‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 4 sur 73 · SUR LE CARDINAL MAURY · texte numérisé non relu

SUR LE CARDINAL MAURY

caiholiqnes. Cette lettre etoit une reconnoùunce autfaentique du souversia légitime de la France.

D Je transmis aussitôt au roi , arec lequel j'aroif l'hooneur d'entretenir la correspondance la plus suivie , cette noble récompense de mon zèle pour son service et poui' sa gloire.

» Sa majesté daigna me témoigner sa satisfaction , en m'adi-essant aussitôt des lettres de créance qui me constituoient son ambassadeur ^ Rome.

■ Hais deux mois après ces événemens , c'est-kdire le i4 juin de cette même année 1800 , le premier consul de la répulliijue française remporta la. victtûre de Marengo , qui le rendit maître de l'Italie. Il s'en prévalut pour ouvrir des négociations avec le pape , en lui offrant la restauration do culte catholique en France, pari' ot^nedu cardinal Martiniana , évâijue de Verceil.

». Le saint père reçut ces propositions avant soa arrivée à Rome , qui futretardée jusqu'au 6 du mois de juillet. Animée du pieux et grand dessein de rallier iKnte-cinq millions d'ames au centre de l'unité ca-' âiolique , sa sainteté consen^û à L'ouverture des négociations.

■ Je me rendis à Rome , an moment de l'entrée solennelle du pape , qui revenoit de Venise. Je loi prfsentai , dans une audience particulière , les lettres . de créance dont j'étois porteur. Sa sainteté s'empressa de les lire , et elle me dit ensuite , avec l'accent . du regret , que sa situation actuelle ne lui permettoit pas de les recevoir.

■ Je m'imposai le silence le plus absolu sur cette .nission di|domatique , ainsi que sur le reiiis forcé

du pape f et j'en tendis compte. M. Cacaut , ministre de France , arriva bientôt à Rome. Je m'y rendis B3

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aussi , pour asNster , selon l'usage , au conaùtoiiv ; il eu fut aussitôt instruit , et il demanda ^ par use note Irès-forte , mon retour dans mon diocèse.

n Le pape m'en fit donner immédiatement communication par M. le. cardinal Josepli Dona. Je le tirai de toOf^mbarras , en partant sur-k-champ de Rome , où je ne suis plus retourné depuis.

n Les négocialions relaltTes au concordat dont j'étois parfaitement instruit et dont je rendois un compte exact , firent des progrès trèwapides. Je n'exerçais en France aucune jurisdiction spirituelle , rien ne me fut communitjué officiellement sur cette grande affaire ; le concoi'dat ne me fut pas méiat envoya par le secrétaire d'étal , au moment de sa pnbticalion , en i8oa,

B I^e gouTemement monarch^ue fut ensuite rétabli en France dans le printemps de 1804. Le pape ayant reconnu l'empire français , et le chef de ce même gouyernement , sa sainteté , subjuguée comme toute l'Europe , par l'ascendant des circonstances ^ contracta l'engagement de renir 11 Paris sacrer le noa- Teau souverain.

« Je fus mis alors en cause malgré moi , et obligé de m'eipliquer sur ce nouveau gouvernement , sans prendre toutefois aucune espèce d'iailiatiTe.

» Dans le mois d'août de la même année 1804 ^ }« reçus ï Montefiascone une lettre que je conserve précieusement. Elle m'étoit écrite , ainsi qu'& tous les autres cardinaux , en vertu d'un ordre formel de sa sainteté , par le prélat secrélaire de la coagrégation du cérémonial , pour m'informcr ofEMÏellement que le saint père venoil de reconnoltre Napoléon souverain de la France ', et qu'il nom ordonuoit de

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loi écrire une lettre de fëlicîutious sur son àTéoement an trône.

> Je fus assuré en même temps que tons les car^ âinani UToieat dê\i exécute cet ordre du pape. Le rétablissement de la monarchie en J^ranca se rallioit à mes invariables principes. Dès lors je ne pouToû rien opposeï' de raisotiaable i, cette forme de gouvernemeat ; je me serois donc sacrifié sans espérance ; sans nécessité comme sans froit , en ine séparant du chef suprême de l'Eglise , et de tout le sacré collège , par un refus isolé , inutile et trisdésastreux pour moi , dans ma solitude où je me trou- Tois à la merci de la France , alors toute puissante en Italie. D'ailleurs j'étois né sujet du saint siège ; l'étais régnicole , sans élre Français d'origine. Cette considération particulière imposoit à mon t^issance le devoir absolu d'adhérer à la volonté et & l'eiem^e de mon sonrerain , dont j'habitois les étits , oii j'exerjois an ministèra public.

■ Dominé par des observations d'unsi grand poids, j'écrivis la lettre (i) de félicitations qui m'étoit prescrite , et qui fut aussitôt fidèlemenl imprimée dans toutes les gazettes de l'Europe: mais je crus me mettre à l'abri de tout reproche , en prenant la précaution d'énoncer formellement , dans la première phrase de ma lettre , que je me réunissais à tous les membres du sacré collège , pour me conformer aux ordres du pape , en adressant à sa majesté la tribut de met félicitations sur son avènement au trine...,

(i) C'ett sn/aiiaiuallution à cette démarche dneardiaal Btaury , ipÛune fymmt îetprit diioit , en .regardant te portrait fravé de cet homme célèbre i Je ne l'«ime qn'aTiat la lettr*.

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B Astnré de la publicité de ma lettre , je ne crus pas que le respect et le dérouemeat ^ dont mon «œur a toujours été et sera toujours rempli , me permissent d'écrire au roi , pour loi faire part de ma 30umissioa.à l'empire des circoa stances. Mon apologie aérait devenue ua outrage , si , après m'être ainsi jiroooncé , j'arois osé déclarer h. uue maison si auguste et alors si malheureuse , que je dc'sespérois , pour le trône de Frauce , de la postérité de saint Louis.

n Au milieu^s angoiises de mon silence , dans le mois d'avril i8a5 , un ministre du nouveau monarque voulut bien me prévenir et me faire engager ^ venir ï Milan , pour le couronnement du roi d'Ilalie , où à me rendre k Gênes auprès de l'empereur 34apaléon , si je n'ayob pas le temps d'arriver k Milan le a5 mai , fête de l'ascension.

» J'allai donc à Gènes. Le même ministre m'offrit, avec beaucoup d'instances , le traitement de cardinal français , une place au sénat , et le grand cordon de la légion d'honneur. Je crus ne devoû rien accepter dans ce moment ; et je fis. agréer ma délicatesse , en la fondant sur la craiale qu'on ne m'accusât d'être venu vendre mes principes k la fortune.

n On me fil promettre alors un prochain voyage il Paris. J'y vins eu effet , mais aubout d'une année, six mois après la bataille d'Austerlitz. Ce fut M. Portalis , alors ministre des cultes , qui m'adressa un passe-port , sans que je l'eusse demandé , avec une invitation obligeante demerendredans celte capitale.

n Je croyois n'y sqourner que trois on quatre -mois ; je ne demandai rien ; on me donna le traitement de cardinal piançais , à comper du 1" «ctobre

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'1806. La campagne de Fmsse commença : je Bs des OiiTertures sur moa retour en Italie ; ou me répondit qu'il ne falloit pas y soi^er arant la conclusion de la paix, a

Cependant , après la cessation des hostilités f et la publication du traite' de Tilsit , le cardinal Maury conlinna de résider dans la capitale de l'empire français. Placé d'abord , comme aumônier , auprès du prince Jérôme , et reçu une seconde fois à l'Académie , k la place de Tai^t(i) , il futnommé , le 14 octobre - 1810 , à l'archeTêché de Paris. Cette dernière faTcur de la fortune demi pour lui la source des plus vives inquiétudes et de la plus cruelle disgrâce. lie souverain pontife n'ayant pas voulu en effet confirmer ion élection , en lui accordant l'institution canonique , le cardinal Maury , entraîné en i8i4 dans la chute de IJapoléon , à la déchéance duquel il donna

(1) Set adverlairet politiques ont prétendu , daat Icurt hiograpiâes f que son discours de réception n'afoit pas répondu aux espérances que tes tuccéi passés avt,i4nt /ait canceiioir. m La séance où il le prononça , disent- » ils , ne fut pour Maurjf , comme pour son auditoire , n qu'un long supplice. Chênier faisant allusion à cela , di- H W 1 Jen'y ai pasaMÛt4,inaU)'>[étéleToirpiiiEr «Hi . le blAmcnt ensuite d'avoir voulu consener U Montcigneur , daiu la république des lettres , à l'exemple du cardinal Dubois. Cette prétention t'exposa en effet vivement alort aux traits satiriques des écrivains dont il n'avait cessé de combattre les doctrines politiques. Le conseiller d'état Rcgnaait de Saint- Jean- d'jtngély lui demanda vivelaentâ celte occasion , dans une des salles même de l'institut I ce qu'il pensait donc valoir f^pour venir affecter la supériorité à l'Académie sous le costume et les marques de tes dignités ecclésiasiigues i h Très-peu quand » /« ma considère , répondit le cardinal , et beaucoup » quand je me compare »

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v^nmoiiis une adhàion pure et sim^e ; le 5 anil de cette même Année ; le cardioal Mancy , disonsnoos , fui mande k Eome pour rendre compté de sa conduite. On lui reprocha d'avoir administra le dioeèie de Paris (i) pendant quatre années , sans avoir obtenu la consécration pontificale , et malgré la défense même du pape , cousignée dans un bref du 5 -novembre i8io. Le cardinal déclara ansuiôt^^ce bref ne lui étoit jamais parvenu ; et ^ dédaignant eiisuite de se défendre par 4cs fi^s de non recevoir , .il essaya de se justifier en taxant de fausseté les rapports adressés au saint' père sur son compte , et en citant iei précédents admis dans l'Eglise gallicane ^ et conformes , selon lui , aux saints canons (3}, Pie ..VU ne crut pas devoir consîdàer celte justificatioii comme satisfaisante et compUte. Haury ùti demanda i Kome pour rendre compte de »a conduite. Sa Camille et ses amis , prévoyant le sort (jsi lui étoit réservé , tentèrent en vain de le détourner de ce voyage; Il u'étoîl pas assez coupable i. ses yeux , et se sentait , an contraire , trop enbardi par le témoignage de sa conscience , pour refnser d'obéir aux ordres du saintsiège. Il quitta donc la France , et se dir^ea ver» la capitale de la chrétienté , avec toute la confiance que pouvoîeni lui inspirer le sentiment de son inniK cenee et la justice du souverain pontife. A son arritée , il vit avec douleur que le sacré collège et lechef de l'Eglise avoieut été également prévenus contre luî. Pour détruire les Qcheuses impressions que sa con-

(l] Pendant Mn adminittralie* èa A'oràje ât Parit , fahbé Maur^ fHâblia pliuiturt mandentm pour léUbrtr ItM trieit^iUet dei aFméei fiançaUa*.

(») Vo;» U méautife apologétique fwc bmm *vo»t àti. Tarit 1614.

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