinzaïne d’années. Tout souci de culture est évité au propriétaire et les difficultés de partage, tant des frais que des bénéfices, sont réduits au minimum. Mais le tiers de fruit est une lourde charge pour un métayer dans les années dures.

L'enquête de 1929 nous névèle que le métayage, dans les communes de la Cèze, est à peu près égal au tiers des terres en gestion directe. La proportion est un peu plus forte dans les communes intensément viticoles, comme Chusclan et St-Gervais. Par contre, dans le haut de la vallée, le faire valoir direct est encore l’élément le plus important.

Des chiffres précis sont difficiles à fournir. Toutefois, nous snces basé des aperçus sur une déclaration de récolte faite à St-

er vais.

Sur 165 déclarants à St-Gervais en 1948 (1) ; nous trouvons 80 propriétaires exploitants pour eux sans fermier et qui ne sont pas fermiers ; 21 propriétaires sont en même temps métayers pour d’autres ; il y a 18 métayers qui ne sont que métayers, sans avoir à eux des terres.

Enfin, 46 propriétaires ont leurs terres en métayage.

(1) Le nombre des déclarations est beaucoup plus élevé ; un seul individu rte pu eue plusieurs déclarations différentes, comme propriétaire, comme métayer, etc.

Nous ne trouvons qu’un seul fermier.

Sous cette apparence de simplicité se cache un ensemble très complexe. Certains propriétaires sont mwtayers de deux ou trois autres propriétaires. Des paysans ont par contre plusieurs métayers: l’un d’eux en a six, avec en outre des terres qu’il gère directement.

Certains même sont métayers pour d’autres et ont un métayer pour eux.

Tout cela résulte de circonstances qui n’ont pas toujours pour but la culture de la vigne. Tel métayage est la suite d’une vente ou en amorce une. Un mariage, un héritage en perspective ou déjà arrivé, sont la cause de la conclusion de baux qui n'étaient pas exigés par les besoins de la culture.

Ce peut être un ensemble de terres important qui est confié à un métayer, parfois un domaine ; mais le plus souvent ce ne sont que quelques vignes qu’un propriétaire important réserve pour ce système. Quoiqu'il en soit, ce système des métayages a profondément changé l’aspect des exploitations dans les communes.

Si l’on fait “tat des propriétés telles qu’elles sont relatées sur le cadastre, on est amené à penser qu’il existe des exploitations très étendues, entourées d’une foule de petites propriétés minuscules. Avec le système de métayage en cours, les revenus des paysans sont profondément modifiés. Tel qui n’a que quelques ares en propre, récolte, en mi-fruit, du vin sur plusieurs hectares.

On se trouve en présence d’un grand nombre d’exploitations basées sur une production variant de 150 à 500 h]. de vin. Cest le régime moyen de production des unités de travail dans la région. Là se trouvent les petits propriétaires qui ont suffisamment de terres à eux pour vivre sur leur seul travail, les métayers qui ont, soit

une part des terres d’un gros possédant, soit quelques terres à eux, et quelques terres à autrui.

A l’échelon supérieur se rencontrent les propriétaires, qui, sans fermier, mais avec un ou deux domestiques, produisent jusqu’à 1.000 h]l de vin. C’est la partie dynamique de la population actuellement. Ces paysans possèdent leur cave particulière, un cheptel suffisant, du matériel et enfin assez de fonds pour faire des avances. Ils cherchent à se moderniser, achètent des tracteurs pour faire leur travail plus rapidement avec moins de personnel. Leurs terres sont très bien tenues et leurs connaïssances techniques assez poussées.

Enfin viennent les gros producteurs de 1.500 h] et plus. Is sont de deux sortes : soit des propriétaires de biens de village, qui ont groupé par mariage, héritage ou achat, un bien important mais souvent dispersé ; soit des propriétaires de domaines depuis longtemps unifiés.

Ces propriétés connaissent depuis quelques années une période difficile. Nous allons essayer d’en analyser les causes particulières à la région, en dehors de celles se rattachant à l’économie générale.

Alors qu'avant la guerre de 1914, les propriébés de quelque étendue étaient pleines de vigueur, avaient été des premières à planter la vigne, nous les voyons à la veille de la dernière guerre et

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