IT — VIE PAYSANNE
. Les villages de la vallée de la Cèze offrent les aspects les plus variés. La partie la plus basse de la vallée possède des villages à population groupée. Ce sont de véritables petites villes. Chusclan, Orsan, Codolet ne forment qu’une réunion de maisons, bien groupes. Il n’y aipas de hameau, pas de granges isolées. Le négoce des vins a enrichi de bonne heure une partie des habitants et ces villages ont leurs bourgeois, aux belles maisons. Leur allure de petite cité est marquée.
Dans la partie amont de la vallée nous ne retrouvons pas ce type de village à allure de petite ville. Les pays sont restés plus pauvres. Il n’y a pas de belle maison. Les églises sont nues, sans décoration. Les châteaux des seigneurs ne sont souvent que de lourdes bâtisses avec une tour ou deux, mal dégrossies, aux murailles de pierre sèche et de torchis, disposées sans art.
Tout témoigne de la pauvreté de la région au xiIx*° siècle. Le groupement de maisons est moins marqué en amont qu’en aval. Toutes les communes possèdent de nombreux hameaux bien peuplés. Les fermes isolées ne sont pas rares. À St-Gervais, sur les ‘564 habitants que comptait, en lan 13, le village, 101 habitent des fermes ou des hameaux. Mais il existe encore un habitat plus dispersé, non pas sous forme de granges écartées, mais sous l’aspect de petits hameaux multiples de quelques maisons chacun, qui s’essaiment dans la campagne. Chacun attaché à l’exploitation d’un coin de terre un peu isolé.
Ont cette allure typique les communes de Sabran, qui sur les 1.270 habitants qu’elle possède n’en a que 244 au chef-lieu, en répartit 819 dans les hameaux, et 207 dans des maisons écartées dans la campagne, — de Cornillon, qui sur 715 habitants en a 276 au chef-lieu, 309 dans cinq hameaux et 130 dans des maisons éparses.
En plus de ces variations dans l’aspect de la répartition des habitants, il faut noter les différences d'aspect et de situation des villages. Les communes de la vallée ont, pour la plupart, trois types de sols : la basse plaine inondable, les terrasses, les garrigues. La basse plaine, à cause des inondations possibles de la Cèze, est presque vide d'habitants, les zones des garrigues et des terrasses, par contre, possèdent un peuplement dense. Sur la zone des terrasses se trouvent les granges qui sont devenues les domaines
viticoles. La zone des garrigues a beaucoup perdu de nos jours et s’est presque complètement dépeuplée au profit des terrasses alluviales..
Les villages se situent dans ces deux zones. Sur les garrigues, nous voyons, au sommet d’éperons rocheux, de vieux villages féodaux, plus ou moins fortifiés : Sabran, Cornillon, La Roque. Ils se dépeuplent à vive allure.
À la limite des terrasses et des garrigues nous avons St-Michel d'Euzet, St-Laurent de Carnols. Sur les terrasses alluviales, on trouve St-Gervais, St-Nazaire, Goudargues.
Presque tous ces villages sont écartés de la route Barjac-Bagnols. Leur position est désavantageuse à beaucoup de points de vue. On ne s’explique leur situation que par le désir des habitants d'autrefois d’être à proximité de leurs cultures. Leur accès est parfois difficile, l’eau rare. À St-Gervais, où les sources sont nombreuses dans la commune, tout le xIx° siècle se passera à essayer d’amener de l’eau dans le village. De nos jours encore le ravitaillement en eau est des plus médiocres.
Les conditions de vie difficile n’ont pas empêché les villages d’avoir une vie intense. Durant tout le x1x° siècle, la principale activité des habitants fut évidemment l’agriculture, mais de nombreux métiers occupent des petits propriétaires ou des artisans.
Les meuniers locaux travaillaient, soit pour moudre les céréales, soit pour faire l’huile. Chaque village avait son moulin. Certains en avaient plusieurs. À St-Gervais, il existait trois moulins
pour les grains et un pour l’huile : ce dernier fonctionnait en plein
milieu du village, qu’il inondaït de ses ordures sans que personne se plaigne.
Les recensements nous montrent tout un ensemble de petits artisans locaux, souvent propriétaires de lopins de terre. Il y a là des tailleurs d’habits, des cordonniers, des couturières, des forgerons, des maçons, des menuisiers, des charrons, tout un ensemble de petits emplois qui montrent combien la vie repliée sur elle-même de cette époque était active.
Le nombre des artisans est élevé dans chaque commune. Par
contre, celui des commerçants, qui vivent de leur ‘seul négoce, est restreint. Ils sont nares, pour ne pas dire inconnus dans les villages. Il en est ainsi des commerces d'alimentation : il n’y a pas de boulanger, car on fait le pain à la maison, pas de boucher, car on ne mange que la viande du cochon qu’on a élevé. La viande de boucherie n’est pas consomny*e dans nos campagnes, à cette époque. La base de l’alimentation est constituée par le pain et de substantielles soupes avec force légumes et du lard!
Les cafés dont le rôle est grand dans la vie actuelle n’existent pas.
La deuxième partie du xIx° siècle est marquée par l’évolution de ce commerce. Petit à petit on cessera de faire le pain à la maison, on achètera de la viande, alors apparaîtront boulanger, boucher, puis épicier. Maïs Je fait lle plus frappant est le grand nombre de cafés qui se créent ; en 1900 il y a six cafés à St-Gervais pour une population de 600 habitants.
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Par contre, les petits métiers locaux disparaissent. La concurrence des centres comme Bagnols, où l’on va de plus en plus fréquemment, porte un coup mortel à l’artisanat local.
Avec l’époque actuelle ce caractère s’accentue : il n’y a presque plus d'artisanat local : un menuisier, un maréchal-ferrant, un maçon, un cordonnier. Tout le commerce local est un commerce de revendeurs, surtout de produits alimentaires. Seuls des centres un peu importants, comme Bagnols ou Goudargues conservent leurs artisans locaux et possèdent des métiers modernes comme garagiste, mécanicien, qui tous d’ailleurs sont les revendeurs de marques.
. Cela a en partie contribué à enlever une certaine activité à la vie locale.
Il y avait autrefois en plus des métiers locaux, toute la série des querelles et des relations traditionnelles. Les rivalités entre villages étaient plus vives que de nos jours. Les intarissables cancans locaux, l’obsession du qu’en dira-t-on, le souvenir des moindres peccadilles pesaient bien sur la vie locale, maïs celle-ci était cependant vive. Les fêtes, tant civiles que religieuses étaient l’occasion de fêtes de famille, de réunions «entre amis qui duraient bien une semaine, et avec cela les différents villages s’arrangeaient pour que leurs fêtes s’échelonnent durant tout l’été.
De nos jours, la vie est moins repliée sur elle-même. Et si en semaine l’on reste au village pour travailler, souvent le dimanche les villages se vident, les jeunes gens vont au cinéma à Bagnols, à moins qu’une équipe locale de foot-ball les retienne. On ne rencontre guère que des mères de famille promenant leur progéniture, accompagnées de fillettes qui n’ont pas encore atteint l’âge de se faire conter fleurette. Les hommes cependant sont au café ou jouent aux boules.
La vie, même de nos jours, a gardé un caractère de rusticité
que nous retrouvons dans les maisons. Les paysans sont peu
soucieux de leur confort. L’on est stupéfait de leur manque d'hygiène. Rares sont les maisons qui ônt l’eau courante, ou même simplement des cabinets d’aisance. L’électricit® est partout, mais on ne s’en sert que pour s’éclairer. Les maisons sont propres, mais bien souvent dans la seule pièce où l’on reçoit. L'aménagement des maisons est sommaire.
* Le progrès atteint davantage les moyens de production et réussit moins à changer les vieilles habitudes ancestrales. LI « La e , ‘ + Cependant les caractères propres à la région s’effacent. Les modes de la ville sont implantées et les messes du dimanche sont l’occasion pour les élégants d’étaler leur dernière toilette. Les traits originaux anciens s’en vont, d’autres les remplacent ; ils ne manquent pas de sel pour cela.
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