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A L'iCADÉMIE FRANÇAISE. S^
«'înt^SSCDt siacèremeut & U gloire des lettres , ne peuvent pas sans doute créer les taleos , mais ils
Euveat du moins rappeler i la géucratioa naissance I prtDcipM et les exemples consacrés par le suffrage dé toutes les natioas et de tous les siècles : comme chcK les Jinciens peuples, on aliuit , dans les temps de calamité, tirer du fond des temples les statues des Mros et des dieux , pour les offrir de plus près aux regards et aux hgmmages des citoyens.
La traduction d'Eschyle est f dans ce genre de travail, le service le plus signalé que M. de Pompignait. -ait rendu aux .lettres. Eschyle , le père de la tragédie , et peut-être lui-même le plus tragique des poètes grecs , donne aux passions le caractère le plus e'nergiquc et le
S lus terrible dans l'A^memnon , dans les Coëphores , ans les Euménides. Il trempe sa plume dans le sang pour peindre le crime , la vengeance , le remords ; Mais des métaphores quelquefois trop hardies , oii ftop forcées , ou peut-être restreintes aux mœurs de la Grèce , abscurcissaieut souvent la ,pensdc d'Eschyle , et la rendoicnt impénétrable aux hellénistes les plus profonds , et aux scoliasies eux-mêmes. M. de Pompàguan semble avoir dissipé le premier ces ténèbres , comme il est le premier qui , dans notre langue , ait osé Uaduire Eschyle tout entier. C'est dans «ette traducûoo , dont les traits libres et hardis ressnnblent aux premiers mouvemeas'du génie , qu'on voit un grand littérateur sans aucun faste de notes ambitieuses ou superflues, Jamais pdëtc dramatique avant lui, n'avoit traduit des tragédies ; et l'on sent h cette lecture , combien soa talent venait heureuse-* ment au secours de sou érudition. On lit l'Ëschylo de M. de Pompignan sans penser jamais au traducteur , nui , k force d'art , s efface lui-même et disparait. C est en effet , Messîeui-s , le triomphe d^m écrivain qui traduit , de s'éclipser devant ses lecteurs , pour cou centrer toute leur attention sur l'auteur qu il veut reproduire : comme c'est le triomphe d'un orateur de se faire oublier , pour montrer t& iiéroi qu'il célèbre; comme c'est ie triomphe du poète C S
drsButique de m cacher loujonn i t'ombra dn pep- •onnafejju'tl fait [urler.
. Des services tuoini ^lataot , âoot la r^pulitique des leltm est redevable à ce savant ^rivain , mais ifù ajouteroQt beaucoup ii sa gloire quand ils seront connus^ sont conservas, Messieurs , dans l'immense recueil de ses correspoadances. C'est un riche et vaste d^ôt de litl^ature , de jurisprudence et d'histoire , et partout on y sera étoané de l'e'lendue et de la Tanété de son érudition. Vous pouvez juger d'avance , Messieurs , du singulier mérite de celte collection , plus volumineuse que les oeuvres de H. de Fompignan , par les idées , les vues , les jlrincipes de goât i^u'il a développés dans U lettre universellement esumée qu'il e'crivit i, Racine le lils , auquel il demaudoit et uroposoit des observations sur les ouvrages de son illustre père. Maïs ce qui m'a surtout frappé dans cette lecture , c'est l'aimable intérêt qui atlti-e sensiblement son c<zur vers ce commerce d'instruction. Cet écrivain , si austère avec le public , semble amollir son style , et l'attendrir au ' nom de t'amitié , dout il a la cordialité , l'ahandga , les aimables inquiétudes , et son ame lui fait développer alors un nouveau talent , celui d'une douce éloquence. Ainsi , Messieurs , ce qui , dans l'art d'édire , lui a le moins coûté , sera peut-être un jour ce qui honorera le plus sa mémoire } et il aura ce trait de ressemblance avec M. le cliaucclier d'Aguesseau , doDi il'fut chéri et estimé , que ses lettres seront l'un des plus beaux monumens de ses travaux et de son géuie.
On s'aperçoit , Messieurs , en Usant attentivemeat les ouvrages de M. de Pompiguan , et en les comparant avec ses lettres famiLères , que toutes les fois qu'il les destiuoit à pai-ottrc aui yeux du public , U sévérité de son goût surveilloit de près , et intimidoit son talent. C'est 1^ ce qui reiroidit souvcut son imagination dans ses épitres morales , parmi lesquelles cependant je crois devoir en distinguer une qui resfK6 lf( semiÛUW û plut iugéaue et £i plu» t9iiçiuui;« y ,
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A L'ACADÉMIE TOANÇABE. Sq
tite est adressée & son fils mort quelques jours après 'ta naissance , & ce même enfant qu'il voit aussitôt au 'mineni des clioears des anges, et qu'il iuvoque avec l'onction d'une foi vive et tendre, et TaEceut d'une donleur toucbante et respectueuse ; mais en cooser- Tant toujours k genoiu devant ce berceau , devenu Ipoar lui na autel , la dignité si doude et si Ic-^time de h paternité'. C'est, j'ose le dire , Messieurs, l'une de» plus belles ide'es que la poisie chrétieuue ait jaraaJS Conçues , et que le ge'nie de la religion puisse inspirer à la piéé paternelle d'un poète.
Mais comment est-il donc arrivé , Messieurs «u'avec ce goit scrhpulcui et craintif qui semble * «cvant le public , frayer et faire vaciller quelque fois la plume de M. de Pompignan , il le soit comme abandonné au genre de poe'sie qui demanile le plus de courage et d'audace , je veux , dire le genre lyrique î Ne seroit-ce potol par la raison même qu'il est très naturel et très simple de se précipiter ainsi lors de sa sphère , lorsqu'on a le sentiment de ta timidité , et qu'on s'efforce de la vaincre ( De 1^ vient sans doute, Messieurs, que dans ses oJés il i plus d'élans heureux que-de mouvemcns suttlenûs parce que la force de résolution n'a qu'un moment et que , dans le génie comme dans l'ame , il n'y a que la force de caractère qui soit constante. Ici Messieurs , je dois rappeler , k l'aTanlagc de M. de Pompignan , une observation qu'on a faite avant moi c'est que le genre de l'ode a perdu parmi nous lé grand intérêt patriotique et moral qui Vanimoit dans les beaui climats ou eHe prit naissance. Chez les Grecs , en effet , le poème lyrique n'élbit rien moins qu'un jeu fictif de 1 imagination , et l' essor d'un entkousiasme solitaire ou factice. T^e poêle étoit bien lifellement parmi eux l'organe de la religion, de la
S strie , ou de la gloire , Pinterprèle des sentimens 'un peuple entier réuni en corps de nation , et le pWtre des muses. On l'appeloit auï ieui olympiques aui jeui pythiques , auï jeui isthmiques , aux courses n alliée nneS , comme un pontife inspiré et accrédita C 6
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fio DISCOURS
du ciel , pour célébrer et couronDer soleiiH^emetrf les vainqueurs , avec toute l'autorité d'un ministère public , en présence de k (iréce assemblée ; et c'étoil alors que le nom de poète étoit véritablement sacré [ i ) , selon l'eiprestion très juste de Cicéron. Au milieu de ces grands spectacles, il étoit facile sans doute à un homme ni pour l'éloquence d'être saisi d'un enthousiasme soudain ; mais comment , dans nos constitutions modernes , ce feu di- TÎn allumera-t'd avec la même ardeur l'imagina— tion d'un poète soUtaire qui n'a plus qu'un objet ide'al , et ne peut représenter qu'ua personnage isolé ? Cependant, maigre cette espèce de dégradation du ^enre lyrique, quoique le génie d'Horace n'ait été secondé qu'une seule fois par l'appareil de ces SOleuDilés nationales , le poète latia marche encore avec gloire après Pindare qu'il imite , et qu'il compare lui-même i aa Ueuve impétuenx qui n'a point de fond. Malherbe et Rousseau se sont également illustrés par de superbes odes dans notre langue. M. de Fompignan , quoiqu' inférieur à l'un et à l'autre , s'est montre , (Lins la force de son talent , digne de les suivre ; et j'oserai dire qu'il égala un moment la jpompe et la magnificence du stjle de Rousseau , en déplorant sa mort. C'est dans celte ode , Messieurs , que l'on admire l'une des plus sublimes strophes dont notre Parnasse puisse jamais s'honorer ; et ce qui ajoute encore i son mérite , c'est qu'elle est consacrée à célébrer le triomphe du génie sur l'envie. Inscrivons donc sur sa tombe , comme l'épitaphe la plus digne d'un poëte lyrique, cette strophe à iamau mémorable ; par la réunion d'une grande idée i une plus grande image ; et puisqu'elle peint merveilleusement les travaux des
fens de lettres , franchissant les âges pour éclairer univers , qu'U me soit pemûs de répéter avec orgueil dans son éloge cette m^nifique apolo^e des glands hommes , dont M. de Pompignan , méconnu
X'} V-eri laaçlum pottci nonua, Pro /uchiâpoeià.
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A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. 6i i^wn tour dans son talent lyrique , aura ta gloire d éire l'immortel vengeur , au milieu même de sei luue'railles littéraires.
Le Nil a TU sur ses rivages Les noirs habitaas des d&erts Insulter , par leurs cris sauvages.
L'astre éclatant de l'univers.
Cris impuissans! fureurs bizarres !
Taudis que ces monstres barbares Poussoient d'insolentes clameurs , Le dieu , poursuivant sa carrière , Versoit des torrens de lumière Sur ces obscurs blasphémateurs ( i ).
. (i) J'ai eattndit quelquefoit comparer à cette luperie ttrophe , qat rien ne surpaiie et n'égaU peut-être tn ea geare daiu aucune laagua , une autre strophe dont la même poète à lu eariehir la neuvième et trèt hette ode du premier livre de set Poésiet sacrées. C'est aHe imitation du psaume 79 , qui régis Israël , iaiende t etc, f oà te IrOUTCDt Ici vcneti luivans -h fincam de j4Egypto traïutulisti ; e/eciiti gentes , et plantasti eam , dux itineris fuisti tn conspectu ejus , plantasti radiées ejui , «< implevit terram, Operuit montes umhra ejut , et arbutta ejus cedros Dei. £xt4ndit palmites ejus uiijuii ad mare , tt lisque ad Jhimen propagines ejus. »
R était difficile sans doute d» transporter dans natr* ■ langue timide , et beaucoup snoinr poétique aussi qat fUtUoiophique , cet images trop hardies pour août, eetta.. iigue qui voyage , et que Dieu précéda et toaduit au loin. Le talMtt de M. de Pompignan a trit heureusement triomphé de toutes les difficultés , en Jaisaitt parler ainsi le roi-prophite , avec autant de naturel que <f imaginatien et d^élégance.
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l>a grande et peut-^tre l'unique ressource de l'odi; parmi nous, Uessieurs , c'est le geore sacre , parce
Du milieu des vastes campagnes , Celte vigne que m c'";ris , Elève ses boui^eons Qeuris Jusques au faite des montagnes.
Les cèdres rampent k ses pied& ; Ses rejetons multipliés Borneal au loin les mers profondes.
Le Liban nourrit ses rameaux , Et l'Ëuphrate roule ses ondes Sous l'ombrage de leurs berceaux.
Celte itrophe tCapproehe auitemeitl , d mon avis , Je' celle f ua /« rapporte dont mon ditcours. Le rtjrle k'ea eit ni aussi ferme , ni autsi plein , ni aussi coulaat i ni
la riçfietie dft rimes , comme par la magnificence de Vélocution et des images ; mais ce n'en est pal moins une très belle période poétique , et pour peu ifu'etU soit soutenue p^r la déclamation officieuse du lecteur , elle a beaucoup de pompe et d'Iiarmonie.
Je ne puis résister à l'occasion et au plaisir d'honorer ici ta mémoire du talent lyrique de mçn prédécesseur , en citant encore une autre strophe dt Vode XI de son premier livre, foici comment il a rendu le passage du psaume io3 •' Benedic , etc. terniinum poiuisti quent non transgredienlur , neque coavartentur operire terrain. " Katis ave* marqué à la mer les bornes qu'elle ne pàtsara point et qui l'empêcheront d'inonder la terre. » Il dit donc que Dieu a renfermé let eaux de la mer , en leur oppasant uae barriir» insurmontable.
Les bornes qu'il leur a présentes Sauront toujours les ressCTrer :
Son doigt a tracé les limites Où leur fureur doit ex[.irer.
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A L'ACADÉMIE HIASÇAISE. 63
^•a fest ïBscepUble d'im Terilabk enthousiasme , et ^ue dans tous les arU d'imogiiialion j les K^es reli- La mer, dJDs l'eitès de sa rage
Se roule en v
e rivage
Qu'elle épouvaDte de son bruil , Un grain de saLte la divise :
L'oude ^ciime , le flol se brise , Keconnolt son maître' ei s'eafuit.
Cci tix demie,
i poëte , tt leur
beauté Ijriilue allant loujouri en eroisiant, le deriàer de tout ett le plut tuùlime. •
Il teroit ahé de multiplier ces citationr , pour eonitater , en VAoaaeur de M. de Pempignan , dei titre) poétique! du premier ordre. Let ataateuri de la poésie frantaire appelleront dans /oui lei liicUt 1er regards de la postérité sur ce recufU oii ils admireront tant d'aulrej •troplies, et même des odes entières , dignes de, élogte du ion goût. J'avoue à regret qu'en s' assurant par de si iAïuz titres une place parmi les poètes du premier or- I dre^, !H. de Pompignan aurait pa réduire , presque 'de
I moitié , la eollectioa de ses Podiiei Hcréea , sans rien
|, perdre de sa gloire , et qu'il aauroit pas dû surtout la
I rendre encore plus volumineuse , en y ajoutant par un
mauvais calcul d'amour-propre, le prolixe eximcD , ou I plutôt Vennujeux commentaire en forme £apalegie ou
de panégyrique , composé avec te goUt poétique d'un économiste , par l'Awi des hommes , M. le marquis de Mirabeau , dont l'admiration pernicieuse rappelle l'enthousiasme ridicule du docteur Mathaaasius , dans le Chef-d'œuvre d'an ioconna.
On sait combien Voltaire , ennemi déclaré de M. rfs Pooipigaaa , lui /!t expier chèrement sa vanité littéraire,
j ■ plaisanteries. Ce même Voltaire qui s'est tant taoqué
des Poésies ttciica ,.saas justice et sans honne foi , a,'auroit certainement pas pu trouver dans cette eollectioa , dessert aussi décolorés , auâsifaibUs , aussi di-
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64 IHSCOURS
gtemes sodI la plus UeonAt et penl-ètfe l'iiniqne source du vrai beau , du beau idéal. Les prophète* f ([ue je considère ici sous l'unique rappocide la poésie , pourvut da poéne et de gaût que la tirade tpi'oa est turprU de lire encore daiu un poème de son meilUur tempi , daat un ouvrage de courte haltine qu'il a rotouché pluiieurt /bis, enfin dam le Tticplc dn goùt.
Près de là , dans un cabinet Qae GirardoD et le Fuget Embellissoieot de leur sculpture , • Le Poussin sagement peignait. Le Brun fièrement dessinait ; Le Sueur entre eux se plaçait:
Oq l'y regardait sans murmurs ; Et le Dieu qui de l'œil suivoit Les traits de leurmaio lîbreet sûre , En les admirant se plaignait De voir qu'à leur docte peinture Malgré leurs efforts t^ manquait.
Le coloris de la nature.
' On ne conçoit pat qu'an ti grand poète ait pu ciHnposer renoir et conserver de pareils fers , ou plattt ee ne sont pat-là des vert ; et , pour me servir ici -du mot propre , d'uTie exprettian. technique fue le tris savant ««• tiquaire DomTattin, iénédictin , emploie souvent dtutê l'histoire littéraire de la congrégation de Saint Maur , de pareils bouts riméi par l'auteur de la Heariade ne sont que de la proie cimSe , uniquement réservée aux inscriptions en itjle lapidaire , dont chaque ligne deit préstater un sans complet, foltaire écrit ordinairement en prose avec plut ^imagination et de verve qu'il n'en a montré en caractérisant , d'une manière si languissante , not plus grands sculpteurs et nos peintres les plus aélihres. Qu'aurait-il dit du talent poétique de 1^- de Pompigaan , ti ta mute tant ridiculisée eût parlé la m^me langue pour célébrer nos artistes du premier mdra î