‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 12 sur 73 · A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. M · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. M

et iadâpeDdamment de l'inspiration divine , écrivoienl dam une langue que sa pauvreté même forçoit d'être hardie , énergique , dguréé , et par conséquent émi- ,iieinmeat pittoresque. Leur nation ayoït des rapports continuels et intimes avec Dieu , qui la gonvernoit Imme'diatement , dans les principes de la théocratie, oii le palais du souverain ëtoit le seul temple de la divinité. C'étoit là que Moïse avoit chanté , après le

Sassage de la mer Rouge , la première et la plus belle e toutes les odes. Le génie de David , tout énervé qu'il est dans nos versions , étincelle encore de traits aublimes. Plein de verve et d'images , il assiste à la création , quand il en peint la magniiicence ; il yole de merveilles en merveilles , et anime toutes ses expressions d'un mouremeqt vif et pressant. Le Seigneur , dît-il , lonna sur la tête des méckans , et aussitôt la terre les vit tomber en cendres. (i)C'est un homme qui vous parle de haut et de loin; il n'a que le mot important de son idée à vous transmettre , ne s'énonce que par traits ; et ,' dans cette rapide concision , il vous découvre la cause la plus merveilleuse , en vous entratuant et en se [m'cipitant avec vous vers ses effets les plus lointains et les plus sublimes. Jamais l'esprit divin ne communiqua au génie de l'homme tant d'ascendant et de puissance. David commande en souverain aux élémens, i la mort , à l'avenir j et , depuis les astres du ciel jusqu'aux abîmes de la terre et de l'enfer , l'Éternel semble avoir mit toute la nature sous l'empii'e de son

POEU.

Rousseau , celui de tous nos écrivains lyriques qui ■'est montre' le plus digne d'imiter David , si uavid ,

[i)CeHla traduelioA littérale du ttxte Jiélreu de cet étonnant verset de» psaumej r IntODuit laper peacatorea Domiaoi , et illico cecideroot cinia super terram. Ile étaient debout , i^ t»ntiei%t foudroyé» , et dam ce rapide inlervaile de Uitr chute , ils sont déjà réduiti «a cendre» \

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iana la vA^mence et la rapidité de son g^nîe , nVtoit pas inimitable , Rousseau a'a voulu ou n'a oté traduire que douze de ses plus beaux psaumes ; et , es s'efforçant d'égaler son modèle , il semble avoir foné le ïljle de l'ode k son plus haut degré à'éUva.itOD. Simple et magnifique 3 la fois , il a l'accent de l'eaibousiasme dans un langage toujours soumis aux lois de l'analogie et du goùi , l'art de dompter toujours et si heureusement la rime qu'il n'en laisse jamais remarquer le travail , et que cette contrainte embellit au contraire sa penstfe.en l'exprimant avec

S lui d'harmonie , d'éclat et de précision , dans une iction toujours élégante , pure et barmonieuse , la majesté la plus imposante et la plus naturelle du ton lynquc , la pompe des expressions les plus solennelles , le talent de revêtir ses pensées d'tmages augnstet qui parlent aux yeux et peignent b l'esprit toute la majesté de l'Être suprême... Heureni s'il eâtplus souvent déployé cette sensibilité nui rend la voix de David si toucliante , et dont il a lui-même, une fois au moins , répandu tout le charme dans le cantique d'Ëzécbias 7

Ce fut à l'exemple de Ronsseau , et en le prenant pont modèle , que M. de Pompignan conçut \e projet d'enrichir notre littérature des trésors qui restoieut «aore h recueillir dans les livres saints ; et le secret qn'il semble avoir réellement dérobé "à ce grand lyri que , c'est celui d'une versification toujours claire et correcte, et ordinairemenl facile et harmonieuse. 3e n'inviterai point sans doute les amateurs de la po^ sie , Messieurs , à lire de suite un recueil de cent odes sacrées , pour constater la justice de cet él<^ j c est une e'pieuve trop redoutable , peut-être , pour toute espèce de vei-s français, quand ds ne sont pas soutenus par l'intérêt d'une action dramatique. Mais qu'on lise par iutervalles , comme le caractère de notre poésie et le génie de notre nation sembUut 1 exiger , les psaumes , les prophéties , les cantiques , les discours philosophiques et en vers , lires des livres sapieoliaux, les hymnes très poétiques

J.OOglf

A I/ACADÉMIE FTIAKÇAÏSE. «^

enfia dé M. de Pompignan. On y trouvera peut-être ^ue , trop préoccupe' du soin de tlatlcr l'oreille , il se oblige ijuclquefois sur les (noyeos que son talent loi fourniroit pour inte'rcsser l'aine ; que , trop satisfait du ton éltvê qu'il a su prendre et soutenir, il ne redierche point assez les douces luodulaiious qui en ■auveroieat la monotonie , qu'il laisse souvent k de-sirer plus d'imagiaaiioa dans l'expression , et plus de sensiLiliic daus ses vers j et qu'enfin l'ambition de grossir le volume de ses'poésies lyriques , a nui à la solide gloire que lui auroit acquise un recueil cboisi des belles odes sacrées dont il est l'auteur , s'il avoit Toutu y borner son talent. Mais dans celles-ci , do moins , qui sont en assee grand nombre , on reconuoltra une élocution aoime'e, abondante et correcte , une très riche variété de rbyihme , un beau caractère de poésie , la tradition et la manière des oracles du goût, l'art de rendre i|nelquefois heureusement des expressions de l'Écritaçe , qui sembloient inaccessibles k notre langue , et souvent dans la fierté imposante de ses débuts une verve qui imite' l'inspiration (i).

' Tels éloient , Messieurs , les principaux liirts littéraires de mon prédécesseur , lorsque la voix publiée l'appela au partage de votre gloire. Chef d'une cour souveraine , favorisé des dons de la fortune, qui sont si utiles au dévektppemens des lalens , quand ils ne les étouffent point , accoutumé ï jouir d'une admirdtion universelle , ou plutôt d'une espèce de coite dans nos provinces méridionales , où , au danger de trouver tant d'hommages , se joignoil encore pour lui le malheur de n'avoir point de rivaux et de ne trouver qu'ua trop petit nombre de juges , généralement estimé parmi les gens de lettres , épai^né par la critique , ébloui , peut-être , par de trompeuses espérances, environne de la considération d'un

(i) Son agréable Voyagé de t'roirence et et Langaadoc etl écrie ta vert ayee beaucoup de correction et tiUgaaee,

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trin {i) dûtiagaé dans le cietgé de France par M« vertus et pai' ses lumières , il veuoit d'ajouier i Modtaubao une nourelle colonie à la république des lettres , i]uand il parut devant ce sénat lilte'raire peur ^tenir les honneurs du triomphe. Je ne saurois peater ici , Messieurs , sans un regret amer , à la pers-

n've de bonheur qui sembioit s'offrir aux regards [. de Fomp^nan, lorsqu'invité par vos suffrages à venir s'asseoir parmi vous , il n'avoit plus qu'à jouir du repos dans le sem même de la gloire. Un moment, et, en appai'euce , le plus heureui momeul , a tout empoisonné. Je ne vois plus mon prédécesseur, durant le reste de sa caniere , qu'à travers un nuage sombre... Mais c'est sans doute, Mesùeurs, rendre hommage k voire délicatesse et à votre jastice , ijue de séparer h vos ycui les takns qui ont illustré une vie tout entière , d'un excès de zèle qui en a obscurci le plus beau jour. Le zèle pour la relinon n'attend point ià de moi un éloge superflu : il n'en a pas . besoin ; je m'interdirai donc par les mêmes convenances U censure des écarts auxquels il peut conduii'e. Consolons plutôt l'ombre affligée deM. dePompignan , que je me représente dans ce moment k mes côtés , rappi-octunt par ses regrets Us deux séances qui composent toute sa vie académique > celle de sou adoption , celle de son éloge fiuÈbre ; et attendant aujourd'hui des mains de son successeur les dernières palmes qui doivent couronner devant vous l'ombre

Staintive et intéressante de l'auteur deDidon. Non, lessieurs , vous n'avez point oublié que les liens qiâ l'altachoient aux lettres , l'unissoient toujours à vous. S'il a pu se croire étranger , a cette compagnie, l'erreur a été i lui seul ; mais dans le cours de ce long et déplorable divorce , ses travaux lilléraires vous appartiennent , et je porte aujourd'hui , avec confiance , tous ses titres et tous ses succès en Uibul à votre gloire.

Depuis cette &ule époque. U. de Fompignan

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