I. — VIE RELIGIEUSE
Sources :
Archives de l'Eglise paroissiale de St-Gervais.
Nous ne retrouvons pas dans cette partie du département la dualité religieuse qui est offerte dans les autres régions du Gard. En effet, dans la région bagnolaise, la religion protestante ne s’impre pas. Nous ne voyons à aucune époque des traces de la
éforme.
L’inventaire de l'Eglise Réformée est bref. En 1807, le recensement nous donne dans le canton de Bagnols pour un total de 14.422 habitants, le chiffre de 40 protestants, 10 à Bagnols et 30 au Pin. Le canton de Pont-St-Esprit n’en connaît aucun. Rivoire en 1842, dans sa statistique du département du Gard, signale à Goudargues, qui dépendait de l'Eglise consistoriale d’Uzès, qui fut rattaché à Lussan, un groupe de 38 protestants. A Bagnols, il en dénombre 23.
En 1902 un carte dressée par l'Administration compte 14 protestants à Goudargues et autant à Bagnols. Dans les autres communes, il n’y en a aucun.
” Actuellement leur nombre est minime. Ce sont souvent des immigrés temporaires : instituteur, fonctionnaire.
La région ne porte aucune trace de la religion réformée.
Par contre, les témoignages qu’a laissés la religion catholique sont nombreux et anciens. St-Martin de Saduran, dans la commune de Bagnols, est une des plus anciennes, peut-être même la plus ancienne chapelle romane du Gard. Elle semble avoir été bâtie vers
Il existe aussi, dans la vallée de la Cèze, des traces des possessions des anciens ordres religieux : Saduran, La Bastide de Goudargues et surtout la Chartreuse de Valbonne. Les biens, autrefois, n'étaient pas immenses, mais par rapport à la pauvreté générale
de la région, ils ne manquaient pas d'importance. Nous connaissons l’état des biens des Chartreux de Valbonne avant la Révolution de 1789 par le dénombrement qui en fut fait pour la vente.
Le tènement de Valbonne se composait de six domaines contigus. En outre, les Chartreux possèdaient le mas St-Hugues dans la commune de St-Paulet de Caisson, le fief de Montel à St-Julien de Peyrolas, un herme à Salazac, le domaine de Rhodière à Cornillon, un moulin à La Roque, les domaines d'’Ame Guise et de Grange-Neuve à St-Michel d'Euzet, plus des terres un peu partoul et des prieunés. Ils possédaient aussi des capitaux placés de 2 à 5 % qui leur rapportaient 7.802 livres. Ils semblent avoir été les fournisseurs de capitaux de la région.
Il restait à Bagnols un couvent pour l'instruction des filles dont l’état était surtout florissant du point de vue financier.
Les paroïsses étaient pauvres. Il n’est que de voir l’état des églises pour comprendre leur pauvreté : leurs murs sont lourds, sans élégance, les églises n’ont pas de décoration intérieure ni extérieure.
Avant la Révolution, la vie religieuse a été intense. On en trouve des traces dans les confréries qui existaient alors et dont certaines se maintiennent encore de nos jours. Elles groupaient ur très grand nombre d’adhérents et avaient une réelle activité.
Les relations avec le clergé ne se tendaient qu’à propos de la dîime. À Bagnols, on estimait que la dime absorbaït le quart du revenu. Il y avait six décimateurs : le prieur de Bagnols, les Chartreux de Valbonne, les prieurs de Tresques et de Colombiers, les bénédictins de Pont-St-Esprit et l’abbesse de Bagnols. En dehors de ces délicates questions d’argent, les relations avec le clergé restaient bonnes.
II est difficile de se rendre compte de l’intensité d’un sentiment tel que le sentiment religieux. Deux procédés vont nous servir pour le déterminer. Nous avons fait d’abord le compte des naissances, décès, mariages, déclarés à la mairie de St-Gervais, puis celui des baptêmes, sépultures et mariages inscrits sur les registres de l’église paroissiale à deux époques différentes. D’abord de 1825 à 1843, puis de 1921 à 1948. Cela nous a permis une première approximeation.
En effet, pour cette première période, la Mairie a recu 534 déclarations de naissances, cependant qu’on baptisait 524 nouveaux-nés — 102 mariages ont eu lieu à la Mairie et à l'Eglise — 412 sépultures étaient portées sur les registres de l'Eglise, tandis que la Mairie enregistrait 414 décès. Les différences sont donc minimes. L’on peut en conclure qu’à cette époque tout le monde passait par l’église, au moins pour ces trois circonstances.
Toutefois cela ne marque que peu l'intensité du sentiment re!igieux. Nous nous réfèrerons plutôt à un procédé indiqué par M. le Professeur Le Bras, qui consiste à examiner l’écart entre la date du baptême et celle de la naïssance. D’après M. Le Bras, plus la date de naissance est éloignée de celle du baptême, plus le sentiment religieux des populations est faible : des parents vraiment chrétiens ne pouvant que désirer que leurs enfants soient chrétiens le plus tôt possible. Etudiés pour la période 1825-1843, les
résultats sont frappants. Le plus grand écart constaté entre la date de naissance et le baptême est de quatre jours, et encore ces cas-là sont-ils rares. On baptise souvent le jour même de la naïissance, mais la plupart des baptêmes ont lieu le lendemain.
Cela témoignait donc d’un sentiment religieux particulièrement intense et vivace. Cela correspond bien d’ailleurs à ce que nous savons des temps plus anciens ; l'exemple que voici est remarquable : nous connaissons encore des vieillards qui, dans leur jeunesse, étaient envoyés par leurs parents à l’école religieuse de La Roque, et faisaient près de 10 km. à pied chaque jour plutôt que d’aller à l’école laïque du village.
Pour la période 1921-1948, les résultats se compliquent un peu. De nombreux décès et naissances non marqués sur les registres de d’état-civil, parce qu'ayant été déclarés ailleurs, sont inscrits sur ceux de l’église : le nombre des baptêmes et des sépultures dépasse nettement celui des naissances et des décès. Le chiftre des mariages est le même à l’église et à la mairie. La pratique religieuse pour ces grandes cérémonies s’est maintenue.
Mais si on se réfère à l’indice de M. le Professeur Le Bras, on s’aperçoit d’un net recul. L'écart entre les dates de baptêmes et de naissances s’est considérablement accru. Voici les chiffres que nous avons relevés pour les années 1921 et 1948 :
en 1921, nous avons 1 baptême à 8 jours de la naissance —- 1 à 18 jours — 1 à 20 jours — 2 à 22 jours — 1 à 23 jours — 1 à
25 jours — 1 à 27 jours — 1 à 1 mois et 2 jours — 1 à 1 mois el 16 jours — 1 à 8 mois et 18 jours.
en 1948, nous avons 2 baptêmes à 26 jours — 1 à 27 — 1 à 1 mois et 6 jours — 1 à 1 mois et 11 jours — 1 à 1 mois et 22 jours — 2 à 2 mois et 3 jours.
D’une façon générale on peut dire que l’on attend de nos jours les relevailles de la maman pour baptiser l’enfant et faire le repas de baptême.
Mais cela indiquerait d’après M. le Professeur Le Bras, une forte baisse du sentiment religieux.
C’est assez proche de la réalité. Car si nous voyons toujours la religion catholique respectée et suivie dans l’ensemble de la population, la pratique religieuse s’est affaiblie : les intérêts matériels ont pris le pas suriles intérêts spirituels.
Beaucoup d'hommes ne vont à l’église que pour les grandes fêtes liturgiques, et les périodes de chasse et de vendange font le vide des hommes dans l’église.
Mais l’attachement extérieur des habitants à leur religion reste le même. On peut s’en rendre compte au moment des fêtes religieuses. À St-Gervais pour la fête de St-Roch, il est de tradition que les jeunes gens qui doivent accomplir leur service militaire dans l’année à venir, portent la statue du saint au cours de la procession à travers le village. S'y dérober de leur part serait très mal jugé.
Si donc le sentiment religieux s’affaiblit, l’attachement extérieur, de principe dirons-nous, à la religion catholique est toujours réel.