LES RESSOURCES DE SAINT-GERVAIS AVANT
Sources.
Le compoix de St-Gervais de 1694. (Mairie de St-Gervais.) Archives de l'Hérault. — Série C. Mr
Archives du Gard. — Série M. — 12.
Les cadastres de la période 1820-1830. (Mairie de St-Gervais.)
Nous n'avons pu retrouver aucun document sérieux nous donnant des renseignements au point de vue agricole sur la vallée de la Cèze qui soit antérieur au compoix de St-Gervais de 1694.
Ce dernier signale bien l’existence d’un compoix plus ancien, qui dénombrait les terres de la communauté, mais il n’a pu parvenir jusqu’à nous. Nous n’en avons pas eu connaissance.
C’est tout juste si, par certains noms de lieu, nous pouvons inférer de quelques cultures qui avaient lieu dans des temps plus reculés. Un tènement du terroir de St-Gervais s’appelle les « Canabories >. C’est une terre basse, humide, facilementt inondable ; sans doute à des temps plus anciens, s’y livrait-on à la culture du chanvre. Aucun souvenir autre que celui-ci n’en subsiste. Ces cultures devaient correspondre à une période d'économie complètement repliée sur elle-même, où le pays essayait de produire tout ce qu’il lui fallait pour sa subsistance, sans aucun secours venu de l'extérieur. Il ne semble pas qu’à l’époque où a été rédigé le compoix de St-Gervais l’économie en fût restée à ce stade.
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Ainsi nous ne possédons pas de renseignements sérieux sur les cultures avant le compoix de 1694.
Par contre ce dernier nous donne des aperçus nets. Il est intitulé « Présage de Saint-Gervaix > et timbré aux armes de la
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Généralité de Montpellier. Dans la pnéiface sont indiquées les origines. L'initiative en était due aux consuls modernes Anthoïine Bruguier et Louis Ramier qui convoquèrent le 16 novembre 1692 le Conseil Général de la Communauté «par présente requeste à la souveraine cour des Comptes Aydes et Finances de Montpellier ». Celie-ci, par arrêt du ler avril 1693, fit procéder à la « faction d’un nouveau compoix terrier dudit St-Gervaix ». Par enchères publiques le travail fut confié à Jean Simon arpenteur de Connaux. Le bail fut passé par M° Chimier, notaire royal de Bagnols et greffier de St-Gervais le 28 août 1693. On adjoignit à Jean Simon, Alexandre Tron et Jean Ligonets, habitants du lieu pour lui donner toutes explications. Tous trois prêtèrent serment sur les Evangiles.
Vient ensuite la définition des mesures du lieu qui seront employées. Enfin, la rubrique ou table des noms. Ici un fait curieux est à noter : les habitants sont classés, non par l’ordre alphabétique de leur nom, mais par celui de leur prénom. Sont dénombrés d’abord les habitants de St-Gervaix, puis ceux de Baignolz et des pays environnants. (1)
Par la suite le compoix commence l’énumération proprement dite des terres de St-Gervaix.
La première partie contient le « Cayer des Biens préthendus nobles ». Elle comprend :
1° Une partie des biens du seigneur, noble Joseph Denis degast, seigneur de Saint-Gervaix, — biens groupés et situés autour de la
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grange de Bayne.
2° Les biens de Monsieur le Prieur.
3° Les biens des Révérends Pères Chartreux de Valbonne.
« S’ensuit le Cayer des Biens Roturiers » qui dénombre d’abord les biens des habitants de Saïnt-Gervaix, puis ceux de Baïignolz, Saint-Esprit, Combe, Saint-Michel, Saint-Marcel.
Cette présentation du « Présage de Saint-Gervaix » terminée, examinons Ce qu’il nous donne comme renseignements sur les cultures. (2)
Le compoix dénombre une superficie de terres cultivées de 647 salmées, 3 eyminées, 4 boisseaux, 1/2 leydière. Il n’y est fait aucune mention des terres incultes ou boisées, aucune également des terres appartenant en propre à la communauté de Saint-Gervaix.
Sur 647 salmées, 39 sont en terres nobles, 208 sont possédées par (des étrangers à la communauté de St-Gervaix, 400 sont aux mains de saint-gervaisiens.
Etudions successivement les cultures qui étaient pratiquées sur ces terres. Les terres qui appartenaient aux habitants de Bagnols
(1) Il est à noter que les «biens préthendus nobles» et ceux de M. de
St-Gervaix sont classés en tête séparément.
. . @) Nous donnerons les contenances des terres en mesures de l’époque, c'està-dire en Salmée, eyminée, boisseau, leydière. Une salmée se divise en 8 eyminées, qui se subdivisent en 8 boisseaux, qui à leur tour comprennent 4 leydières. Voici maintenant le rapport existant avec le système métrique :
1 salmée vaut 0 ha 63 a 19 ca 523
1 eyminée vaut 7 a 89 ca 940
1 boisseau vaut 98 ca 743
1 leydière vaut 24 ca 24,686
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et des environs étaient en majorité occupées par les labours. Sur 208 salmées, 132 étaient en terres labourables, soit les 4/6° environ. La culture qui faisait suite, mais de loin, était la vigne, avec 16 salmées. Enfin vient toute une série de terres complantées d’oliviers, de vignes, de pré, brottière et gravier, de terre herme réservés aux pâturages. !
Les terres nobles étaient presque complètement consacrées aux labours. Sur 39 salmées, 4 seulement étaient en terres complantées de vignes.
Les terres des habitants de Saintt-Gervaix sont également vouées en grande partie aux labours, mais la proportion est nettement moins forte.
Sur 400 salmées de terres au total, 148 sont mises en labour, c’est-à-dire les 3/8° environ. Cela fait une proportion beaucoup plus faible que pour les propriétaires étrangers à la commune. La vigne, cultivée seule, vient ensuite, avec une superficie de 59 salmées, soit le 1/8°. Le reste des terres se partage entre les brottières, gravier, coste, pré, pour environ 80 salmées, et tout un ensemble de terres, complantées de vignes, d’oliviers, mélangées de jardins, avec une fantaisie pittoresque. Ë
Le terroir de Saint-Gervaix fait donc une large place aux labours, puisque sur 647 salmées de terres, 396 y étaient consacrées. Ce sont dans l’ensemble les meïlleures terres du pays : toute la partie de la plaine alluviale, qui n’est pas trop près de la rivière pour en subir lies dommages, ravinements ou ensablements, toute la zone des terres de 10 à 15 mètres, sont réservées aux labours.
Dans le tènement des Canabories, particulièrement humide et de plus, facile à arroser, de nombreux jardins ont été créés.
Les vignes, au lieu de s’étaler en plaine comme de nos jours, avaient été groupées sur les premières côtes des montagnes et sur les plus hautes terrasses alluviales, de façon à être bien abritées du vent du Nord. On les trouve surtout au quartier du Peyron, du Puecch Sainte-Marie, de la Grand’Font, de Bayne, de Maruel. C’est une vigne uniquement travaillée à la main. Un vieux contrat du-xvir° siècle nous montre le propriétaire du fonds exigeant de son fermier, pour la plantation de sa vigne, des trous creusés à 50 centimètres au huchet. (1) La vigne n’est pas plantée à l’alignement comme de nos jours et se trouve parfois au milieu d’oliviers, ou encore voisine avec d’autres cultures.
Les oliviers se trouvent sur les plus hautes terrasses, celles qui s’accrochent aux rebords des montagnes, contigües aux garrigues. Ce sont les « faïsses » élevées et abritées pour éviter les gelées particulièrement néfastes à cet arbre en cette région. Les oliviers sont rarement plantés seuls ; ils abritent souvent des cultures intercalaires.
(1) Document aimablement communiqué par M. l'abbé Pierre Béraud.
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Une autre ressource est constituée par les « brottières» et graviers des bords de la Cèze. On y mène paître les troupeaux et les taillis fournissent du bois. Ils constituaient, paraît-il, un revenu appréciable.
Il n’est signalé, dans le compoix, aucune plantation de mäûrier.
Ceux-ci, nous le verrons plus lom, ne sont venus que 5Ù ans plus tard. Dans ie compoix il n’y a pas de trace, ou presque, de bois appartenant à des particuliers. C’est à peine s’il est fait mention d'une dizaine de saimées de garrigues.
Par contre un document des archives de l'Hérault (1) datant de 1688 dénombre les biens propres de la communauté de Saint- Gervaix. Parmi ceux-ci se trouvent cinq cents saimées (300 ha environ) de bois, garrigues et pâturages (encore que depuis quelques années, est-il dit, les Chartreux de Valbonne en jouissent par décret pour les sommes qui leur sont dues) et un « pacty en terres cultes et hermes » affermé pour 40 livres. Il semble bien que les bois et garrigues étaient alors des communaux. Des servitudes collectives régnaient sur l’ensemble des terres de la communauté. Nous en retrouvons des traces dans les arrêts du Conseil et les ordonnances des'intendants.
En ce qui regarde les chèvres, 11 fut reconnu qu'on n’en, pouvait tenir dans les communautés suivantes : Baignolz, St-Laurent de Carnols, Sabran, Saint-Gervaix, Saint-Michel d'Euzet, Cornilhon, Chusclan, Goudargues, La Roque, Saint-André de Roquepertuis.
L’intendant M. Louis de Bernage, vu l'arrêt du Conseil de 1725, interdit formellement de garder des chèvres : 100 livres d'amende seront infligées au contrevenant, pour la première fois ; le jarret des chèvres sera coupé. A la récidive, l'amende sera portée à 200 livres et le corps du délit confisqué.
L’ordre fut enfin donné de se défaire des chèvres dans le mois. L’ordonnance est du 10 décembre 1728. Comme bien des circulaires administratives de nos jours, il semble bien qu’elle n’ait eu qu’une existence écrite. .
Pour ce qui concerne les troupeaux, la vallée de la Cèze, ainsi que les sept diocèses de la sénéchaussée de Nîmes, préféra garder le système de la «compascuité ». (2) Un arrêt du Parlement de Toulouse du 27 mars 1/25 autorisa la dépaissance dans la proportion des biens que l’on possédait dans toutes les terres des communautés, à l’exception des vignes, oliveraies et lieux clos. Cela n’empêcha pas les difficultés : on tendit, dans tout le diocèse d’Uzès, à admettre la compascuité dans les olivettes plantées depuis plus de 10 ans et dans les vignes de plus de 6 ans, aïnsi que dans les prairies après la deuxième coupe de foin.
La question en fait, comme le signale M. Appolis, reste très complexe et les usages locaux l'emportèrent.
Aussi, lorsque l’arrêt du 21 juin 1766 eut été édicté, les communautés adoptèrent-elles les solutions qu’elles préféraient, c’est-
EX sine de l'Hérault. Série C 2994.
{ chives de l'Hérault. C. 2432. Terme de la région ur vaine pâture. (Opinion des érudits locaux). ni %