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ce dernier plongea la Préfecture dans le désespoir. Sur les 11 conseillers municipaux restants, 9 étaient complètement illettnés et les deux autres ne valaient guère mieux. L'administration fut oblig'e de choïsir M. Cotton grand propriétaire. (1) Les deux plus gros propriétaires étaient d’ailleurs seuls en lutte pour la Mairie. Le candidat soutenu par l’administration l’emporta par 133 voix contre 68 à son adversaire.
Ce fut l’époque des grandes luttes politiques. Elles se continuèrent sous la ITI° République, avec des scènes que l’on croirait tirées de P. L. Courier. Les discussions s’affirment au moment des fêtes. La lutte se circonscrit toujours entre M. de Saint-Auban et M.
Cotton. Les partisans de l’un ne veulent pas danser avec ceux de :
l’autre et se réunissent à part pour se divertir. Cette curieuse coutume se prolongea longtemps et les blancs ne danseront pas avec les autres, mais entre eux pour la fête. Ce fut un des grands aspects de la lutte politique dans la commune.
Elle resta toujours assez faible. Car il était difficile de s’opposer au maire, homme instruit et apte à s'occuper des affaires de la Mairie. Des protestations se faisaient bien jour : en 1881 cinquante et un signataires adressent une plainte au sous-préfet, le maire y est traité de « tyranneau municipal qui abuse de son pouvoir en faveur de ses partisans, truque les élections, brime les enfants de parents qui lui sont opposés en refusant la gratuité de l’enseignement ».
La République ne plaisait pas à tout le monde comme nous l’allons voir : le jour où, pour la fête du village, on inaugure son buste, un saint-gervaisien croit avoir une idée géniale, il promet 20 fr. à un lutteur de la foire pour renverser le buste. Le lutteur, blessé dans ses sentiments républicains, fait un esclandre et manque de provoquer une mêlée générale.
La vie polilique locale est émaillée de ces petites scènes. Les tripotages municipaux sont nombreux —- on s'entend à cetle époque pour faire des élections. (2)
Après la disparition de M. Cotton la mairie revient aux propriétaires moyens. Les scènes orageuses se font plus rares. La République s'implante. Les maires restent toujours en place, on peut presque dire, tant qu'ils ne se retirent pas. Les charges de la mairie n’attirent pas les paysans du village. Ils préfèrent leurs terres et leur tranquillité.
De nos jours, la faiblesse des partis extrémistes arrête toute velléité de violence dans le cours de la vie politique locale. N ne
pourrait surgir que des rivalités de personnes. Les vieilles rivalités
entre les blancs et les rouges se sont effacées.
Si l’on examine à un point de vue plus général la vie politique d’après les différents scrutins qui eurent lieu, le même caractère de juste milieu apparaît. |
. KE M. Cotton était légitimiste jusqu’en 1900. — M. de Saint-Auban était bérall.
(2) Nous ne croyons pas (d’ailleurs que les petits-fils aient jamais démérités de leurs grands-parents. /
Le premier scrutin que nous connaissions est le scrutin de 1815 sur l'acte additionnel aux Constitutions de l’Empire. Il fallait décider Par oui ou par non. La Révolution votait oui, l’o position à l'Empire s’abstenait. Dans la vallée de la Cèze il y eut 118 « oui », pour la plupart à Bagnols, St-Gervais et St-Michel, et un seul < non » à Cornillon (ce fut le seul de l’arrondissement d’Uzès).
Nous retrouvons ensuite comme significatif le plébiscite en faveur de l'Empire du 8 mai 1870 ; à une énorme majorité, la région affirma sa confiance en l’Empire.
. Après la guerre, aux élections de 1871, les candidats monarchistes l’emportèrent largement dans la région, sauf à Bagnols et à St-Gervais. (1) Ë
En 1876, l'équilibre s'était à peu près rétabli, un candidat en faveur d’'Empire avait d’ailleurs de nombreuses voix. ((2)
En 1885, la liste de droite l’emporta. (3)
Mais aux élections suivantes, le candidat de gauche, Poisson, l’emporta, quoique son adversaire de droïte ait eu dans la vallée de la Cèze plus de voix que lui. Aux élections de 1992 nous voyons apparaître les premiers candidats à étiquette socialiste. Ils sont trois mais ne groupent que peu de voix, sauf à Bagnols. Il en est de même en 1906 où Poisson, radical-socialiste, l'emporte de justesse sur le duc d’Uzès, ce dernier groupant cependant dans Îla vallée de la Cèze un nombre de voix supérieur à celui de son adversaire. (4) |
A partir de cette époque, les candidats de gauche l’emportent dans le canton d’Uzès, mais il reste un fort noyau en faveur de ia droite dans la vallée de la Cèze.
A partir de 1910, c’est Compère Morel, candidat socialiste appuyé par la droite qui est élu. En 1919, la liste d'Union Nétidoule s'assure une avance confortable. (5) En 1924 elle en perd une par-
(1) Deux candidats monarchistes et deux républicains. A l'exception de Bagnols et de St-Gervais où les candidats républicains l’emportent de. peu, le reste de la région vote pour les candidats monarchistes, dans la proportion de 2 à 3 contre 1. Un tiers environ de non-votants.
(2) Trois candidats, 1 républicain, 1 pour l’Empire, 1 monarchiste. Forte majorité républicaine à Bagnols et à Chusclan. Partout le candidat monarchiste l'emporte, suivi de plus ou moins loin par le candidat républicain et
celui de l’Empire. Il y a une forte proportion de votants.
(3) La proportion en faveur de la liste de droite est forte, sauf à Bagnols. Il x a un tiers d’abstentionnistes au moins.
(4). Au premier tour le candidat radical l'emporte de peu à Bagnols et à St-Gervais. Partout ailleurs le duc d’Uzès s'assure une confortable avance, et réunit parfois un nombre de voix étonnant (les 9/10° des votants). C’est le cas de Sabran, Cornillon, Chusclan. Pt
— Au second tour, Poisson, le candidat radical et le duc d’Uzès sont seuls en présence. Poisson conserve son avance à Bagnols et à St-Gervais, mais partout il perd des voix. La proportion est en moyenne de 2 contre 1 pour le candidat radical, avec toujours de brutales différences en faveur du duc d’Uzès.
— La proportion des votants est élevée.
(5) La liste socialiste et la liste des Poilus sont à peu près inexistantes.
Le liste d'Union Républicaine l'emporte de peu à Bagnols sur la liste d'Union
Nationale. A La Roque, St-Gervais et Cornillon les deux listes sont à égalité. Partout la liste d'Union Nationale groupe beaucoup plus de voix que la liste d'Union Républicaine. La proportion est de près du simple au double.
— I y a un bon tiers d’abstentionnistes,
tie dans les communes de la vallée, surtout à Bagnols et à St-Gervais dans l’ensemble plus à gauche (1).
A partir de 1929, les candidats socialistes sont élus mais les candidats de la droite retrouvent toujours dans le pays leurs partisans, et dans certaines communes leur majorité (2).
Sur les dix communes étudiées, quatre sont en 1936 à majorité de droite, trois à égalité entre droite et gauche, trois à nette supériorité de gauche (3).
Aux élections législatives de novembre 1946, nous trouvons pour l’ensemble des communes étudiées les résultats suivants :
Communistes : 1.014 voix. — S. F. I. O. : 1.245. — Radicaux- Socialistes : 594. — M. KR. P. : :1.708.
Cela rend bien compte de l’équilibre qui s'établit entre la gauche et la droite : les voix de droite se sont portées soit sur les M. R. P. soit sur les radicaux.
Comme le constate M. André Siegfried, les scrutins varient, les noms des candidats changent, le fond des élections reste sousouvent le même.
Il n’en reste pas moins que la vallñe de la basse Cèze tout en conservant, tant pour la droite que pour la gauche, un fonds toujours à peu près semblable, est assez sensible aux événements.
Des circonstances, des personnes peuvent changer nettement l’aspect des scrutins ; la population semble influencçable : une masse flottante existe qui se porte tantôt à droite tantôt à gauche.
(1) La liste socialiste et radicale s’assure une nette avance (il y a alliance entre les socialistes et les radicaux), à Bagnols, La Roque, St-Gervais et Cornillon, sur la liste de droite. La proportion est de 2 contre 1 en faveur de la liste socialiste. Partout ailleurs jes listes sont à égalité. Un bon tiers des électeurs s’abstiennent. À ces élections commence la présence communiste.
(2) Sont .en présence essentiellement un candidat socialiste, un candidat radical et un de droite (en 1928 et en 1932), On ne peut discerner aucune alliance socialiste droite contre radical. Au second tour de scrutin, les candidats sont toujours en présence. Mais dans l’ensemble le candidat socialiste Coripère Morel s'assure une large majorité. (Plus de 2 contre 1).
(3) Le candidat socialiste est Larguier et non Compère Morel. La liste de droite marque de nets progrès. Au second tour de scrutin seuls les candidats socialiste et de droite sont en présence.