‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 26 sur 73 · Tome I, F · texte numérisé non relu

Tome I, F

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Il est donc coiiGtant que ce grand ora^teur , toujours éloquent devant^e préteur comme dans la tribune aux harangues, n'avoit pas besoin d'une cause liée aux destins de Kome pour déployer toutes les richesses de son talent , et qu'il était même souvent plus éloquent lorsqu'il plaidait au milieu du peuple, que^ lorsqu'il parloit en présence de César. Sa harangue pour l^garius est écrite , il est vrai , d'un style endianteur ; mjfis elle est bien loin d'être estimée conmie l'un de ses discours du premier ordre. Cicéron y demande la vie de" Ligarius à un usurpateur', comme s'il imploroit la clémence d'un souverain légitime.

I^eféloges qu'il prodigue adroitement à César dans sou ingénieuse péroraison semblent justifier les reproébes dont l'accabla le sto'icien.Brutus, après Ta 'mort du dictateur, dans celte fameuse lettre où cet austère républicain l'accuse de flatter bassement Octave , et qui est comptée avec raison parmi les chefs-d œuvre de rantiquiié. C'est dans les Penines , c'est dans les Catihnaires , c'est dans la seconde PhiUppique , c'est dans presque toute^ ses péroraisons , c'est dans $es traités immortels qui ont pour-titres, F Orateur , de l'Orateur , et des Orateurs illustres , qu'on trouve toute l'éloquence de Cicéron.

Pour mieux accabler les. ennemis de sa patrie , qu'il traduit dans les tribunaux ,.

c'est toujours aux. adversaires qu'il poursuit, c'est à Marc-Antoine, à Verres , àCatilina, que Cicéron adresse la parole devant les iuges j et la véhémence de ce style dîr&ct

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le» l'éloqoebce," 43.

rend chacune de ses actions iuridiqaes un véritable pugilat oratoire. Tous ces écrit»

classiques doivent éire le manuel des ora-* teurs chréljeiis. La rapidité a.vec laquelle il composoitces admirables discours., maluré la muhitude et l'importance des affaires dontilétoitsBfchargé, ne l'enipi'clioît poim de donner, à 'son langage une si rare et si désespérante perfection , qu'il est aussi aisé d'entendre ses harangnes , que difScile d'en reproduite le charme inexprimable ,' en le»

traosportant dans notre langue.

Les étonnans exemples de fécondité que

. nous offrent les dernières compositions de l'orateur romain » prouvent évidemment que nos avocats ne sauroient justifier la

■négligence de leur élocuiion , par les ira^ vaux ou par "les distractions inévitables de leur état. Kon cert£s , ce n'est pas le temps seul qui leur manque pour écrire avec tant de perfection : c'est le talent , e'est le gpût , c'est l'inspiration du génie. Ce fut dans un intervalle nien court., et pendant les orages continuels d'une guerre civile , que Giec^ Fon publia tous ses fameux plaidoyers contre Marc-Antoine „ qu'on appelle les •Pltilip~ piques ; et l'on ne 'conçoit pas qu'il ?ii pu conserver assez de liberté d'esprit , après la mort de César „ pcmr entreprendre et pour achever , ■ en si peu de temps , dans la soixanie-qualrième et dernière année de sa' vie j ces qiialorze discours paj lesquels il termina. si glorieusement sa carrière. Son

'.courage y parut agrandir encore son talenl. {iunais il n'apprûCËa de plus près de l'énergie

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sdrl'éloqobhcc. 4^

VirgUe , qui ne croyoit pas à la clëmence des remords , n'osa jamais rappeler ce nom accusateur dans ses écrits ; el le poëte courlîsau n'hésita point de~ saciifier aux dange-renses réminiscences d'Octave, devenu souverain de son pays , l'un des plus beaux titres de gloire de sa patrie , en accordant aux orateurs de la Grèce la supériorité de l'éloquence sur le consul de Rome : Ora- 'bunt alii rneliùs causai , elc.

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