‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 35 sur 73 · L.,i,z<,.f,GoogIf · texte numérisé non relu

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SUR LÂLbQUfiSCB. tl^

S6 penneltre aucune persolmalité dans le blâme. Mais il faut avouer qu'il ne s'établit guère de célébrité pour les orateurs sacrés, dunint cette époque de décadence , que sous la nouvelle bannière philosophique.

Aussi leilr goût ne s'altéra-t-il pasi moins alors que^ur ministère. C'étoit de la philo»

sophie , de l'économie politique , de la morale même , surtout de la métapljysique : , c'étoit une élocution sèche , alambiquée on poétique à l'excès ; mais ce nétoît plus l'Évangile , ce n'éioit plus de la véritable éloquence. Au lieu de tableaux oratoires , on iaisoit des portraits. On écrivoit d'un style précieux , maniéré , éniematique , sentencieux , enflé et sittcharge de figures ou de mots techniques j mais quand ce style ne présentoit plus de si frappans caractères du mauvais goût , il tomboit dans la langueur d'une foiblesse extrême, sans coloris , sans idées , sans fermeté , sans liaison et sans verve ; et les orateurs de cette école , dont il ne restera rien pour la postérité , au lieu d'imiter la marche rapide des grands maiires de l'art , se traînoient avec effort , et n'entrainoicnt jamais leur auditoire. On peut leur appliquer avec vérité ce qu'a du le

Shitosophe genevois , lorsqu'en parlant de i renaissance dea lettres après fa prise de CoQStantinople , époque où l'on vu transporter en Italie les débris de l'ancienne Grèce , ce détracteur éloquent des lettres observe que je ne sais qùeljargon scientifique ,■ pirf que l'ignorance , avait tellement usurpé ' Festime publique dans le quatorzième siècle ,:

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qu'il JaUoit une révolution pour ramener h$ hûinmes au sens commun.

Les coryphées de ce noaveau genre d'éloqucuce étoient pourtant des hommes de beaucoup d'esprit : ils avoieut même du talent , et ils auroient pu montrer on vrai talent , s'ils avoîent voulu le sulurdonner à l'ancieune méthode. Cetoit letuae , c'étoit la connoissance et l'amour du beau , c'étoit le bon goût de l'antiquité qui leur manquoit. Je dis le goût , en prenant ce mot dans son acception la plus générale : savoir , le double bon goût de l'éloquence et de la chaire. Us seroient parvenus a s'assurer c^ms ' cette carrière même une mémoire honorable , si une fatale erreur de principes ne leâ eût pas séduits ; si les coteries dominantes dans la littérature , et les bureaux d'esprit , ne les avcicnt point égarés par une admiration aTeuele j s'us avoient su dénaô- Icr et consulter le véritable public de leur ministère , qui conservoit encore les bonnes traditions , les souvenirs instructifs , les mesures de comparaison , et , si l'on peut s'exprimer ainsi , le /eu sacré dans la capitale , à cette époque même où les partisans des mnovaùons dans l'éloquence sacrée méconnoissoieat 6fm autorité et étoufFoient sa Toix. Il n'ezistoit en elTet aucune ville en Europe , où les orateurs chrétiens fussent aussi bicnjugés que par ce petit nombre d'anciens amateurs non moins dislingués par leur goût que par leurs lumières , parfaitement instruits des livres saints et des principes de la religio% Il faut donc reodre îusùce à toti$

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SQR l'éloquehce. iig

ces talens perdus , en regrettant l'usage qu'auroient pu en faire les prédicateurs

Ëour l'Église et pour eux-mêmes : il faut :s plaiudresans les'm^OQnoîlre etsanslea imiter : il faut avouer , dirai-je pour leiic confusioa pu pour leur gloire 7 qu'ils valoient mieux que leurs ouvrages ; que leurs sermons fiu'ent la moindre portion de leur mérite littéraire , et <jue dans un genre moins élevé , leur esprit mieux dirige leur eût assuré uae {dus belle renommée ; enfin" il faut placer des signaux sur les écueils où ils ont fait naufrage , pour en écarter les malheureux imitateurs gui seroient tentés de suivre la même route.

[ XXV. Du père de NemdUe , jésuite.

Je ue saurois résister ici à l'occasion d'arrêter un moment mes regards sur le plus remarquable et le plus célèbre prédicateur de cette époque , sur celui qu'on regardoit , je ne sais pourquoi , comme rbéritier de Massillon , avec lequel il n'avoit absolument rien de commun , et qui a joui , dans cette capitale , d'ime vogue extraordinaire pendant quarante années consécutives. C'est du père de Neuville que je yeux parler. On croyoit assez généralement alors , et peutêtre n'éloit-ce pas sans quelque fondement , qu'il étoit né avec du génie. Je ne le conr testerai point , pourvu qu'on avoue que ce n'étoit certainement pas celui de l'éloquence.! Il connoissoit tcès men la religion : il la Toyoit m&taist quelqueifols ea graïul / et

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quoiqu'il nous ait laissé très maladroites ment , comme un tour deforce peut-être , un sermon peu digne de lui sur V'Humear , il eut la sagesse et ta aloire d'échapper à la contagion presque universelle , en traitant tous les anciens et vrais sujets de la chaire chrétienne. Ilavoildeletendue, quelquefois même assez d'élévation dans l'esprit , des aperçus nouveaux , du trait et même de la précision, comme, par exemple, quand il dit dans son oraison funèbre au cardinal de Fleury , où il fit un portrait ingénieux de la cour , que les heureux ny ont point d'omis , • puisqu'il n'en reste point aux malluureux ■ il montroit aussi de la clarté et quelque profondeur dans le raisonnement ; mais c'est pour avoir eu trop la manie de l'esprit , qu'il n'a que de l'esprit , un esprit sautillant et discord } si l'on peut parler ainsi , et qui fatigue ses lecteurs par une superfétation de Îiléonasmes , autant que la rapidité éioufante de son débit et ses interminables énumérations ■sufToquoient son auditoire, auquel il ne laissoit pas le temps de respirer. Ce n'est donc plus ici un mauvais genre de sermons .• c'est un mauvais genre d'élo- • quence , le genre déchu de Pline et de Sénèque. Le père de Neuville a beaucoup d'idées de détail qui se croisent et se supplanteoi; pour ainsi dire /-mais il n'a pomt de verve , point de ces jets d'éloquence qui donnent de l'unité , de la suite , de la véhémence et de la grandeur au discours j et en admirant de bon coeur son singulier talent, je regrette qu'il ne l'ait pas mieux

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