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LES VARIATIONS DE LA POPULATION A L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE

Sources :

Archives du Gard. Série M. 10.

Archives de la Mairie de St-Gervais.

La période contemporaine est marquée dans son ensemble par une nette régression au point de vue démographique. Immédiatement avant la guerre, les crises avaient marqué une baisse sensible. La période 1906-1920 est semblable à la période 1850-70. La population diminue à un rythme accéléré.

Après 1921, il y a une stabilisation, et même, le dénombrement de 1931, en relation certainement avec la prospérité de la vigne, marque un léger accroissement. La chute par la suite reprend et ne cesse de se poursuivre.

Après cette vue d'ensemble, il est intéressant de noter les irré-

gularités particulières à certaines communes.

Tout d’abord Bagnols. Bagnols après la guerre de 1914 avait atteint un chiffre très bas : 3.823 habitants, dont 2.743 dans la

ville même. Dès la fin de la guerre, la reprise se constate et le

rythme en est rapide, qui amène la population en 1946 au chiffre : de 5.089 habitants, dont 4.002 agglomérés. En 20 ans, Bagnols s’est accru de plus de 1.200 habitants, qui tous résident dans la ville même. Car si jusqu’en 1931, la population rurale de Bagnols s’accrut comme dans les communes voisines, à partir de cette date, elle ne cessât de décroître, alors que la ville augmentait sans cesse le chiffre de ses habitants. C’est en relation directe avec la prospérité de Bagnols comme centre de commerce.

L'autre exception curieuse au mouvement de baisse est Chusclan.Jusqu’en 1921, elle n’avait cessé de se dépeupler, malgré Ja replantation de la vigne. Dans la période qui suivit la guerre de

1914, la population augmente rapidement. Partie de 411 habitants en 1921, Chusclan en compte 532 en 1946. La progression est surtout sensible dans les dix dernières années. Il faut peut-être voir là une relation avec la grande prospérité de cette commune. L’accroissement de la population est surtout marqué à partir de 1956, période où une grosse part des vignes fut classée «Côtes du Rhône».

Partout aïlleurs il faut noter la dépopulation des communes, surtout rapide dans les communes à grande étendue de garrigues. Goudargues, Sabran, La Roque se vident de leurs habitants. Goudargues, Sabran, La Roque se vident du quart au tiers. Montclus dans le haut de la vallée, perd en trente ans la moitié de ses habitants. Les villages du haut de la vallée et ceux de la rive droite souffraient davantage de la dépopulation que ceux de la rive gauche. Les moyennes au km2 de certaines communes deviennent dérisoires, 9,1 habitants au km2 pour Montelus, 12,4 pour La Roque,

19,7 pour St-Laurent de Carnols. Même les communes les plus

peuplées, avec l'étendue de leurs garrigues, ne dépassent pas 40 habitants au km2.

Certains villages se vident de leurs habitants, plus particuliéerement les vieux villages situés sur des éminences et isolés, loin de la route nationale. La Roque tombe à 54 habitants, Sabran à 33, Cornillon à 102. (1) :

A Montelus, lorsque le génie rural se renseigna en vue d’une aide pour construire une canalisation d’amenée d’eau au village, il s’apercut que l’agglomération n’abritait que quelques familles, alors que le chiffre d'ensemble de la commune faisait encore illusion.

Cette dépopulation des villages est particulièrement remarquable aux abords de la route nationale n° 580. De petits hameaux se sont formés récemment sur les bords de la route à la hauteur des vieux villages perdus aux confins des garrigues. Près de Cornillon, le petit hameau de la Vérune est peuplé de coquettes maisons neuves, construites en ces dernières années — il en est de même à St-André de Roquepertuis, pour le hameau de Courau.

Parfois ce ne sont que quelques maisons qui s’égrènent au long de la route, mais partout le phénomène est marqué.

Etudions maintenant les causes des variations de la population. Les phénomènes de migration deviennent à cette époque très variables. Il existe un flux et un reflux. Dans les périodes de prospérité viticole, on constate une arrivée de main-d'œuvre ; dans les périodes de dépression, il y a de nombreux départs. À St-Gervais, de 1921 à 1931, on compte 34 immigrés — par contre de 1931 à 1936, il part du village 27 habitants. Pendant la guerre le mouvement s’arrête, il y a à peine 5 immigrés.

Si l’on étudie les lieux d’où proviennent les habitants nés hors de St-Gervais on voit qu’en 1936, sur 239 habitants nés hors du village, 78 proviennent des communes voisines de la vallée de la Cèze, 64 sont fournis par le Gard. Les Lozerots et les Ardéchois sont près de 40 ainsi que les étrangers italiens et espagnols surtout.

(1) Chiffre de la population agglomérée autour de l’église. A la page 125 le chiffre indiqué comprend la population du village et des hameaux.

Ces derniers n’ont jamais atteint dans cette région les proportions qu'ils ont eues dans d’autres régions du midi viticole. Leur nombre resta toujours proportionnellement faible. Par leur caractère autant que par leurs travaux, ils sont instables. Ce sont surtout des ouvriers agricoles, ils vont et viennent et ne s’attachent que rarement quelque part. En dehors des ouvriers agricoles, il existe aussi des groupes de charbonniers italiens. À la solde d’entrepreneurs qui achètent les coupes de bois, ils ne restent pas dans le pays. Il n’y a pas, dans la vallée de la Cèze, de colonisation par des étrangers.

On constate même dans ces dernières années une régression nette du nombre des étrangers. Attirés par les gros salaires des mines et des travaux du Rhône, peu demandés bien souvent par les patrons pour leur caractère difficile, ils ne viennent presque plus dans la région.

Un autre trait frappant au point de vue démographique est la baisse de la natalité. La baisse était déjà sensible dans la période précédente, mais les taux se maintenaient encore. Dans la période comprise entre les deux guerres récentes, la chute est encore plus nette. Après la reprise qui suit la guerre de 1914 (1), nous n’avons plus que des taux de 14,2 et 13,3 naissances pour 1.000 habitants. IF semble que depuis 1940 une reprise s’amorce ; elle n’est pas sensible sur les registres municipaux, car de nombreuses femmes vont accoucher dans des maternités.

Il n’en reste pas moins que les chiffres des naissances restent faibles. Le système du fils unique s’introduit. La pyramide des âges établie en 1936 est frappante sur ce point. De 11 à 20 ans, il y à à St-Gervais 38 garçons contre 26 filles. De 20 à 60 ans, par contre, l’équilibre est rétabli : 146 hommes contre 144 femmes. Dans les pays d’agriculture riche, le problème qui pèse sur jies pays pauvres comme les Causses ne se retrouve pas. Les femmes, au lieu de fuir le pays pour la ville, se marient plus volontiers avec les riches viticulteurs de la vallée.

Mais le problème crucial qui se pose est l’accroissement continu de la population âgée. C’est la seule partie de la population qui depuis 150 ans n’ait pas diminué. Sur 540 habitants, 112 ont plus de 60 ans, soit le cinquième.

Certes, dans les campagnes, la charge d’une population vieillie ést moins lourde que dans les villes, car toujours les personnes âgées trouvent à se rendre utiles, la vie ayant gardé un certain caractère patriarcal, mais il n’en reste pas moins que le fait que, seule la population des vieillards se soit accrue, constitue un très mauvais signe pour le village.

Les taux de mortalité sont élevés ; ils ont baïssé toutefois. mais cela est dû au fait que la mortalité infantile décroît et cesse presque. Avant la guerre, il n’y avait presque plus de mortalité infantile. Une aggravation is’est marquée avec les misères de ces derniers temps.

(1) Pour St-Gervais le taux des tués à la guerre atteignit 29,8 pour mille.

Le nombre des mariages baisse, mais de façon peu sensible. Par contre le taux de fécondité est tombé bas. En 1936 il est de 57,7. ;

Pour conclure, nous dirons que la population ne se maintient pas par elle-même. Le système du fils unique se généralise, les naissances se font rares. Dans l’ensemble cependant la population est saine, malgré quelques cas d’alcoolisme, mais la décadence est proche si elle se maintient sur cette voie.

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