XXIV. Ihs prédicateurs célèbres depuis MasSfUon
Après le succès si contagieux du Petit Carême , la nouvelle génération d'orateurs qui succédèrent k MassiUon , fortement entraînée vers un si dangereux écneil par l'attrait de la gloire , suivit cette fatale impulsion de l'écrit public , en dirigeant ses discours
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discours vers les matières philosophiques.
Tous ou presque tous les taleas distingués en ce genre se précipitèrent à l'envi dans la même route , comme si chaque auditoire eût ressemblé k la cour d'un enfant roi.
On agrandit bientôt outre mesure la carrière sédutsantç que Massillon venoit d'indiquer à l'éloquence , en la parcourant lui - même avec tant d'éclat; et une simple nouveauté de circonstauce devint une véritable révolution dans le ministère évangélique. On oublia ainsi la règle si profonde et si lumineuse que Bossuet avoit accréditée d'abord par son exemple , et qu'il avoit consacrée ensuite solennellement au nom de toute l'Église {gallicane , en présence de l'assemblée générale du clergé , lorsqu'il dit dans la première partie de son sermon , pour ainsi dire , religieusement national , tar fmilé de fÉglise , ces" paroles à jamais mémorables : On veut de la morale dans les serinons , et on a raison , pourvu tjuon en' tende que la morale chrétienne est Jondée sur les mystères du christianisint-
Les grands sujets de cette belle et solide instruction cbréiienne , si bien indiqués par l'Église dans l'ordre annuel et la distribution des Évangiles; ces sujets si importans , si féconds , si riches pour l'éloquence , et sans lesquels la morale dépourvue de l'appui d'une sanction divine , et déshéritée del autorité vengeresse d'un juge suprême, n'est plus qu'une théorie idéale et un système purement arbitraire qu'on adopte ou qu'on rejette à son gré j ces sujets magnifi* Tome I. I
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que? , dis-je ; fareat plus on moini vus à ~ 1 écart par les oratears ehrétiens qui com- 'posèreot malheureusement avec ce mauvais goût , et qui , en s'égarant dans ces nou- Telles régions , renoncèrent d'eux - mêmes aux plus grands avantages et aux droits les plus légitimes de leur ministère. Tout fiit bientôt mêlé en ce genre , et dès-)prs tout fut corrompu. (Ht ne put sanctifier la philosophie : on sécularisa , pour ainsi dire , la religion.
L'ancienne et bcUe manière des grands maitres qui avoient créé une école si révérée et si illustre ,- fut remplacée par le beU esprit , pai' le philosoplùsme , par le mau- -vais goût , par le jargon de la métaphysi- ^e , par la manie de réduire toute la morale à la bienfaisance , mot nouveau , dont on fit , pour ainsi dire , le sobriquet de la charité. On s'efibrça de traiter philosophiquement les sujets chrétiens , et chrétiennement les sviets philosophiques, en les ralliant ou en les suspendant , le mieux qu'on put , k l'étendard de la religio^i.
On préchoit alors , je m'en souvieps avec douleur , sur les petites vertus , sur te demichrétien , sur le luxe , sur l'homeur , siw l'égoïsme , sm* l'antipathie , sur l'amitié , sur l'amour paternel , sur la société conjugale , sur ta pudeur, sur les vertus sociales , sur la compassion , sur les vertus domestiques , sur la dispensation des bienfaits , etc. , etc. , enfin sur ta saiatf agrieullare ; et on auroit pu suivre un carême entierdes prédicateurs àlamode, sans entendre
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' jamaU parier des quatre fins de l'homme, du délai de lacouversiou, d'aucune homélie , d'aucun sacrement , d'aucun précepte du Décalogue , d'aucune loi de l'ÉglUe , d'aucun mystère et d'aucun péché mortel.
Bossuet lui-même, avec tout son génie , ne seroit jamais parvenu à faire un vrai etbeau sermon chrétien sur de pareilles matières.
Ces instructions étoient si bizarres , que lorsqu'on arrivoit après l'exorde pour assister a tm sermon , le l'ai souvent éprouvé , il falloit attendre renonciation du second point potu: deviner l'énigme , et connoître l'objet du discours qu'où entendoit. Ce fut après avoir subi le aégoùi mortel d'un sermon de ce genre , que le grave et vénérable père de La Valette , général de l'Oratoire , interrogé sur le jugement qu'il portoit de l'esprit du préilicateur , répondit avec autant de goût que de raison ; Je ne sais siljaui avoir beaucoup d'esprit pour composer un pareil discours ; mais il me semble que c*est en montrer bien peu ,etn 'avoir aucun bon sens , que de le prêcher dans une église.
A cette corruption du genre oratoire dans les chaires chrétiennes , on vit se [oindre aussitôt un conrage plus que hardi dans les diatribes très' indiscrètes et très applaudies dont nos temples retentirent , contre les ri- • ches , contre les grands et contre toute espèce d'autorité. Ce n'étôit plus le langage du zèle : c'étoit l'amertume de la satire qui attaquoit ouvertement , sous l'égide de la religion , tout ce qui s'élevoit au-dessus du bon peuple. Le ton ^t l'accent de la dénio- I s
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cratie , vers laquelle tous les esprits ten* doient depuis long-temps , se 6reiit enteiiT dre d'abord dansfa bouche des prédicar leurs , dont les philosophes provoquoieat , exaltoient et envioienl le courage , comme UD droit incontestable d'un ministère qui sembloit aflfranchi de la censure. On fai-r soit au souverain sa part , et elle n'étoit pas mince , dans chaque sermon qu'on pré* choit devant lui. Celte méthode étoit deve^ nue UQ njoyen iufaillible de se populariser parmi les couijùsaas , dans la dhairc de Verr saîlles. On ne pouvoit concevoir cette insouciance de la foiblesse , cet aveuglement d'une cour entraînée par foDinloQ , et qui se laissoit désigner , ]e dirois presque , mgulier publiquement. C'est h ces premières déviations de l'éloquence sacrée , c'est à cette époque déplorable qu'il faut remonter pour uécouvrir toute l'influence de la ré, volutîoa opérée dans la chaire par le Petit Carême de Massillon , qui , je le répète eU'* cors , eu fut ain^i le premier auteur , sans le vouloir et même sans le soupçonner.
La grande majorité des prédicateurs qui parurent après Massillon fut donc emportée par le torrent ; et la chaire descendit de sa haute région à ime morale purement hur maiue , au laagnge de la détraction . je pourrois dire même , à la virulence de la satire. Il y eut sans doute des exceptions , et même des exceptions honorables , que je II' ai pas besoin d'articuler : la voix publique ^'en dispense. On doit s'interdire toute dë- ^ignalion dans l'éloge , quand on ne vput