A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
tSpk lé^er effleure à peine des surfaces. C'est en litaat les aocicDs que l'on peut s'approprier une foule d'eipressions neuves : plus on les iraite , plus dan» sa propre tangue on devient soi -même original ; et Ton reconnollra , Messieurs , au nombre , au mou- Tcmeat , à l'harmonie du style , un écrivain qui a frémicuté les auteurs de l'antiquité' , comme aatrefois la Fable trouvoit uae voix plus mélodieuse aux oiseaux qui avoieot voltisé sur le tombeau d'Orph^e- Je ne crains pas d'être il^mcnti par vous , Messieurs , en avanfîtnt que le talent de 1 écrivain déjiend son- Vent de son instruction , cl que la perfection du style , dans notre langue , tient plus que l'on ne pense k une étude ic'âéchie des langues anciennes. Quel est l'homme de lettres qui ne sente chaque jour , par le besoin de traduire sa pensée en latin pour parvenir à l'etprimer dans toute sa force , combien te célèbre Arnauld ayoit raison de dire qu'on apprend k écrire en français , en lisant Cicéron 7 Si Kacine avolt moins médité la langue de Tacite , it n'auroit point trans-
f> .é dans Brilannicus la couletir et 1 énergie de hishA'ien latin ; s'd avoit été moins familier arec la langue d'Homère et de Virgile , on n'en eût pas retrouvé l'intérêt et le channe dans Iphigcnie et dans Andromaquc ; comme on n'eût point reconnu l'esprit et l'accent des livres saints dam Athalie , s'il n'eèt pas été imbu , dès son enfance , du style des prophètes i l'école de Port-Koyol. Enfin , Messieurs , ■1 me semble que les anciens , sont , dans la lilléra- Inre , ce que sont les vétérans dans les armées, des tommes éprouvés auiquels , sur la foi de leur gloire , On penl se confier pour s'en laisser conduire. Aussi toyons-nous que jamais les anciens n'ont été plus honores que par les plus illustres des écrivains modernes. Jamais Homère n'a 4\é mieux loué que par Fénélon , Euripide que par Racine , Pindare que par Rousscan , Flièdre que par La Fontaine ^ Horace qne par Boîleau , Aristote et Pfîne enfin , que par ee grand homme leUr émiïlc (i) , que je Vois placé
t.CoogIc
au milieu de tous , comme une dei piiacipales CO'
lonnes de ce temple.
Qu'on me pardonne cette digression si appropria & ma ûtuaiion ei ^ mon sujet , dans l'dogie d'un bomme de lettres qui aroit voue' aux anciens le culte le plus vrai et le plus constant. II suffit en effet de parcourir les ouvrages de M. de Fompignan , pour |uger de sa pi^lë UllËraire envers l'autiquitë , comme du caractère dominant de son esprit. Je Toudroii en Tain dissimuler, Messieurs , que dans ses traductions desGtforgiquesetde quelques liTres de l'Én^ide, il n'a ni l'tmaguiation dans 1 expression , ni la couleur , ni L'harmonie, ni la Terve et le mouTsment toujours aaim^ , tonjours vari^ de ce traducteur célèbre , qui parmi tous a porte' la magie du st^le poétique à un si haut deàt de perfeclioa ; mais au moins ces U-aduclions de M. de Fompignan réuni»sept-elles d'une manière très estimable , la fidélité , la clarté , le naturel , la précision sourent assez d« nombre et de méloi^e pour satisfaire même une oreille délicate , et singulièrement ce goât sage.et pur , qui ne tient pas sans doute lieu du génie , mais qui, dans les ouvrages d'agrément , peut quelquefois consoler de son absence. Tous ces caractices, je ne dis pas d'un talent éminent , mais d'un bon esprit , se lont de même aperceroir dans les traductions en Ters qu'il nous a données de l'éloquente élégie d'O- Tide i, son départ de Rome pour son eiil , du voyage charmant d'Horace i Brindes , des plus belles odes de Pindare et d'Uorace , de quelaues morceaux de Lucien , de Dion Cassius , enfin du poëme pliilosophique et monldes Travaux et des Jours , chefd'œuvre d'Hésiode , et l'un des plus précieux monumens de la poésie antique, où le traducteur français réunit quelquefois l'énergie de Juvénal à la précision de De^réaux. C'est ainsi que M. de Pompignan s'est constamment attaché k fau^ reTÎvre , sous les yeux de la litléi'aturtf française, les modèles de l'antiquité. Dans les époques de l'affaiblissement du goAt , les hommes éclau^s par de longues étude* ; et qui